Nicolas Hazard ou l'ambition de l'entrepreneuriat social

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Rentrer dans l’écosystème de la finance pour mieux le changer. Voilà le credo de Nicolas Hazard, trentenaire aux allures de jeune premier. Sur les bancs d’HEC, le grand brun au sourire affable dit avoir été perçu comme le "gentil idéaliste". "Les premiers investisseurs que je démarchais lorsque j’ai voulu créer mon entreprise, à 28 ans, me faisaient de grands sourires. Il y avait de la compassion et du mépris." Aujourd’hui, ses anciens professeurs le sollicitent pour enseigner et ses camarades de promotion, qui avaient opté pour le milieu bancaire, le rappellent pour travailler à ses côtés. "Les gens sont des Saint-Thomas en puissance, ils ne croient que ce qu’ils voient."

Vice-président du groupe SOS, leader de l’entrepreneuriat social en France, il a réussi à s’imposer comme la relève de Jean-Marc Borello, son président. Preuve en est, en mai 2014, la compagnie d’assurance Aviva le place à la tête d’Aviva Impact Investing France, un fonds d’investissement doté de 10 millions d’euros. L’acteur montant du "social business" en France aime la finance et se plaît à filer la métaphore du marteau "qui peut détruire comme construire."

Pour un capitalisme de nouvelle génération

Dans son bureau parisien à deux pas de la place de la République, installé dans un fauteuil devant son ordinateur portable, il allègue avec certitude que "la finance est essentielle pour créer de l’emploi, mais cet outil du bien collectif doit être utilisé à bon escient, au service d’une société plus utile et agréable."

Depuis 2010, le fondateur du Comptoir de l’Innovation, société aux multiples activités allant de l’investissement au conseil en passant par l’incubation de start-up, œuvre pour "un capitalisme 2.0, de nouvelle génération", où l’on entreprendrait "plus uniquement pour soi mais pour l’impact systémique" sur la collectivité. C’est "l’impact investing".

Celui qui se définit comme un "passe-muraille", en référence à la nouvelle de Marcel Aymé, tente de faire communiquer deux pièces aux murs étanches: la finance et la solidarité. Chaque année, il décloisonne, le temps d’une journée, le secteur social en organisant Impact2, "un Davos de l’entrepreneuriat social" qui a réuni à Paris, pour sa troisième édition en 2014, un millier d’auditeurs: institutions financières, politiques et dirigeants du CAC40… Son pari, il le tient. Mais le Parisien cherche, depuis quelques mois, à franchir les frontières de l’Hexagone pour s’implanter outre-Atlantique.

À la conquête de la Silicon Valley

Ses aspirations sont internationales et touchent plusieurs secteurs allant de la médecine aux nouvelles technologies. "Les deux tiers de mon temps, je les passe à voyager et à rencontrer des acteurs du monde économique et scientifique. Demain, je dois donner une conférence à New York devant l’Académie de médecine sur les modèles économiques, dont l’entrepreneuriat social, dans le domaine de la santé. Je gère mes sociétés le tiers restant"

Sa dernière en date, Calso Inc, a vu le jour en Californie, il y a quelques mois. Elle a l’ambition de promouvoir l’entrepreneuriat social dans le secteur du numérique. Là où il a élu domicile, Nicolas Hazard est déterminé à dénicher des start-up, nouer des partenariats, en somme faire du lobbying au pays de l’Oncle Sam.

Une aspiration née d’une déception

Longtemps, Nicolas Hazard s’est cherché. Après une scolarité au lycée Buffon dans le quinzième arrondissement, il participe, durant ses études à Science Po Paris, à la campagne de Romano Prodi à la présidence du Conseil italien en 2005. "L’administration ne me plaisait pas. Je me suis toujours intéressé au monde. Je lisais, petit, des articles. Je voulais comprendre ce qu’était le chômage, la justice. Il y avait de l’humain dans tout cela. J’ai voulu combiner tout ce que j’avais appris pour mettre des outils au service de l’intérêt général."

Il décide de compléter sa formation par un passage à HEC, d’où il sortira diplômé en 2008. "J’ai très mal vécu HEC", assène-t-il fermement. "C’était très intéressant. J’ai compris comment le système fonctionne mais il manquait un sens à l’enseignement." Son aspiration vient d’une déception. Lors du premier cours d’économie, deux maximes lui sont répétées: "La maximisation du profit" et la théorie de la main invisible d'Adam Smith: "La somme des intérêts individuels forme la somme des intérêts collectifs." 

"Je me suis dit qu'on ne pouvait pas fonctionner comme cela, que c'était impossible. La meilleure défense a été l’attaque. La crise économique m’a ensuite conforté dans ce choix", raconte-t-il. Son téléphone à la main, il relit la phrase de Mark Twain: "Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait." "C’est exactement cela. Avec du recul, je me dis que j’étais complètement inconscient."

 

Crédit photo: Myriam Matinrazm.
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