Et si on hébergeait des réfugiés à la maison?

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L’association Singa lancera, dès septembre 2015, la première plateforme d’hébergement chez l’habitant pour réfugiés.

Comme à la maison. Voici le nom d’une nouvelle initiative lancée par l'association Singa. L’idée, mettre en relation des réfugiés statutaires (ayant obtenu un droit de séjour, un permis de travail et un statut de réfugié) et des familles prêtes à les accueillir pendant quelques mois. "Faute de trouver un logement, les réfugiés restent souvent plusieurs mois dans les Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada), explique Guillaume Capelle, cofondateur de l’association. Les centres sont débordés et cette solution permettra de libérer de la place."

Dans le Rhône, par exemple, presque un tiers des résidents des Cada sont des réfugiés ayant obtenus un statut, mais qui ne trouvent pas de logements durables. D’autres solutions de logement existent, mais restent souvent insuffisantes. Ainsi, les centres provisoires d’hébergement (CPH) ne proposent que 1083 places sur toute la France, disponibles pour un an maximum, et coûtent en moyenne 29,55 euros par jour. Les autres systèmes de logement, notamment portés par France terre d’asile, n’offrent que quelques centaines de places supplémentaires sur le territoire. Or, en 2014, l’asile a été accordé à plus de 14.500 personnes.

Former les familles aux bons réflexes

En réalité, avec sa plateforme, Singa compte faciliter et amplifier une entraide qui existe déjà de façon informelle sur le territoire. Concrètement, elle permettra aux personnes intéressées de s’inscrire en ligne et de répondre à un questionnaire. L’équipe de Singa se chargera de faire l’intermédiaire entre les personnes en fonction de certains critères: la langue parlée, le régime alimentaire, le sexe, la présence d’enfants ou pas, etc.

Dans un premier temps, Singa proposera uniquement de l'accueil de courte durée "pour les réfugiés qui sont sûrs d’avoir un logement social dans les semaines qui suivent, mais qui ne savent pas où aller en attendant", détaille Guillaume Capelle. Une formation d’une demi-journée sera également dispensée aux familles pour leur permettre d’accueillir les réfugiés dans les meilleures conditions: "Il s’agira d’apprendre les bons réflexes, comme ne pas fermer une porte avant d’en avoir informé la personne, au cas où elle aurait été emprisonnée dans son pays d’origine", illustre Guillaume Capelle.

Apprendre les codes de la société en immersion

Le projet Comme à la maison (Calm) est notamment inspiré de l’initiative Community placement network, lancée en 2012 par le gouvernement australien à travers son programme Australian homestay network (AHN). À l'époque, l’AHN, chargé de placer des étudiants étrangers dans des familles australiennes, avait vu ses fonctions élargies à l’accueil de réfugiés. En échange d’un hébergement et d’un accompagnement pendant six semaines, les familles recevaient alors entre 130 et 300 dollars (entre 89 et 206 euros) par semaine, pour couvrir leurs dépenses. Résultats, des milliers de familles avaient postulé en quelques mois.

Cette initiative, aujourd’hui arrêtée pour des raisons politiques, aura été bénéfique à plusieurs niveaux. "De nombreux témoignages de réfugiés ont montré que cette expérience leur avait facilité l’apprentissage de la langue et permis de se familiariser avec les codes de la société australienne. Mais aussi, que ces rencontres leur avaient ouvert un réseau social et professionnel qu’ils n’auraient pas pu avoir dans les centres d’hébergement. Pour les familles, cela leur a permis de casser certains préjugés et de partager des savoirs", note Guillaume Capelle.

Au-delà du simple hébergement de réfugiés en difficulté, Singa vise à fédérer une vraie communauté. C’est pourquoi la plateforme sera aussi un lieu d’échanges et de conseils entre les familles, les réfugiés et l’association. Intéressés? Le lancement officiel de la plateforme est prévu pour septembre 2015. Mais, d’ici là, les premières familles franciliennes peuvent déjà s’inscrire pour tenter l’expérience.

 

Avec la  , partenaire de la rubrique Vivre ensemble.

 
Crédit photo: Mark Turnauckas/Flickr.
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