Vox Capital, pionnier de l'impact investing brésilien

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Youphil.com: pourquoi avoir choisi de créer un fonds impact investing centré sur les marchés "base of the pyramid" (BoP)?

Daniel Izzo: Le grand problème du Brésil, ce sont ses inégalités. La classe moyenne augmente mais les laissés-pour-compte de cette croissance sont dans une situation précaire. Après avoir dirigé la marque la plus rentable de Johnson & Johnson au Brésil, je cherchais à développer une activité avec un véritable impact social. En 2007, j’ai mis en place le premier projet BoP de Johnson & Johnson dans des favelas de Rio qui mêlait éducation à l'hygiène, génération de revenus pour la communauté et vente de produits. Mais j’ai vite compris qu’il serait difficile de changer les choses à plus grande échelle. Dans le même temps, j’ai constaté que des entrepreneurs de qualité, sensibles au changement social, peinaient à obtenir des financements. Il y avait à la fois une opportunité et une nécessité de créer un fonds pour les appuyer, ce que nous avons fait avec mes co-fondateurs en 2009. Mais à ce moment-là, personne ne parlait encore d’impact investing.

Quel est le principe de Vox Capital?

Nous croyons qu’il est possible de créer le plus d’impact social possible par le biais d'entreprises rentables qui ont un vrai potentiel de croissance, en attirant en premier lieu le capital nécessaire à leur développement. La première PME que nous avons soutenue fait justement de la recherche sur les populations BoP. Il était aussi important pour nous de mieux comprendre cette population que nous voulions servir.

Maintenant, cette PME travaille pour Natura, Nestlé ou la Banque interaméricaine de développement et c’est la deuxième année qu’elle est rentable. Depuis 2009, nous avons investi en tout 4,5 millions de dollars provenant de Potencia Ventures, principalement sous forme de participations minoritaires avec un retour sur investissement sur dix ans, dans six PME axées sur la santé, l’éducation, le logement et les services financiers.

Comment sélectionnez-vous vos entreprises?

Nous ne nous cantonnons pas aux entreprises sociales, car nous ne voulons pas laisser passer de bons projets. Ce sont des PME au stade de création qui s’attellent à un problème touchant les populations BoP et qui s’engagent à mesurer leur impact social. Le processus d’évaluation dure 6 mois et nous mettons dans la boucle des experts et les destinataires des produits ou services. Nous ne retenons qu’une entreprise sur cent, en sachant par ailleurs que la cause principale d’échec est liée à l’équipe managériale.

Pourquoi avoir choisi un système lucratif?

Parce que sinon le domaine des produits ou services BoP serait l’apanage des héros et des riches philanthropes. Il faut pouvoir attirer des gens compétents avec des idées, mais aussi des capitaux. Les deux parties doivent pouvoir trouver leur compte, sinon ce n’est pas soutenable.

Comment trouver le bon équilibre entre impact social et retour sur investissement?

Nous avons au sein de notre équipe des spécialistes en impact social, en capital-risque, en marchés BoP. Beaucoup de gens considèrent cet équilibre comme acquis, mais c’est une recherche constante et nous apprenons tous les jours, en même temps que nos entreprises. Il faut en particulier s’inscrire dans une perspective à long terme et ne pas vouloir faire des compromis court-termistes pour maximiser les bénéfices.

Comment mesurez-vous l’impact social?

Nous utilisons les indicateurs IRIS et faisons partie des fonds pionniers GIIRS. Mais mesurer l’impact social est un défi et ma plus grande inquiétude, car il est difficile de mesurer le réel changement qualitatif que l’on opère dans la vie des gens. De la même manière, nous sommes en train de faire une deuxième levée de fonds, à hauteur de 40 millions de dollars pour investir entre 3 et 4 millions dans chaque PME accompagnée.

Nous avons adopté une structure de société de capital-risque, mais le système de rémunération traditionnel des fonds –management fee et success fee– prend en compte essentiellement le rendement. C’était contraire à notre mission et à la volonté des investisseurs qui viennent chez nous. Nous avons donc défini notre success fee différemment: 10% sont basés sur la réussite financière et 10% sur l’impact social. Ce sont des ajustements nécessaires que tout investisseur devrait demander.

Comment réagissent les Brésiliens à vos projets ?

Nous avons un très bon retour de la part d’investisseurs qui sont excités à l’idée de créer un nouveau secteur et qui trouvent qu’on leur propose enfin quelque chose d’innovant. Neuf Brésiliens avec d’importants revenus se sont déjà engagés à investir près de 9 millions de dollars dans Vox. Quant à l’entrepreneuriat et aux projets d’investissement, ils ont connu un essor important depuis trois ans grâce à la première génération de jeunes qui n’a pas connu la crise économique et les taux d’inflation de 30 % et qui n’a donc pas peur de prendre des risques.

Quel futur pour l’impact investing au Brésil?

Il existe deux autres fonds aujourd’hui au Brésil. C’est très bien car cela prouve que c’est un système qui marche et pousse Vox à toujours plus d’excellence. De manière générale, il sera de plus en plus difficile pour les entreprises et les investisseurs d’ignorer leur impact citoyen, et c’est tant mieux. Mais cela ne veut pas dire que le social-washing prévaudra: les citoyens eux aussi deviendront de plus en plus avertis.

 
 
Cet article a initialement été publié le 24 février 2012.
 
Crédit photo: Dany13/Flickr.
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