Un an après La France s'engage: parole de lauréats

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Trois structures lauréates issues de la première vague de La France s’engage (LFSE) en juin 2014 font le point sur les apports de ce programme.

Frédéric Bardeau, cofondateur de Simplon

Cette école forme gratuitement pendant six mois des jeunes de moins de 25 ans, issus des quartiers populaires. Sans diplômes ou faiblement diplômés, ils sont initiés au développement d’applications web et mobile.

"Dans le cadre des activités de Simplon, nous sommes beaucoup confrontés à des problématiques juridiques et économiques liées aux pouvoirs publics. Le fait d’avoir un sceau 'approuvé par l’Élysée' donne accès aux agences publiques, administrations centrales et ministères, qui nous permettent d’obtenir plus facilement les renseignements dont nous avons besoin.

Lors du lancement de La France s’engage (LFSE), l’idée annoncée était de développer la 'culture du oui' dans les administrations face à des entrepreneurs sociaux ou initiatives innovantes qui ne rentraient pas dans les cases. C’est vraiment ce qu’il s’est passé. Quand nous avons des projets d’essaimage en région, lorsque l’on voit que nous sommes lauréats de LFSE, nous avons une écoute particulière, notamment de la part des préfectures. La subvention nous a permis d’embaucher deux personnes à temps plein pendant trois ans pour travailler sur le déploiement de Simplon dans les territoires. Il est difficile de séparer les avancées qui relèvent de LFSE et celles qui auraient tout de même eu lieu. Ce qui est certain, c’est que l’essaimage que connaît Simplon est très lié à LFSE. En 2014, Simplon existait depuis quelques mois et était implanté à Montreuil. Désormais, nous avons des formations détachées à Marseille, en Roumanie, à Villeneuve-la-Garenne, Le Cheylard et Valenciennes. D’ici la fin de l’année, il devrait y avoir l’ouverture d’une vingtaine de nouveaux centres en France, en Outre-Mer et même en Afrique.

Nous avons aussi été intégrés au projet de la grande école du numérique qui formera 10.000 jeunes d’ici à 2017 aux métiers de numérique. Nous allons être au cœur de ce dispositif et mener une grande partie des formations. Si cela est possible, c’est parce que nous sommes déjà en train de passer à l’échelle supérieure sur le territoire, ce qui a été facilité par LFSE. La France s’engage, c’est aussi un élément de crédibilité supplémentaire pour les partenariats. Avec cette reconnaissance institutionnelle, nous avons obtenu plus facilement des partenariats avec des grandes entreprises comme La Poste, La SNCF, Orange ou Microsoft."

Stéphanie Goujon, directrice générale de L’Agence du don en nature

L’Agence du Don en Nature collecte des produits neufs non-alimentaires invendus auprès des entreprises et les redistribue aux plus démunis en France.

"La France s’engage nous a apporté un réel coup de projecteur médiatique nécessaire pour nous faire connaître auprès des entreprises. Notre objectif est de doubler notre volume de dons d’ici trois ans. Ainsi, accroître notre notoriété auprès du grand public est un enjeu clé puisque c’est aussi lui qui, au sein de son entreprise, pourra parler de nous et proposer de faire appel à nos services. De plus, cette labellisation a crédibilisé notre démarche vis-à-vis des entreprises. Même si cela est lié à un ensemble de facteurs, nous avons augmenté nos dons de 20% à partir de 2014. Le président de la République est venu nous rendre visite lors de la journée du refus de la misère, le 17 octobre 2014. Ce jour-là, nous avons pu redistribuer un million d’euros de produits neufs. Avec notre dotation, nous allons financer un programme sur trois ans de mutation numérique pour accélérer notre activité. Le chantier est à peine engagé puisque nous venons tout juste de recevoir les premiers financements.

L’intérêt de LFSE est aussi son réseau de lauréats. De vraies synergies se mettent en place puisque nous rencontrons des problématiques connexes: déploiement sur les territoires, gestion, ressources humaines, etc. Nous nous réunissons régulièrement pour échanger sur ces sujets. Parfois nous nous rendons même des services. Nous avions, par exemple, reçu des produits professionnels pour les cuisines qui ne font pas partie des produits que nous redistribuons. Nous en avons fait don à Cuisine Mode d’emploi(s), l’initiative du chef étoilé Thierry Marx également lauréate.

Enfin, LFSE nous a ouvert de nombreuses portes. Nous sommes en train de développer un projet en Outre-Mer, plus difficile à mettre en place. L’équipe de LFSE nous a alors donné les contacts qu’il fallait pour avancer plus vite dans les démarches. Cela nous facilite le travail en donnant accès à des services de l’État auxquels nous n’aurions pas forcément pensé. C’est rassurant pour nous, c’est un décodeur dans la jungle administrative. Finalement, c’est aussi utile que de l’argent."

Claire de Mazancourt, directrice de l’Institut du service civique

L’Institut du service civique offre à des jeunes du service civique, repérés pour leur potentiel, des outils nécessaires pour leur permettre d’accéder à des formations, des emplois et des soutiens afin de réaliser leur projet.

"La France s’engage nous a apporté une certaine notoriété. Nous avions deux ans d’existence lorsque nous avons été labellisés. Notre structure vit des partenariats qu’elle noue avec les écoles, les entreprises et les mécènes qui nous financent. Nous devons donc prouver notre sérieux, mais aussi que nous sommes une initiative durable. Ce label LFSE est une preuve pour nos partenaires que nous avons vocation à nous développer au niveau national, que nous méritons d’être soutenus.

Grâce à LFSE nous avons également pu obtenir des évolutions réglementaires que nous souhaitions depuis 2012. Beaucoup de jeunes, à l’issue de leur service civique, veulent s’orienter vers une formation en travail social et nous voulions que les missions avec l’Institut ouvrent l’admissibilité dans les écoles partenaires. L’accès à ces formations étant réglementé par des arrêtés ministériels, nous avons réussi à les faire modifier. Être reconnu comme lauréat de LFSE permet de mettre de l’huile dans les rouages administratifs.

Notre subvention est dédiée au déploiement régional de l’Institut du service civique. Jusqu’à maintenant, nous gérions nos lauréats qui sont partout en France depuis Paris. Nous venons d’ouvrir notre première antenne à Grenoble début juin. Notre objectif est d’ouvrir deux autres antennes en 2016 et deux en 2017.

La France s’engage permet aussi de créer un vrai réseau entre les lauréats. Nous pouvons nous appuyer les uns sur les autres. La mise en relation des différentes initiatives nous permet de nous enrichir. Nous menons, notamment, des réflexions communes sur des sujets qui nous concernent tous, comme la question du management des bénévoles. Il y a aussi des possibilités de synergies intéressantes, comme, pourquoi pas, se rassembler pour trouver des bureaux communs lors de nos déploiements dans les régions."

En juin, mobilisez-vous pour Youphil.com et faites un don.

 

Cet article a initialement été publié en juin 2015 dans la Lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale".

 

Crédit photo: DenisDenis/Flickr.
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