Poo Power: comment vos excréments vont sauver la planète

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Et si notre caca et notre pipi constituaient la clé de la transition écologique?

C'est un sujet que toute la rédaction de Youphil.com suit avec grand intérêt. Ici et , des entrepreneurs, des collégiens, des citoyens et même des pouvoirs publics expérimentent de plus en plus la transformation des excréments… en énergie.

En 2012, ces ados nigérianes ont inventé un générateur d'électricité... dopé au pipi.
Crédit: whiteafrican/flickR.

 

Cette innovation sociale, que nous traitions sous l'angle "insolite" il y a quelques années, est aujourd'hui en train de changer d'échelle. Oui, vos excréments serviront peut-être, dans un futur plus proche qu'il n'y paraît, à recharger votre smartphone. Concrètement, c'est d'ailleurs déjà le cas. Une infime partie de l'énergie produite en France l'est par biogaz (pdf). 1,5% plus exactement, ce qui n'est pas si ridicule.

Le biogaz, cette énergie produite à partir de nos déchets

Vous connaissez le principe du compost: si vous laissez des épluchures de légumes dans une poubelle, au bout de quelques jours, ça sent mauvais. C’est de la fermentation.

Imaginons à présent la même chose à plus grande échelle, que les collectivités organisent le ramassage systématique des déchets organiques; tontes des pelouses dans les villes, fumier dans les cultures, boues des stations d'épuration.

Le biogaz n'est en effet pas produit qu'à partir du caca et du pipi. Mais disons que les citoyens pourraient contribuer largement à la montée en puissance de cette énergie, lorsqu'on sait qu'un être humain génère en moyenne 500 litres d’urine, et 50 kilos d’excréments par an. 

Si l'on place cette matière organique dans une enceinte fermée, ça produit du méthane, qui va constituer le biogaz. On peut ensuite l’injecter dans le réseau de gaz, l’utiliser pour le chauffage, exactement de la même façon que pour le gaz naturel aujourd’hui.

Un élément clé de la transition énergétique

À l’échelle mondiale, le biogaz ne couvre que 0,25 % de la production mondiale d’électricité totale. Les premiers pays producteurs mondiaux sont les États-Unis, le Brésil et l’Allemagne… La France, elle, n’est pas dans les dix premiers producteurs. 

"Si la France a pris un peu de retard par rapport aux autres pays européens, c’est parce que nous avons une production énergétique très centralisée et nucléaire, estime Cyril Jarny, directeur Europe-Méditerranée au Geres, une ONG spécialisée sur l'énergie. Par ailleurs, l’énergie est un secteur très réglementé, avec beaucoup de freins administratifs."

La France veut désormais accélérer le mouvement, et construit depuis quelques années de plus en plus d'installations industrielles capables de recycler cette énergie… à portée de main.

A Lille par exemple, des bus roulent au biogaz en utilisant les boues des stations d’épuration ou les déchets ménagers. Le biogaz pourrait ainsi devenir la troisième source de production d’énergie renouvelable dans le pays en 2050, après la biomasse et l’éolien.

Une réponse aux problématiques d'assainissement pour les pays en développement

L’impact est surtout prometteur, dans l'immédiat, pour les pays en développement, qui connaissent de gros problèmes d’évacuation des excréments, ce qui engendre des maladies comme le choléra.

En janvier dernier, Youphil.com avait ainsi rencontré un entrepreneur, Thony Préval, qui développe le biogaz en Haïti. Pour les agriculteurs, c’est une manière de traiter les déchets, mais aussi une nouvelle source de revenus. Le gouvernement du Rwanda, lui, chauffe même la nourriture fournie aux détenus avec du biogaz, issu de leurs "propres" excréments.

Comme d'habitude lorsqu'on parle d'innovation sociale, le changement d'échelle est certes souhaitable, mais doit être contrôlé. "Il ne faudrait pas tomber dans certaines dérives, glisse Ludovic Vimond, journaliste au sein du groupe de presse agricole Réussir. En Allemagne par exemple, on cultive du maïs uniquement pour le mettre dans le méthaniseur." Conséquence, cela concurrence les cultures destinées à nous alimenter! Un débat qui rappelle étrangement celui sur les biocarburants… 

 

> Retrouvez cette chronique sur France Inter, et écoutez "Ça va mieux en le faisant", tous les dimanches à 6h20, dans le 5/7 du week-end de Dorothée Barba.

> Et en bonus rien que pour vous, notre "Top 5" des meilleures initiatives sur le pipi et le caca:

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