[Interview] En Haïti, "l'aide a été mal coordonnée"

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Cinq ans après le séisme en Haïti, éclairage sur la situation humanitaire avec l'ONG Médecins du Monde.

Il était 16h53 (heure locale) lorsqu'un terrible séisme a frappé Haïti, le 12 janvier 2010. Plus de 250.000 personnes sont décédées, des centaines de milliers d'autres ont été blessées et plus de 1,3 million d'Haïtiens se sont retrouvés sans abri.

Cinq années sont passées et le petit État peine encore à se reconstruire. Près de 85.000 personnes s'entassent toujours dans des camps, et le système de santé haïtien ne peut toujours pas faire face. Entretien avec Dounia Boujahma, coordinatrice générale de Médecins du Monde France en Haïti.

Youphil.com: Quelle est la situation humanitaire actuelle?

Dounia Boujahma: La situation s'est dégradée en Haïti. L'épidémie de choléra est toujours très préoccupante. Elle a du mal à être gérée par le système sanitaire haïtien et est donc prise en charge par les ONG.

Avec l'argent récolté, il y avait l'espoir de reconstruire le pays. Finalement, on se rend compte que des efforts ont été faits, mais que la situation est toujours très préoccupante au niveau sanitaire, mais aussi au niveau du relogement: près de 85.000 personnes vivent toujours dans des camps, certaines ont été chassées par des propriétaires terriens sans que les promesses de relogement ne soient respectées.

Près de 8 milliards de dollars ont été versés, sur les 10 milliards de dollars promis pour aider le pays à se relever. Comment expliquer que la reconstruction soit si difficile?

Cette aide a été mal coordonnée! Les ONG ont eu du mal à s'entendre entre elles et beaucoup d'argent a été perdu. Le pouvoir haïtien et les pays étrangers n'ont pas fait grand-chose pour coordonner l'aide financière.

Youphil.com s'est rendu en Haïti, en 2014, et témoignait que les humanitaires ne sont pas toujours bien perçus. À quelles difficultés devez-vous faire face?

Effectivement, c'est quelque chose qui peut être ressenti. Mais cela ne se manifeste pas par des violences, ce n'est pas exacerbé et ce n'est pas quotidien. Il faut dire aussi que les travailleurs humanitaires se sont parfois repliés sur eux-mêmes, avec des règles drastiques. Il a donc fallu aller vers les populations.

Lorsque l'on regarde ce qu'il en est au niveau du système de santé, certains vont vous dire: "C'est pire qu'avant". Il faut toujours un bouc émissaire et pour les Haïtiens, ce sont les ONG. Nous avons une image un peu négative et les Haïtiens en ont marre. Mais cela oblige aussi les populations à décider elles-mêmes des politiques de santé à suivre. Il est important que les choix soient faits par les Haïtiens, et non par les étrangers.

Quelles sont les principales urgences?

D'un point de vue politique, il faut qu'il y ait une stabilité. C'est l'urgence principale! La deuxième urgence concerne le système de santé: beaucoup d'Haïtiens ne peuvent pas payer leurs soins, car beaucoup sont au chômage. Enfin, l'urgence du relogement.

En tant qu'ONG, nous avons un rôle à jouer: des projets sont mis en place pour travailler sur la résilience des populations, sur l'éducation des enfants, ou tout simplement sur la prise de décisions.

 

Photo: camp de réfugiés en Haïti. Crédit: Luc Evrard.
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