La chirurgie humanitaire: constats, enjeux et perspectives (partie 2)

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Retrouvez la première partie de cette article.

Les partenariats et les alliances entre le Nord et le Sud sont multimodaux et à tous les niveaux. Pour qu’ils soient "gagnants-gagnants", ils doivent être équilibrés et harmonieux, ce qui suppose le respect de trois principes: la construction d’un bien commun, la confiance et l’interdépendance.

Les partenariats avec d’autres ONG du Nord sont fondés sur une complémentarité d’expertise. Ainsi, par exemple, en cas de catastrophe naturelle, des mesures logistiques d’accès à l’eau potable et d’hygiène des sites d’hébergement des populations déplacées sont indissociables de soins préventifs et curatifs d’infections tant locales au niveau des plaies, qu’épidémiques, tel le choléra.

Les alliances avec les autorités locales sont à visée synergique et opportuniste. Sur le terrain, ces partenaires sont "nos yeux et nos oreilles", notre Sésame qui facilite l’action humanitaire et ils peuvent être source d’informations sécuritaires vitales. En cas d’urgence, c’est en lien avec les autorités de santé qu’il faut prendre en charge non seulement les victimes directes, mais aussi les populations marginalisées par le débordement des capacités de systèmes de santé déjà fragiles, les grossesses à risque par exemple.

Les partenariats locaux, synonymes de pérennité de l'aide

Ces partenariats dans les urgences constituent  également une opportunité supplémentaire pour inscrire la chirurgie dans la durée, dans la post-urgence puis dans la reconstruction (chirurgie plastique de recouvrement des plaies, chirurgie des séquelles de fractures, etc.).

Les partenariats avec des associations locales et la société civile conditionnent pour beaucoup la pertinence, la réussite et la pérennité de l’aide. Les compétences techniques des équipes sont certes nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes sans une approche "chirurgico-sociale". Les programmes chirurgicaux n’ont en effet de sens que s'ils s’inscrivent durablement dans une forte composante communautaire à la fois de sensibilisation, notamment sur l’accès aux soins, mais aussi de réinsertion psycho-sociale de populations préalablement mises au ban de leur communauté, par exemple ces femmes opérées de fistules obstétricales, ces enfants opérés de bec-de-lièvre.

Ls chirurgiens, des accompagnateurs du changement social

Dans les pays en développement, les programmes chirurgicaux ne peuvent être mis en œuvre qu’en assumant certains risques dans un espace humanitaire de plus en plus contraignant, sachant qu’il est très difficile de savoir jusqu’où placer le "curseur sécuritaire". En urgence il faut s’occuper à la fois des victimes directes et des victimes collatérales en s’inscrivant dans la post-urgence et dans la reconstruction.

Sur le long-terme, la chirurgie a toute sa place dans un modèle médico-social pérenne adossé à des formations Nord-Sud, amenées à devenir Sud-Sud. Cette stratégie est indissociable de partenariats et d’alliances avec le Sud fondés sur "les trois E": équilibre, éthique et émancipation.

Souvent en première ligne, les chirurgiens peuvent être des accompagnateurs du changement social en gardant un fort ancrage communautaire, en témoignant de ce qu’ils voient et en dénonçant l’intolérable.

 

Crédit photo: U.S. Naval Forces/Flickr.
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