Gavi, le partenariat mondial pour la vaccination

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[Mise à jour du 30 janvier 2015: à l'occasion d'une conférence des donateurs à Berlin, le 28 janvier, l'Alliance du vaccin Gavi a obtenu près de 6,6 milliards d’euros de promesses de financement. Gavi, un partenariat public-privé, a ainsi atteint son objectif financier, qui lui permettra de vacciner 300 millions d’enfants dans les pays en développement entre 2016 et 2020. La chancelière allemande et hôte de l’événement Angela Merkel, a promis une contribution de 600 millions d'euros à l'Alliance, soit presque 200 millions de plus que prévu. De son côté la France a annoncé une contribution de 250 millions d’euros. Fondée en 2000, Gavi a déjà permis de vacciner près d'un demi-milliard d'enfants dans le monde.]

[Mise à jour du 21 janvier 2015: alors que le forum de Davos -où Gavi est née il y a 15 ans- s'ouvre aujourd'hui, quinze ONG s'inquiètent qu'à une semaine de la conférence des donateurs de Gavi, il manque 500 millions de dollars par rapport aux objectifs de financements]


Gavi Alliance entre dans une période charnière, garante de la pérennité de son modèle. Ce partenariat public-privé, dont la mission est d’accroître la vaccination dans les pays en développement, lance un nouveau cycle de financement, pour 2016-2020. Ses partenaires lui ont versé près de 1,3 milliard de dollars en 2012, une somme qui devrait grimper à 1,8 milliard pour 2013. L’effort est soutenu, mais il faut sans cesse en réaffirmer l’importance.

"À New York, Paris ou Genève, cela va de soi que les enfants sont vaccinés, donc les décideurs n’ont pas forcément conscience de l’importance de cet acte. D’autant que les opinions publiques sont parfois séduites par des arguments anti-vaccins, regrette Guillaume Grosso, responsable Europe de la mobilisation des ressources chez Gavi. Il est très important de ne pas perdre de vue l’impact d’une aide publique au développement bien utilisée: les chiffres dans un tableau Excel, ce sont des vies humaines".

Des vies, l’alliance estime qu’elle en aura sauvé 4 millions à l’horizon 2015. Pneumocoque, rotavirus, hépatite B, fièvre jaune... l’organisation, créée lors du forum économique mondial de Davos en 2000, a pour mission d’introduire une grande variété de vaccins dans les 73 pays les plus pauvres de la planète et de mettre en place de vastes plans d’immunisation des enfants.

Des actions complémentaires

Pour cela, elle s’appuie sur un partenariat public-privé. Celui-ci permet de couvrir toute la chaîne de la vaccination et réunit l’OMS, l’Unicef, la Banque mondiale, la Fondation Bill & Melinda Gates, les gouvernements des pays donateurs et des pays récipiendaires, les organisations de la société civile (OSC) et des entreprises, dont l’industrie pharmaceutique. Une myriade d’acteurs pas toujours habitués à s’asseoir autour de la même table.

"Vous avez nettement plus de poids en tant qu’alliance, en combinant les forces, que si vous êtes seul", se félicite Lidija Kamara, responsable du programme "vaccination, vaccins et produits biologiques" à l’OMS. "Vous prenez le meilleur du privé et le meilleur du public, abonde Guillaume Grosso. L’OMS donne le 'la' des interventions les plus pertinentes, l’Unicef permet d’atteindre les enfants dans les endroits les plus reculés, l’industrie pharmaceutique rend les prix des vaccins abordables..."

Reconnue sous le statut de fondation en Suisse, Gavi comptait 32 donateurs en 2013, contre 25 en 2011, signe que la formule séduit de plus en plus. Et la part des financements privés – un quart pour la période 2000-2010 – est en progression. Les pays donateurs, eux (une vingtaine, parmi lesquels ceux du G8, le Brésil, l’Afrique du Sud ou encore la Norvège), mobilisent de façon classique leur aide publique au développement, mais prennent également part à des programmes de financements innovants, qui garantissent la pérennité et la sécurité des investissements.  

