Pour Naomi Klein, les dérives du capitalisme, boulets de la lutte contre le réchauffement climatique

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Dans son nouveau livre, la journaliste canadienne dénonce l'action des dirigeants politiques et économiques qui font capoter les négociations sur le climat, et vise les personnalités puissantes qui se posent en "héros du climat".

Le réchauffement climatique, "une crise existentielle pour l’espèce humaine". La formule alarmiste mais lucide est posée par la journaliste canadienne Naomi Klein, dans son dernier essai This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate (en anglais, donc), qui sort le 16 septembre dans les librairies canadiennes, britanniques et américaines. Après avoir dénoncé l’envers de la mondialisation et les pratiques des multinationales telles que Nike, dans No Logo en 2000, puis l’avènement d’un "capitalisme du désastre" dans La stratégie du choc en 2007, l’influente essayiste, explore la dualité entre climat et capitalisme.

Notre erreur, dit-elle en substance, est d’avoir laissé au marché le soin de régler la question climatique. Arrimés à un modèle très lucratif, celui du capitalisme productiviste, les puissants (gouvernements et élites économiques) nous ont menés tout droit dans l’impasse. Et, selon elle, les groupements écologistes aux Etats-Unis ont été complices. Certaines organisations, telles que Nature conservancy n’hésitant pas à investir dans l’industrie extractive.

Dans une tribune publiée sur le site de The Guardian comme un avant goût de l’essai, Naomi Klein revient sur le greenwashing des milliardaires philanthropes, en examinant par exemple les promesses de Richard Branson, patron de la compagnie aérienne Virgin. En 2006, lors de la Clinton Global Initiative, il s’engage à investir 3 milliards de livres (3,8 milliards d’euros) sur dix ans pour développer un nouvel agrocarburant et des technologies destinées à combattre le changement climatique. D’après la journaliste, huit ans après, l’entrepreneur britannique n’en a déboursé que 230 millions et les émissions de gaz à effet de serre de sa compagnie ont augmenté de 40%. Michael Bloomberg, l’ancien maire de New York en prend aussi pour son grade, malgré son soutien financier à des ONG de défense de l’environnement. Dans la ligne de mire de Naomi Klein: Willett Advisors, le cabinet qui gère la fortune personnelle de Bloomberg et qui investit généreusement dans le gaz et le pétrole. De quoi interroger son statut de "héros du climat", et sa légitimité en tant qu’émissaire de l’ONU pour le climat. 

Naomi Klein pointe aussi du doigt Bill Gates, philanthrope par excellence, pour avoir investi au travers de sa fondation 1,2 milliard de dollars dans BP et ExxonMobil en décembre 2013. "Avec notre volonté de répondre au changement climatique, sans questionner la logique de croissance, nous nous sommes empressés de voir en la technologie et le marché des sauveurs", écrit Naomi Klein. Car le philanthrope geek s’aventure aussi (comme Branson) sur les terrains glissants de la géo-ingénierie. Ce partisan de l’énergie nucléaire investit ainsi "des millions" dans des systèmes visant à bloquer les rayons du soleil. Une solution qui semble bien dérisoire face à l’ampleur du réchauffement climatique.

Un livre qui devrait faire parler de lui, à quelques jours du Sommet des Nations Unies sur le changement climatique, à New York le 23 septembre, pour préparer Cop21, la Conférence sur le climat qui se tiendra à Paris fin 2015.

 

"This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate", Naomi Klein, ed. Knopf Canada. Publié le 16 septembre 2014 (en anglais).

 

 
 
 
 
 
 
 
 

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Photo: Naomi Klein au milieu des activistes d'Occupy Wall Street, à New York, en 2011. Crédit: David Shankbone/Flickr.

 

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