Écologie, énergie, emploi: ces villes qui bougent

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Les politiques locales peuvent être un levier de transformation majeur.

Les crises écologique, économique et sociale sont souvent traitées sous l’angle de la mondialisation et les réponses sont souvent cherchées sur le plan national.

Partout dans le monde, des territoires innovent. Ils combinent une politique de développement écologique tout en créant de l’emploi, en redynamisant les liens sociaux et l’économie locale. La richesse que ces politiques génèrent tend à rester sur le territoire.

Peut-on entrevoir la voie d’une nouvelle prospérité durable et locale à haute qualité de vie? Petit tour d’horizon de quelques exemples innovants en France et en Europe.

Quarante emplois et une cantine 100% bio

Veut-on relocaliser les emplois? Ungersheim, une petite ville de 2000 habitants en Alsace donne le la. En revalorisant huit hectares (ha) de friche industrielle en zone maraîchère bio, la ville a créé 40 emplois: 30 postes en insertion, cinq encadrants. Les habitants peuvent s’abonner aux paniers hebdomadaires, qui leur fournissent des fruits et légumes frais bios, locaux et de saison.

Ce nouvel espace maraîcher fournit aussi les cantines des écoles maternelles et primaires. Les enfants mangent désormais 100% bio, goûters compris, et vont même voir pousser ce qu’ils mangent: un petit espace a été réservé pour leurs propres expérimentations.

Comme la cantine fonctionne en période scolaire, alors que la productivité de la ferme est maximale en été, la municipalité construit une légumerie et une conserverie, pour distribuer toute l’année les surplus de l’été. Ces derniers permettront de créer cinq emplois supplémentaires.

Ungersheim a réussi à mener ces politiques sans augmenter les impôts locaux. "Nous avons commencé par une politique d’économie d’énergie et de fourniture en énergie renouvelable des infrastructures et bâtiments de la commune", explique Jean-Claude Mensch, le maire d’Ungersheim. "En complétant avec les fonds de développement européens, nationaux et régionaux, et parfois des partenariats avec des structures privées ou associatives, l’argent économisé a permis de réaliser les nouveaux investissements".

Les ressources locales comme levier économique

En Ariège, dans le Séronais, les communes se sont alliées pour monter une filière bois à partir de la gestion des forêts situées sur leur territoire. "Quand vous achetez 1000 euros de fuel, 900 euros vont au pétrolier et 100 euros servent à payer le chauffeur et son carburant, explique André Rouch, le président de la communauté de communes du Séronais. Quand vous achetez 1000 euros de plaquettes (bois), 100 euros vont au chauffeur et au carburant, et 900 euros aux plaquettes. La somme rétribue le bûcheron, le débardeur, le broyeur, le sécheur, le livreur, tous installés sur le territoire."

Pour être efficace, "il ne faut pas transporter le bois sur plus de 30 km, sinon la consommation de carburant annule les gains écologiques et économiques. C’est pourquoi le bois énergie n’a de sens qu’en filière locale et maillée intelligemment sur le territoire", poursuit André Rouch.

Cette seule activité permet de créer un emploi pour 400 tonnes de plaquettes vendues. Soit dix emplois à terme grâce aux capacités mises en place, tout en améliorant les réseaux de chauffage urbain et en incitant la construction de nouvelles chaufferies sur le territoire.

"Nous fonctionnons en intercommunalité et il faut une bonne entente des élus pour mettre en place ces projets, ce n’est pas simple. Mais chaque fois que nous installons une chaudière de 200 kilowatts (l’équivalent du chauffage de 30 maisons), nous créons un emploi, nous faisont vivre une famille", précise André Rouch. Le prix de l’énergie est également diminué: "le coût d'un kilowatt électrique est de douze centimes d'euros. Le même prix que pour le fuel et le gaz. Avec les plaquettes bois, il est de quatre centimes et nous le vendons sept centimes, pour inclure l'amortissement de la chaudière."

Cette politique attire d’autres entreprises et un pôle "bois et énergie renouvelable" a été créé en rénovant une ancienne ferme du canton. À ce jour, les 30 bureaux accueillent près d’une dizaine de structures dans le domaine du bois et de l’environnement. Tandis que la rénovation du bâtiment a mobilisé quatorze entreprises ariégeoises et a été réalisée à partir de matériaux locaux.

Comme à Ungersheim, les enfants du Séronais mangent également une nourriture bio ou d’origine locale tous les jours: "Nous avons eu la chance d’avoir beaucoup d’agricultures alternatives autour de nous, ce qui a permis de faciliter l’approvisionnement de la cantine en aliments frais et de qualité."

La ville autonome en énergie

En Autriche, la petite ville de Güssing (frontière hongroise) a été confrontée, dans les années 80 et 90, à une déprise rurale alarmante et un exode massif des jeunes touchés par le chômage. La municipalité a fait le pari fou d’organiser l’autonomie énergétique de la ville à partir des ressources locales: elle a été la première ville autonome en énergie au monde.

