Coach de banlieue, le pro du terrain

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Chargé de sensibilisation, un métier où il faut savoir encourager les entrepreneurs de demain.

Clichy-sous-bois: une ville de Seine-Saint-Denis enclavée, sans RER, et des chiffres du chômage qui donnent le vertige. Sur la zone de Clichy-Montfermeil, 40% des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage et l’absence de Pôle Emploi n’arrange rien à la situation.

C'est le terrain de jeu de Mohamed Mechmache, un "chasseur de tête" très particulier qui arpente les rues à la recherche des entrepreneurs de demain, redonnant ainsi espoir à de nombreux banlieusards.

Devenir entrepreneur par le micro-crédit

Depuis octobre 2008, Mohamed Mechmache est chargé de sensibiliser les Clichois au nouveau projet initié par les Associations de Détection et d’Accompagnement de Micro-entrepreneurs (ADAM): devenir entrepreneur par le micro-crédit. Les projets prennent souvent la forme de services à la personne: rénovation d'intérieur, coiffure et esthétique, petit commerce, jardinerie, restauration...

Chapeautées par l’ONG Planet Finance, les ADAM se donnent pour mission d’aller "chercher les potentiels microentrepreneurs là où ils sont, par des actions de communication appropriées à leurs quartiers". Autant dire qu’une "une connaissance approfondie de ces quartiers et de leurs habitants" est nécessaire pour tisser des liens de confiance.

Initié aux codes de la rue

C’est là qu’intervient Mohamed Mechmache, ancien éducateur spécialisé devenu responsable de sensibilisation pour l’ADAM de Clichy-sous-bois/Montfermeil. Sa mission? Multiplier les contacts pour repérer et soutenir ceux qui veulent monter leur propre entreprise. Le tout lui permet de gagner entre 1 800 € et 2 100 € bruts mensuels, mais il ne compte pas ses heures.

Centre de jeunesse, clubs sportifs, cafés ou tout simplement la rue: il visite quotidiennement tous les endroits où se rassemblent les jeunes pour dénicher les candidats susceptibles de se lancer dans l’entreprenariat.

De passage dans un supermarché de la ville, il ne cesse d'être interpellé par des jeunes: il prend le temps de discuter avec chacun, d'abord pour prendre des nouvelles, puis il demande où en sont leurs projets et les incite à continuer.

Mais pour observer ces rencontres, prière de laisser la caméra rangée. Car c’est ici qu’ont éclatées les émeutes des banlieues en 2005, et depuis, la méfiance envers les médias est de mise. Et pour convaincre le plus grand nombre en banlieue, mieux vaut connaître "le langage et les codes des cités".

Repérer les plus motivés

Mohamed Mechmache se mue en VRP de la micro-entreprise, discutant, incitant chacun à se lancer plutôt qu’à attendre un hypothétique emploi: "Ce sont surtout des gens qui sont déjà en recherche d’activité. Quand les portes se ferment, pour ne pas attendre qu’elles s’ouvrent un jour, autant devenir son propre patron".

Les convaincre est juste la première étape. Car Mohamed Mechmache ne serait rien sans son binôme, Sylvie Marnef, qui accompagne les projets sur un plan plus administratif. Après avoir repéré une personne motivée, Mohamed Mechmache lui passe le relais et repart à l'assaut des rues de Clichy-sous-bois.

Pur produit de sa région, Mohamed Mechmache a grandi dans la cité des Bosquets, dans la ville voisine de Montfermeil, avant de déménager avec ses parents à Clichy-sous-bois.

En tant qu'ancien animateur social, il se montre également très bon orateur et persuasif. Il est même devenu porte-parole des banlieues lorsque, en réponse aux émeutes, il devient président de l'association AC le Feu. Aujourd'hui, il occupe un poste de conseiller municipal de la ville voisine de Noisy-le-sec.

"Il m'a donné la motivation"

Soixante-neuf personnes ont déjà été accueillies dans les locaux de l'association depuis sa création. Souvent, le découragement est le seul frein avant le retour à l’emploi, comme ce fut le cas pour Naïma Belhacene. Elle fut l’une des premières à être repérée par l’ADAM de Clichy, et fait désormais figure de modèle avec son cabinet de gestion. C’est là qu'est intervenu le coach de banlieue.

Après les neuf premiers mois d’existence de l’ADAM à Clichy, 14 projets sont en cours, 13 entreprises et 16 emplois ont pu être créés. Pour Mohamed Mechmache, cela signifie des milliers de mains serrées, des centaines de discussion entamées, et une bonne dose d'énergie communicative.

Retrouvez la suite de notre dossier sur les métiers de la solidarité:

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