L'association qui casse les clichés sur les réfugiés

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L'association Singa aide des personnes qui ont le statut de réfugié à développer des projets associatifs, entrepreneuriaux et artistiques.

Comment s'intégrer lorsque l'on est réfugié dans un pays? C'est tout l'enjeu de la jeune association Singa, qui accompagne des réfugiés à bâtir des projets, qui est surtout aujourd'hui présent dans le monde du web et du sport avec les-transferts et PMU. Pour ses fondateurs, Nathanael Molle et Guillaume Capelle, les réfugiés sont pleins de ressources mais sont coincés dans un statut et bloqués par des a priori tenaces. 

"Quand je suis arrivée en France, j'étais une étrangère pleine d'espoir. J'attendais mes papiers. Mais une fois ceux-ci en poche, je suis devenue une réfugiée. Les gens ont commencé à me percevoir comme une concurrence pour le travail, les aides, le logement." Arrivée en France en 2009, Astrik, une Arménienne aux grands yeux noirs en amande, souhaite obtenir son agrément pour devenir interprète et traductrice vers le russe et l'arménien. "Seule, je n'y arriverai jamais (...) A chaque fois que je viens à Singa, ça me remonte le moral, je me sens importante", assure Astrik qui a longtemps travaillé comme traductrice bénévole pour France terre d'asile, auprès des juristes et des demandeurs d'asile.

Au-délà de l'aide d'urgence, travailler sur "l'après"

Nathanael Molle, directeur de l'association explique: "Singa, ça veut dire prêter en langue Bambara". À la Ruche, un espace de travail collaboratif dédié à l'innovation sociale où Singa a ses bureaux deux fois par semaine seulement, les deux fondateurs se démènent. Leur projet plaît. Ils y croient. Ils sont lauréats du prix SFR jeunes talents et participent au concours 1000 pionniers qui changent le monde.

Quelle différence avec les autres associations d'aide aux réfugiés? Singa travaille avec des réfugiés statutaires: des personnes qui ont obtenu un droit de séjour, un permis de travail et un statut de réfugié. "Les associations d'aide aux demandeurs d'asile existent et font très bien leur boulot, nous voulions bosser sur l'après", explique Guillaume, président de l'association Stan James. Après l'obtention de leurs papiers, (en moyenne deux années sont nécéssaires pour avoir le fameux sésame), comment faire pour décrocher en six mois un appartement, un emploi? C'est ici qu'intervient Singa.

Parrainer des projets

Cette année, le programme "Singa project" de l'association soutient cinq idées: un restaurant multiculturel, bio, gastronomique et géré par des femmes; une école de danse kurde; un magasin "Tout à 99 centimes d'euros"; le projet de Tallafe, un immense Tchadien qui peint des bouquets colorés de silhouettes inspirées de la culture du peuple Sao; et le projet d'Astrik.

Dès le 15 octobre 2013 et pendant un an, Singa va l'accompagner dans son projet. Un parrain, traducteur au Parlement européen, va l'aider dans ses démarches. À partir de janvier 2014, des étudiants de grandes écoles vont accompagner les porteurs de projets. Pour l'instant, HEC se lance avec le magasin "Tout à 99 centimes" et l'école de danse kurde. D'autres partenariats écoles sont à confirmer. "L'objectif, c'est que les cinq projets aboutissent", assure Nathanael.

Reprendre confiance 

Avec l'accompagnement de projets, deux autres volets permettent à l'association d'agir: l'apprentissage de la langue et la recherche scientifique. Singa "langue et culture" instaure des tutorats personnalisés de langue, grâce à une batterie de bénévoles, pendant une heure trente par semaine. "Ce n'est pas suffisant pour apprendre une langue. Bien souvent, le déclic se produit, c'est ce qui importe", s'enthousiasme Nathanael.

"Un exemple: un réfugié de Sierra Leone, en France depuis trois ans. Il a des diplômes de comptabilité de l'université d'Oxford, mais ne parle pas un mot de français, ne connait pas les règles ici. Il ne pouvait pas exercer son travail, et avait la sensation de ne servir à rien", poursuit-il. Singa lui a obtenu un stage de deux mois dans un cabinet comptable. "Il a repris confiance, il était boosté!"

Toujours dans cette idée de créer du lien, l'association propose des sorties, des événements culturels ou sportifs. La pétanque, surtout. Pour la rentrée, une visite de l'Hôtel de ville de Paris était organisée. Une dizaine de personnes étaient présentes. Un journaliste iranien au visage calme se fait tout petit à la vue des dorures de la République. Plus loin, deux jeunes femmes se tiennent par le petit doigt, de peur que l'une ou l'autre ne s'envole. Une Française est venue là pour profiter de la visite et échanger deux mots avec une population avec laquelle elle n'a pas l'habitude d'échanger. C'est aussi ça, Singa. 

De son côté, le volet "études" essaie d'élargir le champ des possibles. Guillaume en a la responsabilité. Depuis plus de six mois, 28 chercheurs étudient 18 pays afin d'offrir une analyse comparative de ce qui se pratique dans le domaine. "A terme nous souhaitons rédiger un guide des bonnes pratiques, notamment sur internet, pour ne mettre en danger ni le réfugié, ni sa famille restée au pays", explique Guillaume.

A la Ruche, Maurizio, "de Colombie, pas d'Italie", en France depuis quinze ans, vient de boucler son site internet One face a day. Chaque jour, il a réalisé un portrait d'un ou d'une inconnue. Finalement, il a réuni 365 photos et près de 200 nationalités. 

Il dégaine avec frénésie ses tirages. Il égraine les nationalités rencontrées. "Un pro aurait fait des photos bien plus belles que les miennes. C'est pas la question. L'idée c'était de montrer la diversité. Je veux faire pareil avec vous, les réfugiés. Vous montrer dans la construction de vos projets et faire entendre votre voix, dans votre langue natale." Il veut monter une exposition pour faire connaître ces réfugiés créatifs. Un nouveau projet Singa. Et toujours la même idée: faire tomber les clichés sur les réfugiés.

 

Cet article a initialement été publié le 2 octobre 2013.

 

Crédits photos: Audrey Chabal.
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