L'avocat des grandes causes

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Responsable de plaidoyer, Jean-Denis influence les puissants pour qu'ils aident les pays pauvres.

L’allure est détendue, mais le discours rodé. "En partant du principe que la faim dans le monde est en partie due aux politiques des pays riches, j’évalue les impacts des politiques des pays du Nord, je développe un argumentaire pour convaincre les gouvernants, et je fais un travail d’influence". Jean-Denis Crola avoue être un passionné de la cause tiers-mondiste.

Il reçoit dans les locaux d’Oxfam France, ONG de solidarité internationale où il est en charge des questions de justice économique. Ici, on sert le café dans des gobelets en papier recyclé. Collier tribal au cou, blue jeans et barbe blonde, le garçon est plutôt du genre modeste mais néanmoins familier des interviews.

Une grosse partie de son travail consiste à faire pression sur l’opinion, les médias et les gouvernants. Le métier de responsable de plaidoyer-intitulé exact de son poste- flirte avec les méthodes des lobbyistes du secteur privé. En a-t-il conscience ? "Oui, c’est une partie du travail. Il faut faire pression sur la population, les médias et les gouvernants". Mais attention, il préfère le mot  "plaidoyer" car il "plaide une cause publique dans une organisation citoyenne".

Habitué des lieux de pouvoir

La majorité de son temps, il épluche les politiques des pays riches dans son bureau au toit mansardé, entre une affiche du film Lord of War et des dossiers entassés dans les plantes vertes. Les traités commerciaux et l’aide au développement, c’est son dada. Jusqu’à l’obsession. "Le week-end pour me faire plaisir, il m’arrive de lire un bouquin sur la faim dans le monde", concède-t-il, presque gêné. 

Le monde, il l'a parcouru. Du Mali à la Chine, Jean-Denis allie parfois "boulot et vacances". Dernièrement, il a passé un mois au Burkina Faso, au Niger et au Ghana pour une mission d’expertise sur les aides au développement. "J’ai passé mon temps avec des ONG et des ministres locaux. Je n’ai pas mis les pieds dans les campagnes", déplore Jean-Denis. Paris, Londres, Bruxelles sont ses terrains de jeu. Il se sent plus utile dans ces lieux de pouvoir.

Une fois par semaine environ, "JD" (comme le surnomment ses collègues) enfile chemise et pantalon pour jouer les VRP des grandes causes auprès des décideurs. "Parfois ça peut être compliqué comme avec le ministère du Commerce extérieur. Difficile de faire passer nos positions face à des gens qui croient que le protectionnisme est l’ennemi du développement."

Travail de militant

Jean-Denis n'hésite pas à qualifier son travail de "politique". "Ce qui me touche le plus c’est la situation des pays du Sud", confie-t-il.

Le discours devient alors quasi-messianique: "Je ne suis pas sur terre pour créer de la richesse mais pour mieux la répartir."

"Apporter la contradiction", il aime ça depuis ses vingt ans. Ce défenseur des grandes causes admet une culture familiale propice aux questions de pauvreté. "Mes parents étaient engagés à leur manière en étant dans le social."
Mais le déclic de l’engagement se produit à la fac. "L’étude de la science économique m’en a dégoûté. On finit par dire que c’est la réalité qui a tort, qu’elle n’est pas adaptée à des théories économiques qui n’existent que sur le papier".

"De toutes façons, c'est une passion"

Après un voyage d’étude sur les questions agricoles au Maroc pour sa maîtrise en développement à la Sorbonne, Jean-Denis enchaîne des stages dans le milieu des ONG. Il entre finalement à Artisans du monde, un réseau de commerce équitable où il a fait du bénévolat lors de ses études. "Pendant six mois, j’y ai découvert les campagnes d’opinion." Mais le jeune engagé hésite. "J’aurais pu m’engager dans la production de documentaires, mais l’ONG est la structure qui me donne le plus de possibilités d’agir."

Finalement, il rejoint Oxfam, un partenaire d’Artisans du monde. D’abord assistant, il devient responsable de plaidoyer trois ans plus tard. Salaire net: 1800 euros par mois. "C’est suffisant. De toutes façons c’est une passion."

Le jeune homme aime voir les résultats de ses argumentaires. "Si on n'était pas là, les gens penseraient encore que ‘les agrocarburants c’est bien pour tout le monde’ ".

Un métier pour toute la vie? Il hésite. "Non, finit-il par répondre. Les moyens dont on dispose face aux multinationales sont limités. Je pense toujours à l’audiovisuel pour exprimer mon opinion." Ses convictions. Encore et toujours.

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