Les partenariats entre ONG, la clé pour rendre l'humanitaire plus écolo?

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Des ONG humanitaires s'associent à des ONG environnementales pour réduire l'impact de leurs actions sur l'environnement.

Les organisations humanitaires sont parfois accusées de créer des dégâts environnementaux, qui s'ajoutent à ceux des catastrophes auxquelles elles répondent. Face à ces critiques, certaines organisations se sont rapprochées d'ONG environnementales, pour éviter ces impacts néfastes. Elles vont parfois jusqu'à mettre en place des projets communs. C'est par exemple le cas d'une alliance entre deux poids lourds de la société civile aux Etats-Unis, les ONG World Wildlife Fund (WWF) et Care.

"Les questions environnementales et de lutte contre la pauvreté ne peuvent être comprises indépendamment"

Le partenariat entre WWF, l'ONG environnementale au célèbre panda, et Care, organisation de lutte contre la pauvreté, existe depuis les années 80, mais leur coopération s'est longtemps limitée à de petits projets de court terme. Présentes toutes les deux au Mozambique, sur la zone côtière Primeiras et Segundas, elles ont décidé en 2008 d'unir leurs efforts pour développer ensemble un programme sur le long terme. 

Elles ont mis en place plusieurs projets pour améliorer les conditions de vie de la population tout en préservant l'environnement, au Mozambique, au Népal et au Pérou. "Ce que nous essayons de faire, explique le directeur de l'alliance Dan Mullins, c'est créer un véritable changement des mentalités. Faire comprendre à tous que les questions environnementales et de lutte contre la pauvreté ne peuvent être comprises indépendamment, et que les solutions doivent les adresser simultanément. Par exemple, en réservant des zones où la pêche est interdite, on donne aux poissons le temps de devenir plus gros, ce qui bénéficie à la fois aux pêcheurs et à la biodiversité."

Mutualiser les compétences des deux structures

L'équipe du programme pilote du partenariat, au Mozambique, est composée de 25 employés des deux ONG, qui travaillent sous une direction unique. "Il s'agit d'une mutualisation des compétences, s'enthousiasme Dan Mullins. Nous travaillons notamment sur des projets d'agriculture durable. Care dispose de nombreuses années d'expérience dans ce domaine, tandis que le WWF maîtrise la gestion des ressources naturelles. Ensemble, nous avons mis en place des projets qui permettent à la population d'augmenter ses récoltes tout en garantissant la durabilité des sols."

Le partenariat est également financier. Pour l'instant, l'alliance ne dispose pas de structure juridique spécifique, et les financements sont obtenus soit à travers WWF, soit à travers Care. Mais d'après Dan Mullins, cette situation n'est pas un problème. Il nous a d'ailleurs confié que les bailleurs de fonds sont très enclins à financer leur travail, et que 80% de leurs financements proviennent de donateurs privés.

Les ONG d'urgence peuvent avoir un impact néfaste sur l'environnement

Les organisations humanitaires d'urgence, qui agissent en cas de conflit ou de catastrophe, ont du mal à intégrer l'environnement dans leurs actions. Surveiller l'impact sur l'environnement nécessite des programmes de long terme auxquels elles ne sont pas habituées. 

Or, les pays les plus pauvres sont également ceux qui subissent les plus lourdes conséquences du changement climatique, et l'aide humanitaire, si elle est mal conçue, peut parfois s'avérer tout aussi néfaste. Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) rapporte, par exemple, qu'en République démocratique du Congo (RDC), la densité des camps de déplacés a détruit des ressources naturelles, avec des conséquences désastreuses pour la population. 

"Travailler ensemble, plutôt qu'être en concurrence"

Pour être efficaces, des organisations font le choix d'une approche multi-sectorielle de l'aide. En France, le groupement d'ONG internationales Coordination Sud a mis en place, en 2010, une commission climat et développement. Une quinzaine d'ONG humanitaires et environnementales, comme Handicap International, Médecins Sans Frontières ou CCFD-Terre Solidaire, s'y réunissent plusieurs fois par mois.

"C'est la conjoncture qui invite les ONG à se rapprocher. Les financements se font rares, et de plus en plus de bailleurs de fonds demandent à leurs partenaires d'intégrer l'environnement dans leurs demandes de subventions. Les ONG préfèrent travailler ensemble, plutôt qu'être en concurrence", explique Vanessa Laubin, chef de file de la commission et membre de l'unité climat de l'organisation Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités (Geres).

Vers une fusion des organisations humanitaires et environnementales?

Cette nouvelle approche de l'aide pourrait modifier la façon dont les ONG conçoivent leurs actions. Ce genre de partenariat va dans le sens du mouvement de fond qui vise à concevoir l'humanitaire non seulement comme une action d'urgence, mais également sur le long terme.

Ces partenariats vont-ils amener à une fusion des organisations? Pour Vanessa Laubin du Geres, "la frontière est de plus en plus floue entre les programmes de développement et d'environnement, et plusieurs organisations développent des compétences dans les deux domaines". En revanche, Dan Mullins de l'alliance WWF-Care insiste sur le fait que les deux organisations restent bien distinctes, et qu'il n'est pas question d'une fusion des deux structures. Deux visions symptomatiques du débat en cours. À terme, les ONG seront-elles amenées à intégrer de façon systématique l'environnement dans leurs actions?

Cette approche de long terme et ce genre de partenariats pourraient devenir la clé pour la survie des organisations humanitaires et de développement des pays riches, au moment où la société civile dans les pays du Sud est en plein essor.

 
Crédit photo: flickr/Alberto Valera.
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