Népal: Le point sur la situation humanitaire

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Alors qu’un nouveau séisme a frappé le Népal le 12 mai, Youphil.com a interrogé Thierry Benlhasen, responsable des opérations d’urgence pour l'ONG Solidarités international.

Solidarités international est intervenue dès le lendemain du séisme du 25 avril au Népal. L’ONG mène sa mission en partenariat avec Médecins du monde (MdM). Huit équipiers de Solidarités international travaillent ainsi sur le terrain, à Katmandou, Chautara (83 km à l'est de la capitale) et Golche (à 20 km de la frontière chinoise), pour faciliter l’accès des populations sinistrées à l’eau, l’assainissement, à un abri et de la nourriture. Ils travaillent également main dans la main avec du personnel local. L’ONG a déjà envoyé plus de trois tonnes de matériel pour faire face aux besoins urgents sur place (moto-pompes, réservoirs souples, pastilles de purification de l’eau, kits d’hygiène…).

Youphil.com: Un nouveau séisme de magnitude 7,4 a frappé le nord-est du Népal. Quelle est la situation sur place?

Thierry Benlhasen: Le tremblement de terre a frappé à 45 km de nos équipes mais l’impact a été ressenti sur nos zones. Il est difficile de faire un état des lieux. La situation est plus critique que ce que je pensais hier matin. Les populations sinistrées trouvent refuge à l’ombre des bâtiments encore debout pour s’abriter du soleil, ou dans des décombres, pour se protéger des pluies, car la mousson approche. Hier matin, une partie de la population a été prise de court et nous voyons déjà des blessés affluer dans nos centres. A Golche, des centaines de blessés sont arrivés à l’hôpital de campagne de MdM et les militaires sont débordés. Nous voulons ouvrir un second hôpital aux alentours et nous réfléchissons à monter une clinique à Chautara, près des camps de fortune.

Le séisme a donc surpris les populations?

Le gouvernement a demandé aux populations de ne pas croire la rumeur selon laquelle un deuxième tremblement de terre aurait lieu cette semaine. Les autorités népalaises manquent donc de crédibilité. Il y a eu un mouvement de panique hier. Certaines personnes n’ont pas eu accès à de l’aide depuis deux semaines et tentent de se servir elles-mêmes sur les convois.

A Chautara, qui compte déjà plus de 10.000 habitants, les populations affluent pour se mettre en sécurité. C’est une ville où il y a des espaces dégagés, tels que des terrains de football, et où il y a de l’assistance humanitaire. Pour éviter une arrivée de population trop importante, nous essayons de maintenir nos activités dans les régions reculées. OCHA (Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies) a organisé hier une réunion de coordination d’urgence. Il a été décidé de monter rapidement de nouveaux camps pour les sinistrés.

Comment parvenez-vous à acheminer le matériel nécessaire?

C’est très compliqué. L’aéroport de Katmandou est régulièrement bloqué, les routes ont été très abîmées par les glissements de terrain, or notre matériel provient essentiellement de notre siège en France et d’Inde, par la route. Nous avons actuellement une équipe bloquée à Golche qu’il va falloir évacuer par hélicoptère.

Comment travaillez-vous avec les autres ONG sur place?

Il a rapidement été mis en place une coordination à Katmandou dans les premiers jours, mais elle a été débordée. Il a donc été décidé de la décentraliser, avec un centre à Chautara et l’autre à Gorkha, épicentre du premier tremblement de terre. Cette coordination est effectuée par OCHA qui a des des "clusters" sectoriels: eau, assainissement, alimentaire, santé... Chacun d'entre eux est piloté par une agence des Nations Unies ou une ONG leader, qui répartit les moyens sur le terrain.

Et avec les autorités népalaises?

Elles se sont d'abord focalisées sur les premiers secours avec l’armée et les civils et militaires des pays qui ont envoyé de l’aide, dont les Etats-Unis par exemple. Ils ont globalement délégué le reste des opérations aux Nations Unies. Il faudra rapidement qu’ils reprennent la main, surtout avec ce deuxième séisme.

De quelle aide le pays a besoin aujourd’hui? Et comment pouvons-nous contribuer depuis la France?

Le "flash appeal" des Nations Unies fait état de 367 millions de dollars non couverts, 10% des besoins financiers étant déjà satisfaits. Il faut que les bailleurs institutionnels débloquent des fonds, essentiels aux acteurs humanitaires. La générosité de chacun est donc vitale pour pallier ce manque.

Au-delà de l’urgence, il faudra prendre en compte les spécificités des populations népalaises et leur mode de vie. Elles ont par exemple déjà des canalisations d’eau gérées collectivement. Il faut s’intégrer à leurs communautés et les soutenir en cash, matériel et formation pour leur donner les moyens de prendre part à la reconstruction.

 

Photo: Une équipe de Solidarités international travaille à l'approvisionnement en eau du village de Katiké au Népal. Crédit: Rachel Erskine/Solidarités international.
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