Développement: les cinq défis qui attendent la France en 2015

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Financement de l'aide, adoption des objectifs du développement durable, lutte contre Ebola… Autant de fronts sur lesquels la France devra batailler.

À l’occasion d’un déjeuner organisé le 9 février dernier pour quelques médias, dont Youphil.com, Annick Girardin, secrétaire d’Etat chargée du Développement et de la Francophonie a déroulé son plan de bataille pour l'année 2015. Point sur les grands temps forts.

Financer et concevoir le développement autrement

Premier rendez-vous important de l’agenda, la troisième Conférence d'Addis-Abeba sur le financement du développement se tiendra du 13 au 26 juillet 2015 dans la capitale éthiopienne. La France, 4ème contributeur mondial, est en mesure d’influer sur la nature des aides aux pays les plus pauvres ou émergents, et de peser dans le débat sur le mix entre subventions et prêts. Elle peut fédérer également autour de propositions visant une meilleure gouvernance des pays aidés, la lutte contre l'évasion fiscale et la transparence sur l’utilisation des fonds.

Lorsque nous lui faisons la remarque que 25% de l’aide française (9,4 milliards d'euros au total pour 2012) sont versés directement aux Etats et que seulement 2% visent l’amélioration de la gouvernance de ces pays, Annick Girardin affirme que "ceci relève désormais du passé".

Régulièrement critiquée par les ONG sur le montant de son aide, la France maintient son objectif de mobiliser 0,7% du revenu national brut pour le développement, mais "il ne pourra pas être atteint uniquement avec l'aide publique au développement" (APD). Les alternatives doivent également provenir de projets "multi-acteurs" (Etats, entreprises, fondations) et de dispositifs innovants comme la taxe sur les transactions financières.

Dans ces négociations, la France défendra également l’intégration, dans le montant global de l’aide, des dépenses sécuritaires et de reconstruction, comme celles consacrées au Mali, par exemple. Pirouette comptable ou meilleure transparence sur tous les engagements? Cohérent avec cette position, le site dédié à expliquer l'aide versée au Mali est un exemple de bonne pratique.

Sanctuariser les 17 objectifs de développement durable

Autre rendez-vous phare, l'adoption du nouvel agenda "post-2015" du développement durable, prévue du 21 au 23 septembre 2015 au siège des Nations Unies à New York. Cette négociation mondiale doit aboutir, notamment, aux nouveaux objectifs de développement durable (ODD) proposés aux Etats et qui, à ce jour, sont au nombre de 17.

"Pour la première fois, les objectifs seront universels au sens où ils s’appliqueront à l’ensemble des pays de la planète", rappelle Dominique Kerouedan, spécialiste de la géopolitique de la santé, dans un article de novembre 2014. Les précédents Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui arrivent à échéance fin 2015, concentraient leur approche sur les pays en développement. Certains pays comme le Royaume-Uni, voudraient en réduire le nombre, mais selon Annick Girardin, "si on ouvre la négociation à nouveau, on y perdrait plus qu’on y gagnerait". La France, ainsi que l’Allemagne, s'y opposent considérant que chaque pays a toute latitude de retenir ceux qu'il se fixe d'atteindre d’ici à 2030.

Accompagner les pays dans la définition de leurs efforts pour le climat

La Conférence Paris Climat 2015 (COP21), qui se déroulera du 30 novembre au 11 décembre 2015 dans la capitale, fera converger enjeux de développement et enjeux climatiques. Il s’agit d’aboutir à un accord cadre ambitieux et juridiquement contraignant pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle.

Dans l’immédiat, les 195 pays signataires de la convention cadre des Nations Unies ont théoriquement jusqu’en mars 2015 (probablement juin pour les moins avancés), pour préciser leur politique en matière de réduction de gaz à effet de serre.

Via l’Agence française de développement (AFD), la France a prévu à cette fin une aide de 3,5 millions d’euros pour permettre aux pays qui n’ont pas mis en place cette réflexion de se faire accompagner par des experts, dont ceux de la nouvelle agence France Expertise.

Post-Ebola

L’arrivée du médicament Favipiravir donne de l’espoir dans la lutte contre le virus Ebola, avec 50% à 60% de taux de réussite si les patients sont pris en charge suffisamment tôt. En Guinée Conakry où Annick Girardin s’est rendue à plusieurs reprises pour superviser la réponse française à l’épidémie, "les centres d’accueil des malades ne reçoivent pratiquement plus de nouveaux cas depuis fin janvier 2015, même si des foyers isolés persistent et exigeront une réponse des équipes mobiles."

Selon la secrétaire d’Etat, il s’agit désormais pour la France de venir en aide aux trois pays touchés (Guinée, Libéria, Sierra Leone) afin de reconstruire leurs systèmes de santé, affronter les crises alimentaires qui se profilent par manque de main d’œuvre (avec une contribution de la France à un fonds du Programme alimentaire mondial), relancer l’économie et remettre sur les bancs de l’école des milliers de jeunes, orphelins ou séparés de leurs familles par l’épidémie.

Sans formation, point d’avenir

L’éducation et la formation des jeunes "au Sud" comme "au Nord", la secrétaire d’Etat en a fait l’un de ses principaux chevaux de bataille. Chaque année, 14.000 volontaires (VSI) partent à l’étranger, 4000 financés par le ministère des Affaires étrangères, 10.000 par diverses ONG. "Pour le ministère cela représente un budget de 20 millions d’euros par an", montant qu’Annick Girardin a demandé à augmenter très sensiblement dès 2015.

Afin d’encourager les expériences à l’étranger de Français entre 15 et 25 ans, elle annoncera en mars la réforme du dispositif global du volontariat international. Celui-ci continuera à être coordonné par France Volontaires, mais les neuf dispositifs actuellement existants seront repensés, simplifiés et lisibles pour les candidats au départ. Et ils seront ouverts à tous les jeunes, car "seulement 3% des volontaires partant à l’étranger n’avaient pas leur bac", souligne Annick Girardin. Un autre objectif important: que ces expériences soient reconnues dans les cursus de formation et par les employeurs.

En accord avec cette volonté d’ouverture vers un plus large public, Annick Girardin a lancé, en France, vendredi 13 février 2015, l’année européenne pour le développement qui verra toute une série d’initiatives prises par les 28 pays européens. Elle réunissait le même jour le Conseil national pour le développement et la solidarité internationale, sorte de "Grenelle" du développement.

La secrétaire d’Etat chargée du Développement et de la Francophonie est résolument dans l’action et "prête à dresser un premier bilan" courant 2015 d’une politique française revue de fond en comble depuis deux ans.

 

Crédit photo: Lauryn/Flickr.
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