Disco Soupe: la recette anti-gâchis d'Antoine Delaunay

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Antoine Delaunay a choisi de dire stop au gaspillage alimentaire. Fondateur de Disco Soupe, c’est entouré d’amis qu’il récupère fruits et légumes destinés à la benne à ordures au nom de la solidarité.

Antoine Delaunay n’est pas du genre à avoir le melon. Parler de lui, oui, mais "pas sans évoquer son aventure humaine" au sein du mouvement solidaire Disco Soupe qu’il a fondé, en 2012, avec des amis. À 27 ans, ce Parisien est un féru de cuisine: tarte tatin, croûtons à l’ail, salades, gratins… Pour celui qui a le goût d’en apprendre toujours plus sur l’art culinaire, mettre un point d’honneur à lutter contre le gaspillage alimentaire semble primordial. Les fruits, légumes et céréales qui ne peuvent être vendus, il a choisi de les récupérer pour en faire des soupes, salades ou jus de fruits. Mais le concept ne s’arrête pas là: "Une de mes amies avait vu, en Allemagne, des personnes éplucher des patates en écoutant de la techno. Pour déconner, on s’est réuni une première fois, en 2012."

Deux-trois fins de marchés pour récupérer des rebuts de fruits et légumes, des invitations lancées aux copains, quelques tables, une bonne ambiance et un fond de musique: "Un joyeux foutoir!". D’où le slogan: "La convivialité contre le gaspillage". Il en a même fait une chanson, en rap, sur l’air de Bouge de là, de MC Solaar. Antoine Delaunay apprécie le contact avec les autres et travailler dans la bonne humeur. Sa joie de vivre est contagieuse. Sur certains événements Disco Soupe, il fait partager sa passion de la danse, vient accompagné de son ukulélé ou de playlists, "même si nous privilégions les lives: bandas, musique africaine, électro..." Il passe aussi du temps à sensibiliser les participants au gaspillage alimentaire. Après la cuisine, tout ce petit monde déguste les plats ou les redistribue à des personnes en difficulté.

"Il passe énormément de temps à apprendre de ses rencontres"

L’engagement d’Antoine Delaunay n’est pas un hasard. Après des études de commerce à Lille, il peine à trouver sa voie et se rend au Brésil dans le cadre d’un échange académique: "J’y ai découvert un intérêt pour les problématiques d’agriculture. Comment un pays aussi riche comme celui-ci peut-il avoir autant d’habitants aussi mal nourris? J’ai également voulu construire une crèche écologique, mais la favela concernée était trop pauvre et assez dangereuse. Je n’ai jamais obtenu le permis de construire."

C’est aussi au Brésil qu’il retrouve une amie de prépa alors en voyage, Leïla Hobbalah: "Antoine est à la fois chaleureux, social et convivial. Proche des gens, il passe énormément de temps à apprendre de chacune de ses rencontres." C’est donc tout naturellement qu’elle lui propose de se joindre à elle, à son retour, pour un brainstorming de l’association Make Sense. "J’y ai découvert tout ce qui est entrepreneuriat social", explique-t-il. Il y croise des gens avec des initiatives "extraordinaires" qui ont tourné le dos aux carrières classiques auxquelles ils étaient destinés pour se réaliser personnellement.

S’amuser en tant que bénévole

Quand il parle de ces rencontres, Antoine Delaunay semble s’octroyer une pensée pour chacune d’elle. Il regarde ailleurs, le sourire en coin, conscient de cette chance d’avoir pu s’imprégner, s’inspirer d’autant d’expériences. "Make Sense m’a fait découvrir qu’on pouvait s’amuser en tant que bénévole."  Bluffé, fort d’une certaine expérience du monde solidaire mais aussi grâce à une soif d’apprendre à toute épreuve, il découvre un nouveau monde: "Ça m’a ouvert les yeux sur pas mal de réalités économiques, d’alternatives, de solutions innovantes et prometteuses qui existent pour résoudre des crises contemporaines."

Aujourd’hui, il retranscrit tout ce qu’il a pu apprendre au sein de Disco Soupe. Après chaque séance d’épluchage et de partage, Antoine Delaunay a la banane. Une bonne humeur chronique pour tous les participants: "100% d’entre eux reviennent à une Disco Soupe plus tard." Parce que le projet a pris de l’ampleur depuis –de six dates par an en France en 2012, à 40 par mois en 2014, dans plusieurs pays– et pour rassurer les différents partenaires, le mouvement a dû se doter d'un statut et est donc devenu associatif. "Sur le papier, je suis co-président, mais on s’en fout, c’est sur le papier!", déclare-t-il, toujours aussi souriant. Ce qui pourrait pourtant se justifier selon Leïla Hobbalah: "Antoine est un des membres qui a apporté le plus de structure à Disco Soupe. C’est celui qui a tenu à ce que la vision du mouvement soit claire et partagée."

"Je n’aurais jamais eu le cran sans ces rencontres"

Antoine Delaunay ressort de chaque Disco Soupe "époustouflé par la 'génialité' des gens". Face au développement fulgurant du mouvement, certains membres tentent d’apporter des solutions business quand d’autres prônent l’altermondialisme. Lui tient à rester pragmatique: "Si on ne travaille qu’avec des gens qui nous ressemblent, on ne touchera toujours qu’une toute petite partie de la population." 

C’est donc avec un panier chargé de belles rencontres et initiatives qu’il se construit professionnellement en ce moment en montant, avec des amis, des entreprises qui agissent contre le gaspillage alimentaire: "Au sein de Disco Soupe, certains ont de réelles compétences dans le domaine des invendus alimentaires. Les idées fusent: clips, mini-livres, formations, cuisines mobiles… Si on veut toucher plus de public, il faut innover sur les formats. Personnellement, je compte monter des ateliers de sensibilisation, par exemple pour les centres éducatifs."

Levé de bonne heure le matin, après un petit déjeuner copieux, il prend son skate ou son vélo, enfile son béret et part à la rencontre de personnes amenées à renforcer son bagage de connaissance en économie sociale et solidaire. Mais hors de question de mettre de côté Disco Soupe. "J’ai tout appris avec ces gens là. Je n’aurais jamais eu le cran de faire tout ce que j’ai entrepris à titre bénévole ou professionnel si je n’avais pas fait ces rencontres. Je me rends compte qu’on ne réussit rien seul."  En plein "kiff" et avec de l’énergie à revendre, il transmet une joie de vivre à toute épreuve. Non, il ne mettra pas la perruque qu’il a apportée pour la photo, sans doute pour rester lui-même jusqu’au bout.

 

Crédit photo: Thomas Blond.
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