"Nos grands-mères ont du talent", un job pour les plus de 50 ans

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Les seniors représentent près d’un quart des chômeurs. Pour aider ces personnes à se réinsérer, des initiatives voient le jour. Parmi elles, "Nos grands-mères ont du talent", sorte de fast-food d’antan.

En six ans, la part des seniors chez les chômeurs n’a jamais cessé d’augmenter pour atteindre 22% de la population concernée en juin 2014, soit 1,1 million de personnes. Un vivier dans lequel l’enseigne "Nos grands-mères ont du talent", spécialisée dans la vente à emporter de plats traditionnels, a décidé de puiser. Objectif: freiner une forme de discrimination à l’embauche sur cette population.

Agés de 24 et 25 ans, Arthur Juin et Jean de Guerre, les deux fondateurs, diplômés d’HEI (Hautes Etudes d’Ingénieur) à Lille, comptent s’appuyer sur les compétences des seniors pour proposer des plats à emporter, dès le mois de septembre 2014. Ce sera le début d’une phase pilote, qui doit s’étendre jusqu’en décembre avec un seul point de vente dans le sud-ouest parisien. "L’objectif, dans les années qui viennent, c’est d’avoir cinq, dix ou vingt points de vente supplémentaires en Ile-de-France", révèle Jean.

Made in France

Aujourd’hui, leur affaire n'est pas encore lancée officiellement. Et pourtant, ils accumulent déjà les prix avec quatre récompenses obtenues pour six finales de concours disputées. À ce stade de développement, Arthur et Jean ont simplement trouvé une cuisine et un cuistot. Denys, 63 ans, préparera les repas pendant la période de test. La vente sera quant à elle assurée par Jean et Arthur pour limiter les coûts.

"Nos grands-mères ont du talent" veut proposer de la nourriture saine, "100% d’origine française". Mais pas bio. "Il y a un peu tout et n’importe quoi dans le bio. On veut surtout agir avec des producteurs locaux et des produits de saison. Après, si nos clients nous font la demande de produits bio, on s’adaptera." À la rentrée, ces derniers trouveront à la sortie de la gare de "Clamart, Fontenay-aux-Roses ou Saint-Cloud" un stand de vente avec quiches, tartes, soupes et plats cuisinés. "Le panier moyen pour une formule plat et dessert, c’est douze euros", précise Jean.

Grâce aux prix remportés, ils disposent de 15.000 euros d’apport sur les 35.000 euros nécessaires pour tenir au départ. Ils espèrent récolter le reste "avec des levées de fonds et grâce au crowfunding". Ils comptent aussi embaucher des employés au profil bien précis. "Nous ne sommes pas à proprement parler une entreprise d’insertion, qui est un métier à part entière, explique Jean posément. On peut accueillir quelqu'un qui sort de deux ans en insertion, mais on se focalise surtout sur des gens qui, parce qu’ils ont plus de 50 ans, sont au chômage depuis maximum un an. Concrètement, ce sont des personnes qui ont raté cinq entretiens d’embauche parce qu’elles étaient trop âgées."

Manger vite, mais bien

"Revenu avec l’envie de créer", comme Arthur, de son année de césure en 2012, Jean a eu l'idée de "Nos grands-mères ont du talent" grâce à son cousin. "Il a eu cette idée de restaurant avec des grands-mères. On a bien déliré dessus et ça a évolué. Pourtant, je n’ai pas de madeleine de Proust particulière. Mais j’ai de très bons souvenirs de repas familiaux, de pots-au-feu partagés. Aujourd’hui, la nourriture est industrielle, froide et individualiste, constate-t-il. Il faut revenir à la bouffe traditionnelle, aux produits sains. Manger vite, mais bien."

Sûrs de leur coup, les deux jeunes hommes avaient demandé à consacrer leur stage de fin d’études à leur projet naissant. Ils ont obtenu gain de cause. Si Jean a "un job alimentaire" pour le moment dans la société de gestion Phitrust, Arhur "s’y consacre à 100%". Ensemble, ils ont déjà su rectifier le tir par rapport à leur projet de départ. Oubliés le camion et la mode du food truck. "C’est très mal reçu par les collectivités, explique Jean. Les camions sont capables de faire des centaines de couverts en une journée. C’est une concurrence pour les restaurateurs." Avec un objectif "optimiste de 50 repas par jour et par point de vente", ils se considèrent moins dérangeants pour les restaurants.

"Quand j’en parle autour de moi, on me dit que c’est une super idée", poursuit-il. Une tendance qui semble se confirmer dans les gares. "En y allant, on a vu que 70% des 200 personnes interrogées en gare étaient intéressées par nos produits. Quand on leur a demandé ce qu'elles préféreraient entre nos plats, des sushis ou des pizzas, nos produits étaient plébiscités par 50% des gens." Mais du plat énoncé sur un questionnaire à celui proposé à la vente, il reste encore un long chemin pour convaincre un Francilien pressé de rentrer chez lui.

 

Crédit photo : Nos grands-mères ont du talent
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