Reporting: la matrice de matérialité, vous connaissez?

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Très employé par le monde financier anglo-saxon, le concept de "matérialité" permet de faire le tri entre les éléments financiers. Le but: isoler ceux qui sont importants pour décrire la situation ou la performance financière d’une entreprise. Ces éléments matériels seront, par extension, particulièrement pris en compte par les investisseurs au moment de faire leurs choix.

Les acteurs de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) se sont saisis de cette pratique, d’abord la Global reporting initiative (GRI) puis l’International Integrated Reporting Council (IIRC), pour faire le tri dans les indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Pour la GRI, sont matériels "les enjeux qui ont un impact direct ou indirect sur la capacité de l’organisation à créer, préserver ou éroder de la valeur [...] pour elle-même, pour ses parties prenantes et la société tout entière". Par exemple, la consommation d’eau est matérielle pour un vendeur de boissons gazeuses, mais pas forcément pour une entreprise de communication.  

Une matrice à deux dimensions  

À partir de ce principe, les acteurs de la RSE ont développé les matrices de matérialité (materiality tests) pour identifier les enjeux extra-financiers prioritaires. L’originalité de l’outil repose sur la double priorisation de chaque enjeu, d’une part du point de vue interne de l’entreprise (dans une optique "business") et d’autre part du point de vue externe des parties prenantes. Au final, les enjeux retenus sont ceux qui sont prioritaires à la fois en interne et en externe.

Pas étonnant, du coup, que cet outil soit désormais inclus dans un nombre croissant de rapports RSE, comme le rapport Nestlé de 2012 (avec l’aide du cabinet de consultants SustainAbility), ou celui de Sanofi en 2011: il est en effet un moyen efficace de rendre (relativement) transparente la prise en compte des avis des parties prenantes et d’isoler les indicateurs "matériels". Il est d’ailleurs requis pour obtenir le niveau A de la GRI, qui stipule que "les organisations sont amenées à faire une analyse de matérialité approfondie en consultation avec leurs parties prenantes".  

Matrice de matérialité Sanofi sur la sphère éthique. Seuls les éléments 8, 9 et 10 sont retenus comme matériels.

 

"Composante essentielle de la stratégie du groupe en matière de reporting RSE", le test de matérialité est défini par Sanofi dans son rapport RSE comme "une approche méthodologique conçue pour identifier les nombreux enjeux RSE auxquels le groupe doit faire face et qu’il doit hiérarchiser. Il détermine précisément les enjeux qui sont les plus importants".

Concrètement, l’entreprise a fait une première sélection de 6 à 12 éléments pour chacune des dimensions suivantes: patients/planète/personnes/éthique. Le test de matérialité permet d’en identifier trois dans chaque dimension et d’avoir au total douze éléments clés ayant une importance forte, à la fois pour les parties prenantes et pour le business.

Recueillir l’avis des parties prenantes  

Mais comment faire pour connaître les attentes des parties prenantes? Sanofi n’est pas la seule entreprise, ni la première, à avoir mis en place et à mentionner dans son rapport annuel, un panel des parties prenantes, dont la première réunion s’est tenue, pour ce qui la concerne, en 2012.

Ce nouvel outil s’ajoute à d’autres canaux de communication/information: enquêtes et sondages, participation à des forums multi-parties prenantes, sans oublier les agences de notation et leurs questionnaires, qui informent sur les priorités des investisseurs responsables…

Limite de la transparence, la composition du panel n’est pas publique, ni l’arbitrage entre les différents membres, qui n’ont pas toujours les mêmes attentes: ainsi, entre une association de protection des animaux qui s’oppose aux expériences en laboratoire et une ONG environnementale qui s’oppose à la biopiraterie, laquelle a le plus d’importance? Dans l’exemple de Sanofi (voir la matrice), la biopiraterie est jugée d’importance "faible" aux yeux des parties prenantes alors que l’expérimentation animale est créditée d’une importance "moyenne".

Une fois passé le temps de l’arbitrage entre parties prenantes, c’est l’importance de chaque enjeu pour le business et donc l’analyse interne de l’entreprise, qui permettra de faire le tri final. Certains regretteront que la disposition initiale du Grenelle, consistant à insérer dans les rapports annuels un avis, critique ou non, des parties prenantes (un avis qui aurait pu porter sur la priorisation des enjeux) n’ait pas été maintenue dans l’arrêté définitif de l’article 225. Pour autant, la matrice de matérialité constitue indéniablement une étape vers une plus grande exigence de redevabilité et de transparence RSE.

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Cet article a initialement été publié le 8 avril 2013.
 
Crédit photo: jonolist/Flickr.
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