Qu'est-ce que le mécénat de compétences?

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De la campagne publicitaire au jardinage, en passant par l'expertise juridique, le mécénat de compétences concerne 11% des entreprises mécènes, selon une étude Admical-CSA de 2012. Décryptage de cette forme de philanthropie qui rend service au secteur associatif de plus en plus professionnel, tout en répondant à la quête de sens de certains salariés. 

En quoi consiste le mécénat de compétences?

Le mécénat de compétences est la mise à disposition gracieuse, ponctuelle ou régulière, d’un salarié volontaire à une association d’intérêt général, durant son temps de travail. L’entreprise fait un prêt de main d’œuvre pour une durée donnée ou réalise une prestation de service, comme la création d'un site internet, par exemple. La démarche peut aussi venir du salarié. Ce "prêt" peut durer une demie journée comme plusieurs mois. 

Les conditions dépendent du besoin de l’association (une demie journée peut suffire à former des bénévoles aux réseaux sociaux), de la faisabilité et des attentes du collaborateur volontaire. Le contrat n’est pas obligatoire mais conseillé pour s’assurer que les trois acteurs (entreprise, salarié, association) se sont mis d’accord sur les conditions de réalisation, et préciser qui prend en charge la responsabilité civile. Selon les cas, service des ressources humaines, de RSE, fondation ou comité d’entreprise sont en charge de l’organisation du mécénat de compétences.

Quelles différences avec le bénévolat de compétences, les congés solidaires, le pro bono?

Attention à ne pas confondre le mécénat de compétences avec le bénévolat de compétences. Ce dernier concerne l'investissement d'un salarié dans une association pendant son temps libre. L'engagement est effectué en partie grâce à l'aide financière de son entreprise. Par exemple, des congés solidaires réalisés à l’étranger pendant les vacances ou RTT peuvent être payés en partie par l’entreprise. L'expression "Pro bono" désigne un bénévolat ou mécénat de compétences strictement professionnelles pour un projet d'utilité sociale, sur son temps libre ou de travail. Contrairement au pro bono, le mécenat de compétences, plus large, peut aussi mobiliser des aptitudes personnelles.

L'ensemble de ces pratiques, appelées "corporate volunteering" sont nées il y a une vingtaine d'années aux Etats-Unis, selon Susan Van Schie de la chaire philanthropie de l’ESSEC. "Ils font partie des activités bénévoles les plus en essor", explique-t-elle. Les premières initiatives françaises datent quant à elles d'une dizaine années, même si auparavant, certaines entreprises pratiquaient le mécénat de compétences de façon informelle, sans apposer un concept dessus.

Une forme de mécénat défiscalisable 

Comme le mécénat classique, la défiscalisation du mécénat de compétences est régie par la loi du 1er août 2003 dite Aillagon. Les entreprises peuvent déduire 60% des salaires des collaborateurs missionnés, au prorata des heures de travail dévouées. Pour une prestation de service, la défiscalisation est réalisée à partir du coût de revient.  

> Pour plus de précisions, le guide juridique du mécénat (pdf) 

Quels intérêts pour l'entreprise et ses salariés?

Si le mécénat de compétences permet de concrétiser les engagements de Responsabilité sociale d’une entreprise (RSE), il se révèle aussi intéressant pour le salarié et la gestion des ressources humaines. Beaucoup d'acteurs s'accordent à dire qu'il crée un sentiment d'appartenance à l'entreprise. "Il permet de répondre à une quête de sens des collaborateurs, notamment pour la jeune génération Y", explique Jean-Michel Pasquier, fondateur de Koeo.net, outil de mise en relation entre les associations et entreprises. Selon lui, c’est aussi un moyen d’éviter une baisse d’activités: "Le mécénat de compétences peut être utilisé pour organiser une fin de carrière et éviter une certaine mise au placard des seniors avec un temps partiel solidaire de 20 ou 30% par exemple." 

Pour Delphine Cantet, consultante partie en congés solidaires puis en mécénat de compétences pendant six mois, "l’humanitaire est un rêve ou un mythe, on se dit que ce n’est pas pour nous, mais quand l’entreprise nous soutient, cela paraît rassurant et plus sérieux", raconte-t-elle. "Les salariés que nous recrutons viennent chez nous en partie pour cette expérience", confie Vincent Feuillette de Enea consulting, société de conseil en énergie et développement durable qui offre 10% du temps de travail de ses collaborateurs à des ONG. 

Quelles compétences?

Offrir du temps mais pour quelles compétences? "Les médecins, d’accord, c’est évident, mais moi en quoi je pouvais bien aider?", s’est demandée Delphine Cantet avant de s’engager. Pourtant, dans le mécénat de compétences, tous les savoir-faire sont valorisables. Les associations ont besoin parfois d'aptitudes professionnelles précises, qu’elles soient intellectuelles ou manuelles. Cela peut-être le cas d’un juriste ou d’un artisan. Aussi, l’employé volontaire peut être utile indépendamment de son métier, à l’image des tuteurs pour la recherche d’emploi. "Certains salariés préfèrent s’échapper de leur métier et faire autre chose, ce que peut par exemple leur offrir la collecte d’objets pour Emmaüs", illustre Jean-Michel Pasquier. 

Comment établir le lien avec l’association?

L'entreprise peut décider de prêter des salariés à une association parce qu'elle réalise déjà du mécénat financier avec cette structure. D'autres font plutôt le choix de lancer des appels à projets pour trouver des associations. Dans certains cas même, l’association soutenue a été fondée par le groupe ou ses salariés, les deux entités travaillant dans le même domaine d’activités, à l'image d'Electricités sans frontières créée par des employés d’EDF. Enfin, des plateformes proposent de mettre en relation l’offre et la demande, comme Koeo ou Pro Bono Lab.

 

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