Chauffage, électricité, carburants, Güssing a réussi son pari et exporte même son surplus d'énergie. Les entreprises attirées par ce dynamisme et la stabilité énergétique sont venues: 1000 emplois ont, en effet, été créés.

À contrario, les fonds investis par les communes, les régions et l’État peuvent ne pas profiter aux populations. C'est le cas de la communauté d'agglomérations Plaine commune (Seine-Saint-Denis): sa politique d’attraction des entreprises a permis de créer massivement des emplois sur le territoire, mais qui n’ont pas profité à la population locale. Plaine commune a favorisé l’implantation d’immeubles de bureaux à destination, notamment, des sièges de grandes structures, et non pas l’implantation de filières à partir des ressources naturelles et humaines locales.

Entre les grandes avenues bordées d’immeubles d’entreprise luxueux, et les rues où le logement et les commerces peinent, la ségrégation entre une population de cadres de jours, et une population précarisée de jour comme de nuit, s’est renforcée. Tout comme l’engorgement des grands axes et des transports en communs, aux heures de pointe.

Le transport, dans le top trois des dépenses des ménages 

Les Français passent plus d’une heure par jour dans les transports pour aller travailler, notamment. Le transport est dans le top trois des dépenses budgétaires des ménages, après le logement et l’alimentation: en moyenne, ils y consacrent 12% de leurs revenus.

L’automobile est particulièrement onéreuse. Ainsi, les ménages dépensent en moyenne plus de 6000 euros par an pour leur(s) voiture(s): remboursement des crédits, carburant, assurance, frais techniques, parking et garage… Comment offrir une offre de transport rapide, souple et correspondant aux besoins de chacun?

Là encore cela dépend des politiques municipales. Lyon et son agglomération seront les premières villes au monde à offrir une offre de transport "multimodale": vélo, bus, métro, tramway ou voiture. Le tout relié à un système informatique qui donne, en temps réel, le mode de transport le plus approprié et le plus rapide pour se rendre à un endroit.

Mais ce n’est pas toujours facile quand on habite dans des zones plus reculées. En Bretagne, les communes ont fait des partenariats avec les centres commerciaux situés au bord des voies rapides, pour faciliter le covoiturage: une partie des parkings est réservée à la rencontre entre covoitureurs et au stationnement des véhicules. Dans le parc naturel du Pilat (Rhône-Alpes), un service de location de cyclomoteurs a été mis en place pour les personnes en zones reculées. Le premier frein à l’emploi était la mobilité.

De l’eau pure pour moins cher en créant des emplois, est-ce possible?

Même la politique de l’eau initiée par les communes peut changer la vie d’un territoire. Des villes comme New York, Munich ou Grenoble ont choisi, pour conserver la qualité de l'eau potable, d’investir dans la protection des forêts et le développement de l’agriculture biologique dans les zones de captage des eaux.

Résultat: les économies sont énormes. Les municipalités disposent de davantage d’argent pour investir dans d’autres services publics, et redynamisent les territoires alentour. Profitant des aides de la municipalité, 85% des agriculteurs de la région de Munich se sont convertis au bio. Le tourisme a été dynamisé par la préservation des paysages et les circuits courts ont fleuri.

À contrario, les communes françaises commencent à avoir de sérieux problèmes d’eau potable. Ces dernières années, les autorités ont peu à peu relevé les seuils de tolérance aux pesticides. L’eau n’est pas de meilleure qualité, mais ce jeu réglementaire permet d'approvisionner des populations qui ne le seraient plus, en vertue des anciennes normes de qualité.

Cette année, 419 communes bénéficient de dérogations sur des teneurs en nitrate, en arsenic et autres polluants, pour pouvoir continuer à distribuer une eau qui n’est pourtant plus considérée comme potable. Dans certains départements comme la Seine-et-Marne, près d’un tiers des communes sont concernées.

Au contraire, à New York et à Munich, qui ont initié ces politiques depuis longtemps, l’eau distribuée est parmi les plus pures et les moins chères du monde.

Renouveler l'économie du territoire

Ces nouvelles façons de gérer la ville montrent que les municipalités ont des cartes insoupçonnées en mains. En pensant le développement à partir des ressources de leur région et pour leurs habitants, elles peuvent initier des politiques susceptibles de renouveler la vie quotidienne et l’économie du territoire.

Les habitants des villes concernées se rendent-ils compte des actions menées par ces municipalités? "Pas toujours", répondent Jean-Claude Mensch et André Rouch. Pourtant, en cette période d'élections municipales, la conscience des habitants apparaît cruciale pour enclencher les voies d’une résilience économique et sociale, à l’échelon local.

> Retrouvez notre rubrique spéciale "Villes durables"

 

Cet article a été initialement publié le 10 janvier 2013.
Crédit photo: Johan Hansson/Flickr
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