MakeSense, l'innovation des jeunes au secours des grandes entreprises

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De plus en plus de grandes entreprises font appel à CommonsSense, pendant business du projet MakeSense, pour travailler en communautés et mieux innover.

Cet article a initialement été publié dans la Lettre professionnelle "Tendances de l’innovation sociétale" N°62 du 2 octobre 2013.

C’est une communauté qui espère changer le monde par l’entrepreneuriat social. Co-fondée en 2010 par Christian Vanizette et Romain Raguin, alors étudiants à l'école de commerce Euromed, MakeSense a pour vocation de mettre en relation entrepreneurs sociaux et personnes désireuses de les aider à résoudre leurs défis. Ashoka, le plus grand réseau d'entrepreneuriat social au monde vient de sélectionner le projet pour l'accompagner et le conseiller dans son développement. En pleine croissance, MakeSense compte aujourd’hui 800 membres actifs dans le monde, pour la plupart jeunes diplômés, et vit au travers d’un groupe privé sur Facebook et une plateforme web: makesense.org, avec 5000 inscrits. 

Devant l’intérêt des entreprises et pour stabiliser son modèle économique, l’association MakeSense a créé il y a un an et demi CommonsSense. L’entreprise sociale, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 60.000 euros l’année dernière, reverse la moitié de ses bénéfices à l’association. "Avec les entreprises, c’est du gagnant-gagnant. On les aide à innover tout en acquérant auprès d’eux de l’expérience et des moyens financiers nécessaires pour aider encore plus efficacement les entrepreneurs sociaux", résume Leila Hoballah, présidente de CommonsSense.

Depuis ses débuts, MakeSense a apporté son aide à 373 entrepreneurs sociaux (Mammu, Zéro-Gâchis, Ebatuta...). Recemment, la mobilisation de la communauté autour de l'entreprise sociale Prakti Design, qui développe des fours à biomasse dans les pays en développement, a permis de lever 15.000 euros via une campagne de crowdfunding. 

Innover en communauté 

Accenture, Orange, SFR, Suez environnement... Ces entreprises ont fait appel à ces consultants d’un nouveau genre, pour booster leur potentiel d’innovation. Même la Commission européenne les a sollicités, pour que collaborent les parties prenantes autour de son Initiative pour l’entrepreneuriat social, lancée en 2011, et aboutir à une feuille de route pour son prochain mandat.

"Nous ne faisons pas de démarchage", indique Leila Hoballah. "Beaucoup d’entreprises ont du mal à appréhender l’utilité de travailler en communauté, car elles ne perçoivent pas comment ces modes de travail et d’organisation peuvent les aider dans leurs objectifs de performance et de résultats. C’est là que nous intervenons", poursuit cette ancienne de Danone communities. 

Des ateliers de brainstorm motivants

De leur côté, les entreprises sont séduites par les "hold-up", des ateliers de brainstorming, mis au point à l’origine par MakeSense pour aider les entrepreneurs sociaux à résoudre leurs défis, mais qui peuvent aussi s’appliquer au monde de l’entreprise.

En temps normal, ils rassemblent autour d’un "gangster", membre de MakeSense, des personnes d’univers variés, aussi appelées "sensemakers", dans la bonne humeur et à grand renfort de post-it colorés. Inspirés par des méthodes d’entreprise et améliorés par les contributeurs de MakeSense, les hold-up portent leurs fruits : "lors de notre dernier sondage, 91 % des entrepreneurs sociaux ont jugé que l’atelier de résolution de défis les avait aidés", indique-t-elle. 

Directeur de l’innovation chez Suez environnement, Jean- François Caillard a sollicité CommonsSense pour organiser plusieurs ateliers, avec ses équipes. "Nous voulions réfléchir à des moyens de coordonner nos efforts plus efficacement avec nos business units". D’après lui, l’expérience a été concluante: "à l’issue du premier 'hold-up', nous avons notamment fait évoluer notre plateforme web dédiée à la promotion de nos innovations pour la rendre plus claire, et créé une rubrique spécifique dédiée en interne aux collaborateurs et à nos clients collectivités et industriels."

Co-construire des partenariats 

Ludovic Centonze, directeur du projet Orange pour le développement a aussi engagé dix jours Christian Vanizette au CTIC de Dakar, un incubateur de start-up dans les technologies de l’information et de la communication, lancé en 2011. "Je ne m’attendais pas à ce que tous les problèmes soient résolus après son passage. Mais la principale vertu de MakeSense est de réussir à briser les hiérarchies et à mettre autour de la table des gens qui ne se rencontreraient pas forcément. Les hold-up permettent de désenclaver les entrepreneurs en les confrontant aux partenaires institutionnels et commerciaux, qui sont ainsi amenés à défendre leurs projets, à répondre à des critiques, à nouer des alliances", juge-t-il. 

Casser les silos, créer les conditions de l’innovation partout où elle peut surgir, c’est l’ambition de Christian Vanizette. Car derrière le jeune homme décontracté se cache un véritable entrepreneur déterminé. Co-créateur à 18 ans d’un blog politique à Tahiti, dont il est originaire, il fait ses armes pendant un an et demi au département innovation de Gemalto, entreprise spécialisée dans la sécurité numérique. Ex-contributeur pour le logiciel libre éducatif Sugar Labs, cet as de l’informatique estime que les organisations doivent évoluer: "Dans l’entreprise, ce ne sont pas les idées qui manquent mais les conditions pour mettre en mouvement chacun autour de ces idées. Pour innover, les entreprises doivent apprendre à être plus agiles"

 

Photo: hold-up organisé à l'Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI) par Fair trade electronic. Crédit: Mauricio @Ensci.
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