La finance responsable doit être l’affaire de tous

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La COP21 sera l’occasion de sceller en décembre 2015 un accord sur le climat. Il reste encore quelques mois avant la fin des négociations. Les ONG ont commencé leur travail de médiatisation des enjeux. Si on prend un peu de hauteur, on observe que plusieurs facteurs sont à l’œuvre. Le premier, fondamental: le principe pollueur-payeur a gagné! Demain, toutes les entreprises paieront les conséquences néfastes de leurs activités. La taxation prochaine du carbone (ou mieux la perspective de sa taxation) entérinera la baisse de la profitabilité des entreprises: les sociétés paieront lourdement les contraventions au droit, aux ententes sur les prix, etc. Elles paieront plus d’impôts, dans les pays où elles dégagent des bénéfices.

Les banquiers et les assureurs vont céder à la pression médiatique qui s’annonce féroce. Axa vient d’annoncer l’arrêt des investissements dans le charbon (500 millions d’euros en jeu pour 800 milliards d’euros d’actifs gérés). Le Crédit Agricole a fait de même. Un secteur reste à l’écart: la gestion d’actifs. Seuls trois gérants français (Mirova, Investisseurs&Partenaires, BNP Paribas IP) ont signé le "Montréal carbon pledge", qui les engage à mesurer et à rendre publique l’empreinte carbone de leurs portefeuilles.

Développer une culture de la preuve

En France, le projet de loi relatif à la transition énergétique adopté le 26 mai 2015 rend obligatoire le reporting environnemental pour les investisseurs institutionnels. Ils devront notamment mesurer les émissions de gaz à effet de serre associées aux actifs détenus. Jusqu’ici, un seul investisseur a publié son empreinte carbone: l’Erafp, un fonds de pension public. Résultat: 11,9% de carbone en moins. C’est la première fois en dix-huit ans que la gestion ISR dite "best-in-class" s’est laissée mesurer. Il va falloir développer cette culture de la preuve et améliorer ces scores pour emporter l’adhésion, jamais gagnée, du grand public.

Second facteur à l’œuvre: Mario Draghi. Pour relancer l’économie, le président de la Banque centrale européenne (BCE) a réduit les taux directeurs à zéro. Le message est simple: empruntez et consommez! Les épargnants et les rentiers sont spoliés. J’entends mes principaux clients (des associations) me dire: "Si l’argent ne rapporte plus rien, investissons-le dans des causes utiles!" Il reste à ces donneurs d’ordres à préciser leurs attentes. Et ce, pour que s’opère une bascule salvatrice qui fera passer l’ISR dans une logique de la demande -émanant du client et non de la banque- qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

Viser un marché 100% ISR

Troisième facteur à l’œuvre: la massification des enjeux. Le chômage? Les inégalités? Mondiales! Le CO2 circule de Pékin à Paris! Si le climat est le problème de tous, alors l’ISR doit être l’affaire de tous. Face à cette massification, comment justifier de n’enrôler que 1% des clients ou 10% des gérants? Comment expliquer à un client qu’il est possible de n’offrir qu’un fonds ISR et de ne rien changer sur le reste de la gamme? Les clients ne croient pas au nuage de Tchernobyl qui s’arrête miraculeusement à la frontière. L’ISR doit se donner une seule ambition: 100% du marché dans les cinq ans! Tout objectif inférieur serait suspect. Le temps de l’intégration ESG, de la responsabilité globale est venu. La prochaine frontière de la gestion d’actifs sera celle de la plus-value intégrale, concrète et mesurée.

De nouvelles formes de placement vont devenir des alternatives crédibles: les énergies renouvelables citoyennes, les foncières éthiques, le financement participatif, la microfinance, l’impact investing... Elles revendiqueront des impacts positifs clairs et compris de l’épargnant de 2015: circuits courts, autonomie, utilité, simplicité, transparence, altruisme... Ces produits existent déjà. Il est symptomatique d’observer qu’aucun ne possède de label ni de notation et pourtant ce sont ceux qui collectent le plus! Si la loi s’assouplit pour les laisser prospérer, tous ces projets ont une vraie capacité à doubler, tripler, décupler de taille. Et comme les clients ont envie de donner du sens à l’épargne, nous sommes proches du décollage.

 

Cet article a initialement été publié en juin 2015 dans la Lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale".

 

Crédit photo: Romain De Oliveira.
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Commentaires

"La contribution de la finance à la politique environnementale n’est pas suffisamment explorée. Comme le fonctionnement actuel des marchés financiers n’y invite guère, elle ne peut être laissée aux seuls experts financiers. La responsabilité du citoyen est engagée. Les faire participer est donc une exigence morale décisive, mais les différents arguments en faveur d’une finance participative nécessitent de la transparence: le citoyen doit savoir qui émet ces arguments et à qui ils servent." Finance verte, marketing ou révolution? - Beat Bürgenmeier
http://science.blog.lemonde.fr/2015/08/31/la-finance-verte-une-revolution/