Le "test" du développement durable en bonne voie

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Jean-Christophe Carteron, directeur RSE de l'école de commerce Kedge business school et président de Sulitest, nous explique le fonctionnement du test du développement durable.

Si les erreurs sont positives, voire essentielles, dans les démarches d’apprentissage, elles coûtent parfois cher à ceux qui les commettent et peuvent avoir des conséquences irréparables. Un trop grand nombre de décisions préjudiciables sont aujourd’hui la résultante d’une mauvaise information ou d’une formation lacunaire des leaders. Dans ces conditions, quelles sont les connaissances, les compétences voire l’état d’esprit qu’il faut avoir pour prendre des décisions éclairées et construire un monde un peu plus durable? C’est ce que les anglophones appellent "sustainability literacy" et que le récent "Sustainability literacy test" (Sulitest), actuellement en cours de déploiement, vise à mesurer.

Porté par la Kedge business school, ce test est né dans la continuité du Sommet de la Terre de 2012, qui a souligné le rôle essentiel que doivent jouer les établissements d’enseignement supérieur dans la construction d’un futur soutenable. Le test répond à un besoin: face aux enjeux systémiques du développement durable, le monde n’a pas seulement besoin d’experts mais de décideurs formés à ces problématiques. Le Sulitest s’est donc focalisé, dans sa version pilote, sur une population cruciale: les étudiants.

Des problématiques à la fois internationales et locales

Construire un questionnaire accepté aussi bien par des Chinois, des Américains ou des Sud-africains est un véritable challenge. Cinquante questions sont sélectionnées aléatoirement parmi un large éventail. Les deux tiers recouvrent une dimension internationale (comme le réchauffement climatique) tandis que le tiers restant est basé sur des problématiques locales (les régulations, la culture et les pratiques par exemple). Les établissements peuvent soit le faire passer à leurs étudiants en début de cursus, en fin ou les deux.

Pour que ce questionnaire soit utilisable par des étudiants de toutes disciplines (médecine, finance, management, etc.), la version actuelle s’est concentrée sur les connaissances élémentaires. Les questions portent donc à la fois sur les défis auxquels sont confrontées la société et la planète (problématiques sociales, environnementales et économiques, compréhension des mécanismes environnementaux de base comme le cycle de l’eau et le cycle du carbone, l’effet de serre, etc.), mais également sur la responsabilité des organisations et des individus.

Adapté dans 17 pays et en huit langues

Près de 200 bénévoles ont ainsi travaillé à l’élaboration de ce premier test international. En France, la conception des questions locales a été coordonnée par la Conférence des présidents d’université, la Conférence des grandes écoles, par le Collectif pour l'intégration de la responsabilité sociétale et du développement durable dans l'enseignement supérieur (CIRSES) et le Réseau français des étudiants pour le développement durable (REFEDD). D’autres acteurs comme le Medef, des syndicats ou des ONG ont été invités à construire ce premier jeu de questions. Une fois les questions travaillées par ces antennes régionales, elles sont validées par le "Senior advisory board", sorte de conseil des sages composé d’agences de l’ONU et de réseaux internationaux.

Déjà adapté dans 17 pays (Chine, USA, Brésil, Afrique du Sud, ou Egypte), il est accessible dans huit langues dont le japonais et le chinois. Trois cents universités de 34 pays l’utilisent déjà et plus de 26.000 étudiants l’ont passé. Ce QCM en ligne a donc été massivement plébiscité par la communauté académique. Comme le TOEFL ou le GMAT, certains établissements envisagent même d’exiger à terme un score minimum au Sulitest pour intégrer l’université ou pour obtenir son diplôme.

Dans sa version deux, il pourra être utilisé par des entreprises et des agences de recrutement, voire servir d’outil d’évaluation de politiques publiques. En vue de la COP21, les équipes réfléchissent à la création d’un module spécifique aux enjeux climatiques qui serait lancé lors de la conférence "Higher education for climate change action", en octobre 2015 à Paris. Un bel avenir en perspective!

 

Crédit photo: Brandi Redd/Flickr.
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