Une alliance au service des Etats

Pour coller à la réalité de chaque pays, Gavi s’appuie sur les OSC, "essentielles au modèle", selon Guillaume Grosso, car ce sont les meilleures connaisseuses du terrain, elles font un important travail d’information, de renforcement des systèmes de santé et de formation des acteurs. Surtout, les États bénéficiaires sont totalement partie prenante du système. Ce sont eux qui définissent les besoins, les populations cibles et les calendriers d’introduction des vaccins. Gavi ne propose pas un modèle clé en main reproductible à l’infini. "Nous répondons à une demande en mettant à disposition des outils, et nous aidons les pays à tenir la promesse qu’ils se font. Nous sommes à leur service", tient à préciser Guillaume Grosso.  

C’est grâce à cette "super-alliance" que Gavi a pu s’attaquer à l’obstacle majeur à l’immunisation des enfants dans les pays en développement: le prix des vaccins. "Nous avons réduit celui du vaccin antipneumococcique de 90%, à 3 dollars la dose, le pentavalent de 40%, le rotavirus de deux tiers, le papillomavirus humain d’un tiers, se réjouit Guillaume Grosso. C’est parce que nous avons le moyen d’agréger la demande. Si nous nous adressions à l’industrie pharmaceutique de manière individuelle, nous aurions peu de marge de manœuvre pour négocier les prix. Là, nous garantissons aux fabricants une prévisibilité, c’est rassurant". Grâce à la garantie de marché en particulier, les laboratoires ont l’assurance d’un grand volume de commandes et acceptent ainsi de s’attaquer à des marchés jusqu’alors peu sécurisants.

Un manque de souplesse dans l’urgence  

C’est un instrument important, parce qu’il a permis d’inscrire la vaccination dans les agendas politiques, avec des moyens. Mais il y a des "limites au modèle", nuance Nathalie Ernoult, responsable des bureaux régionaux et d’Afrique francophone pour MSF Access. En cause: le fait que Gavi ne finance les nouveaux vaccins que jusqu’aux 11 mois de l’enfant. "Dans une situation d’urgence, ou dans un pays où la vaccination de routine n’est pas très bonne, il faut lancer une vaccination de rattrapage et vacciner après 11 mois. En Centrafrique, nous avons eu l’accord du gouvernement pour des vaccinations de rattrapage entre 11 et 23 mois, or les prix sont un véritable obstacle: le vaccin antipneumococcique conjugué coûte 3,50 dollars avec Gavi, 16 dollars sans", déplore Nathalie Ernoult.

Les ONG ne peuvent en effet plus bénéficier des tarifs négociés de Gavi pour les enfants à partir d’un an. "Cette rigidité empêche complètement de répondre aux situations auxquelles nous faisons face. En Centrafrique, en deux ans, nous n’avons pas réussi à faire la vaccination de rattrapage du vaccin pneumococcique conjugué, alors que nous aurions pu la terminer en quelques mois, martèle-t-elle. Si l’objectif est de sauver des vies, il ne peut pas y avoir de limite administrative". Chez Gavi, on argue que le "target group" des 0-11 mois est celui où la mortalité est la plus élevée, d’où la nécessité de se focaliser dessus.  

Une sortie graduelle et accompagnée  

Gavi a pour ambition de n’être qu’un tremplin, les pays en développement étant appelés à sortir du dispositif. Pour cela, l’alliance les aide à mettre en place les programmes de vaccination, renforcer les chaînes d’approvisionnement en vaccins, travailler en direct avec les fabricants. Afin qu’ils puissent in fine être indépendants financièrement, ils financent les programmes de vaccination à hauteur de leurs moyens. Lorsque leur PNB par habitant dépasse les 1570 dollars, ils entament une sortie graduelle et accompagnée de Gavi, tout en ayant l’assurance de continuer à bénéficier des prix négociés avec les laboratoires. À ce jour, vingt pays sont en phase d’émancipation, parmi lesquels l’Angola, le Bhoutan ou le Sri Lanka. La Chine est sortie en 2007 et a lancé son propre vaccin, contre l’encéphalite japonaise. Le premier du pays à avoir été validé par l’OMS.

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Cet article a initialement été publié dans la Lettre professionnelle n°72, du 11 mars 2014.
Crédit photo: WHO/Flickr.

 

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