Le nouvel Eldorado des données

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Si vous avez raté la révolution des "datas", ressaisissez-vous! Fondations, ONG et entreprises... L'ouverture des données vous concerne, estime Angela de Santiago, directrice générale de Youphil.com.

> Cet article a initialement été publié dans la Lettre professionnelle "Tendances de l’innovation sociétale" N°67 du 18 décembre 2013.

L’année 2013 a révélé l’importance des données. "Big data", "opendata", "analytics", "data sciences", "data viz"... Il est tentant de projeter dans ce nouvel Eldorado, les solutions à la compréhension d’un monde complexe. Ceci est désormais possible grâce à la vitesse démultipliée des serveurs et la sophistication des algorithmes, puissants outils de calculs. Retour sur plusieurs entretiens récents. 

Efficacité de la philanthropie

Jane Wales a fondé et anime depuis 2001 le Global Philanthropy Forum, un réseau de plus de 1700 philanthropes et fondations familiales aux États-Unis, qui se décline désormais sur plusieurs continents*. Interrogée sur les défis de la philanthropie, elle avance sans hésiter l’enjeu des données. L’accès aux données de l’OCDE, de la Banque mondiale, de l’USAID et des gouvernements nationaux qu’ont désormais les fondations, est un levier hors du commun pour améliorer l’efficacité de leurs interventions. Elle souligne que les fondations qui travaillent notamment avec les gouvernements dans les pays du Sud, devraient anticiper la mise en place de banques de données pour assurer la soutenabilité des programmes, notamment sanitaires.

Formation des agents sanitaires

Rencontre 
éclair avec Runa Khan, fondatrice de l’ONG bangladeshi 
Friendship. Avec trois bateaux-hôpitaux 
sillonnant les îles 
mouvantes du Brahmapoutre, plus de 175 équipes itinérantes de médecins et bientôt 1000 agents sanitaires, Friendship a permis à plus de deux millions de personnes de se soigner depuis 2002. Pour compléter la formation des agents sanitaires, le dernier projet de Friendship est de documenter les données d’une trentaine de pathologies en les rendant accessibles via le mobile dont ses agents sont équipés; en complément d’une hotline, ouverte 24/7, pour du diagnostic à distance. Du "small data" qui sauve des vies.

Cartographies humanitaires

Comme l’ont démontré les intervenants de la conférence "Le numérique au secours des humanitaires, le cas des Philippines" organisée par Youphil le 11 décembre 2013, les nouvelles technologies pourraient jouer un rôle plus important dans la prévention des catastrophes, notamment grâce à l’alerte par SMS des populations, mais aussi dans la coordination et la hiérarchisation des priorités des organisations humanitaires. Aujourd’hui des acteurs comme CartONG peuvent fournir la cartographie d’une région, 24 heures après une catastrophe.

"Il faut être ambitieux et ne pas se reposer uniquement sur les réseaux sociaux", a insisté Kat Borlogan, fondatrice de l’agence Five by Five. Consultante en opendata, originaire des Philippines, elle a attiré l’attention sur les bénéfices que l’on pourrait retirer des algorithmes "prédictifs" et d’une démarche d’anticipation des crises. Cela permettrait par exemple d’améliorer les dispositifs d’évacuation, ou de suivre l’évolution des stocks de médicaments des hôpitaux au fil des crises. Dans un pays essuyant plusieurs typhons par an, tel Haiyan en novembre 2013, c’est une urgente nécessité.

Professionnaliser l'analyse

Enfin, le lancement le 12 décembre de la chaire Accenture Strategic Business Analytics de l’ESSEC. Les entreprises n’ont jamais eu autant de données à leur disposition et autant de responsabilités au bout de leurs systèmes d’intelligence marketing. Comment former des professionnels avec un sens de l’éthique; à la fois manager sachant décliner une stratégie, développeur IT, communiquant pour porter des projets transversaux et statisticien de choc?

L’ESSEC a signé un partenariat de quatre ans avec Accenture au niveau mondial, financé à plus d’un million d’euros, qui devrait bénéficier à plus d’une centaine d’étudiants par an. Futurs "architectes digitaux" à qui on fera probablement un pont d’or tant ces profils se font rares. Leurs premiers salaires tourneront autour de 60.000 dollars... mais le marché de l’analyse de données croît de 15% par an.

Suffisamment pour qu’Accenture réorganise dès le 1er janvier 2014 une partie de ses activités en dédiant 23.000 de ses 270.000 collaborateurs dans le monde à ce marché. À l’aube de cette révolution, les acteurs de l’innovation sociale doivent intégrer cette question dans leurs mutations actuelles. Car les données et la qualité de l’analyse qui en sera faite sont les garants de la pertinence et de l’efficacité des programmes d’innovation sociale déployés par les gouvernements, les ONG et les entreprises. 

* Elle réunit une cinquantaine de philanthropes africains les 24 et 25 février 2014 à Addis Abeba en Éthiopie.
 
Crédit photo: telmo32/Flickr.
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