Les centres de reconversion professionnelle, pour rebondir malgré le handicap

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Le centre de réadaptation professionnelle et de formation (CRPF) est installé à quelques encablures de la forêt de Fontainebleau. Sur ce site de Nanteau-sur-Lunain (Seine-et-Marne), un parc de 23 hectares, une cantine, des chambres, une piscine, un billard… Tout ce qu’il faut pour créer un cadre accueillant. Deux-cent cinquante-neuf personnes handicapées suivent une formation dans cette structure du COS (Centre d’orientation sociale, une association créée en 1944) pour changer de métier et se reconvertir dans l’informatique, l’infographie ou l’optique-lunetterie.

Il existe environ 155 établissements de réadaptation professionnelle en France. Ces structures médico-sociales proposent, en plus des formations, un accompagnement médical, psychologique et social à des personnes qu’une maladie invalidante ou un accident ont rendues handicapées. "Nos stagiaires ont besoin d’acquérir des compétences supplémentaires, mais aussi d’un accompagnement individualisé pour se reconstruire sur le plan personnel", résume Evelyne Choquart, chef de service évaluation, orientation, mise à niveau du COS. D’où la présence sur le site de médecins généralistes, psychiatres, psychologues, infirmières, assistantes sociales, animateurs socio-éducatifs… "Le but est de dégager le stagiaire de tous les préoccupations périphériques pour qu’il puisse suivre correctement la formation", explique Evelyne Choquart. Une personne touchée par une insuffisance rénale pourra ainsi faire sa dialyse sur place et retourner en formation une fois la séance terminée.

Le gros de l’accompagnement tourne autour de l’acceptation du handicap. La notion de deuil revient souvent, dans la bouche des stagiaires comme dans celle des encadrants. Le deuil de sa vie d’avant, de son ancien métier, de cette époque où le corps ne représentait pas un obstacle. "Il faut d’abord construire quelque chose de positif, de valorisant, avant de confronter la personne à son handicap et à ses limitations. À partir du moment où elle reprend confiance, elle peut commencer à lâcher un peu prise sur son métier antérieur", préconise Evelyne Choquart.

"J’aimerais être dans une entreprise comme tout le monde"

Stéphane, 37 ans, a entamé une formation de 17 mois pour devenir installateur-dépanneur en informatique. Cet ancien pupitreur (chargé de l’éclairage dans l’événementiel) et projectionniste est atteint d’un handicap psychique et a été déclaré inapte en 2006: "Du jour au lendemain, on n’a plus les mêmes capacités, ça fait bizarre, ça change la vie. Il faut bien continuer, parce que la vie continue. Une fois qu’on a accepté la maladie, il faut chercher où on se sent le mieux, ce qu’on veut faire". Après dix années d’inactivité, il a "hâte de retravailler. J’aimerais être dans une entreprise comme tout le monde et que tout ça soit du passé. J’ai trop galéré, je veux que ça s’arrête."

Stéphane, est un ancien pupitreur. Atteint d'un handicap psychique, il a entamé une formation de 17 mois pour devenir installateur-dépanneur en informatique. Crédit: Elsa Maudet.

 

Le CRPF propose trois types de formations, toutes accompagnées de stages:

- Des pré-orientations, afin de définir un projet professionnel et d’évaluer sa faisabilité;
- Des remises à niveau, afin de rattraper un retard en français, maths, bureautique…;
- Des formations qualifiantes, qui débouchent sur des diplômes.

Rassurer les entreprises

"On est loin des contenus théoriques, on a les mains dans le cambouis. Le but est de placer les stagiaires le plus possible en situation professionnelle", revendique Evelyne Choquart. Les contenus des formations évoluent en fonction des besoins du marché, les ordinateurs sont changés tous les trois ans afin que les stagiaires restent à la page, des ateliers de recherche de stage et d’emploi sont organisés… Résultat, le taux d’insertion des personnes handicapées est meilleur en CRP que dans les autres types de formation professionnelle.

Des chargés d’insertion font le relais entre stagiaires et entreprises afin de favoriser l’entrée sur le marché du travail. "Il y a des inquiétudes de la part des entreprises sur les aménagements de poste, elles souhaitent parfois savoir combien cela coûte, vers qui se tourner pour obtenir des aides", explique Céline Gastel, conseillère en insertion professionnelle et chargée des relations avec les entreprises dans la filière informatique du COS. Il faut aussi déconstruire l’image, bien ancrée, de la personne en fauteuil roulant et rappeler que le handicap, c’est bien plus large que cela. Rassurer, aussi, sur la capacité de ces travailleurs à faire ce qui leur est demandé. "Nous formons les gens uniquement à des métiers qu’ils sont en mesure de tenir, donc il n’y a pas de mauvaise surprise", affirme Evelyne Choquart.

Le CRPF est installé non loin de la forêt de Fontainebleau. Crédit: Elsa Maudet.

 

L’insertion des personnes touchées par un handicap psychique (schizophrénie, troubles bipolaires, Toc…) est plus compliquée, car ces pathologies font peur. Le COS a donc mis en place, en 2008, le dispositif Visa (Vers une insertion socioprofessionnelle accompagnée), destiné aux personnes sorties de l’hôpital mais pas encore assez stabilisées pour envisager leur retour en entreprise. Le programme dure neuf mois, à temps partiel. "Il leur faut beaucoup de temps pour réfléchir à l’insertion professionnelle. Cette période leur permet de commencer à se remobiliser, de voir si l’insertion est envisageable", détaille Evelyne Choquart. Tous ne sont pas aptes à reprendre un emploi, une réalité à laquelle il faut aussi les préparer. À l’issue de ce programme, 50% des stagiaires ont "une solution positive": entrée en formation ou en poste dans un établissement et service d’aide par le travail (Esat).

Si les CRPF sont une bonne formule pour améliorer l’insertion des travailleurs handicapés, les places manquent cruellement et les délais de traitement des dossiers par les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), qui décident de l’orientation, sont désespérément longs. À l’échelle nationale, 53% des stagiaires attendent entre six mois et un an avant d’obtenir une place en pré-orientation, 21% patientent entre un et deux ans. Or, durant ce laps de temps, "la situation des gens se dégrade", déplore Evelyne Choquart.

 

Crédit photos: Elsa Maudet.

Avec  , partenaire de la rubrique handicap.

 

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