Etats-Unis: comment le "shutdown" affecte les familles les plus modestes

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[Mise à jour du 17 octobre 2013: le Congrès américain est parvenu à un accord sur le budget, qui met donc fin au shutdown, tard dans la nuit du 16 au 17 octobre. Ce compromis est toutefois précaire, puisque le plafond de la dette des États-Unis n'est relevé que jusqu'au 7 février 2014. Une commission devra prochainement renégocier le budget pour le reste de l'année 2014.]

 

Le bras de fer se poursuit entre Barack Obama et le Congrès. En l'absence d'accord sur le budget 2014 entre démocrates et républicains, l’administration américaine fonctionne toujours au ralenti, depuis le 1er octobre. Au-delà des aspects politiques, des citoyens américains subissent les conséquences de ce shutdown. Les personnes en congés forcés, bien sûr, pour qui chaque jour de blocage est un jour de salaire en moins; mais aussi les Américains les plus précaires, usagers des services sociaux américains mis en standby.

Les principaux programmes sociaux maintenus

Ce "government shutdown", fermeture ou réduction d’activité de certains services fédéraux jugés moins prioritaires, a déjà mis plus de 800.000 employés fédéraux en congés forcés. Les sous-traitants privés du gouvernement commencent à en faire de même, à l’image de ceux du Pentagone qui ont renvoyé chez eux des milliers de salariés. Pendant ce temps, le gouvernement est pris dans une course contre la montre pour relever le plafond de la dette fédérale avant le 17 octobre, sans quoi il sera en faillite, pour la première fois de son histoire.

Même si des programmes sociaux et de santé phares comme les bons alimentaires (food stamps) et les programmes de santé Medicare et Medicaid sont maintenus pendant la période de blocage, des travailleurs sociaux craignent que certains programmes d’aide soient mis en danger. C’est apparemment le cas du Supplemental Nutrition Program for Women, Infants and Children (WIC), programme d’aide aux jeunes mères pour leur permettre d’obtenir du lait maternisé, des aliments pour bébés ou encore des soins.

... mais les jeunes mères mises en grande difficulté

"Ce shutdown a provoqué un certain niveau d’incertitude dans les vies familles déjà vulnérables", a expliqué le président de la Nationa WIC Association au magazine Time. Selon cette organisation, 53% des enfants nés aux Etats-Unis bénéficient de ce programme.

Le WIC coûte 7 milliards de dollars au gouvernement fédéral américain pour soutenir 9 millions de mères en situation de précarité. Pendant le shutdown, l’administration s’en remet aux Etats pour gérer les centres d’accueil du WIC et sur une enveloppe de 125 millions de dollars de la part du ministère de l’Agriculture (USDA) pour tenir jusqu'à la fin du mois d’octobre.

Certains craignent que les gouvernements des Etats les moins riches des Etats-Unis n’aient plus assez de fonds pour assurer le maintien de ces programmes, explique le site américain Huffingtonpost.com. A l’image de l’Utah qui a fermé le programme WIC au lendemain du shutdown avant de le rouvrir quelques jours plus tard, après avoir reçu 2,5 millions de la part du ministère de l'Agriculture. Mais jusqu’à quand? Le Huffingtonpost.com décrit aussi l'appel à l'aide de la part des banques alimentaires dans tout le pays pour prendre le relais des centres WIC qui manqueraient de fonds, ou seraient purement et simplement fermés.

Mauvais timing: l'appel à la générosité des employés fédéraux

Le moment est mal choisi pour faire appel à la générosité des employés des différentes administrations fédérales touchés par le shutdown. Ce dernier intervient, en effet, en pleine campagne caritative annuelle "Combined Federal Campaign", qui avait permis de collecter 258 millions de dollars en 2012, selon le Philanthropy news digest. Les acteurs du non-profit sont pessimistes sur l'issue de cette collecte. L'un d'entre eux, Steve Taylor, vice-président de l'organisation United Way Worldwide, ironise: "Les organisations caritatives vont être davantage sollicitées par ces mêmes employés du gouvernement fédéral qui avaient l'habitude de donner."

Alors que Barack Obama refuse de céder aux républicains la suppression de l’Obamacare (programme d’accès à l’assurance maladie) dans le budget, il devra nécessairement faire des concessions pour sortir de l’impasse. Pour sauver sa mesure phare, Obama pourrait reculer sur d’autres dépenses sociales, que les conservateurs rejettent idéologiquement. Dans ce cas, la fin du shutdown sera peut-être synonyme de mauvaises nouvelles pour les plus précaires qui en subissent aujourd’hui les conséquences.

 

Photo: le Capitole où siège le Congrès. Crédit: Elliott B/Flickr.
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