Déçue, elle quitte le monde "des grosses machines humanitaires"

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Rentrer dans le monde professionnel de l'humanitaire et de la coopération peut parfois être une désillusion pour les jeunes diplomés motivés par ce secteur. Loin de l'image humaniste du secteur non-profit dévoué à des projets de développement ou d'urgence humanitaire, les critiques sont récurrentes pour les grandes organisations: recherches effrénées de fonds pour survivre, fonctionnement peu humain digne d'une grande entreprise, administration lourde... 

Laura*, 25 ans, a ressenti ce désenchantement après avoir passé six mois dans une grande association de solidarité internationale. Elle raconte sa déception.

"J’étais chargée de coordination de projets pour la région Asie, au siège à Paris. Pour ce travail, je devais avoir une vision transversale des projets, une stratégie intégrée pour coordonner le travail des équipes techniques et des équipes 'terrains'. J’étais en stage pendant six mois, après lesquels on m’a proposé un CDD que j’ai refusé.

"Une vraie machine humanitaire"

C’est une grosse association, donc je m’attendais à une grosse machine. Mais je ne m’attendais pas à ce que les relations entre les employés soient aussi tendues, figées par la hiérarchie. C’est vraiment le monde de l’entreprise au sein de l’humanitaire.

Par ailleurs, je pensais que l’association serait plus à même de développer des petits projets. Mais chacun d’entre eux s’évaluait à plusieurs millions d’euros, dont 70% étaient financés par les fonds de l’Union européenne. Des projets lourds avec beaucoup d’administratif.

"On était un peu des pions pour la politique européenne"

L’association passait beaucoup de temps à courir après des appels à projets, après les bailleurs. J’avais l’impression que c’était une manière pour l’Union européenne (UE) d’avoir une politique extérieure. Oui, on était un peu des pions pour la politique européenne. On intervenait où il y avait des appels d’offres importants.

Les briefs n’étaient pas très précis. Les projets n’avaient pas besoin d’être très originaux. Parfois, on avait des bons projets. Mais si l’UE n’en voulait pas, on les modifiait. Cela pouvait aboutir à un projet peu adapté à la population où on enchaînait les retards. C’était frustrant. Je pensais qu’il y allait avoir plus de flexibilité.

"J’ai été choquée par le statut des expats"

J’ai été choquée par le statut des expats'. D’abord, ils étaient vraiment bien payés, entre 3000 et 5000 euros. Pourquoi pas. Mais en plus, on leur payait les écoles privées pour leurs enfants et un appartement. Je me souviens d’un appartement à Bangkok qui coûtait 1800 euros! Imaginez ce que l’on a à Paris pour ce prix, alors à Bangkok! De l’autre côté, les locaux n’étaient pas sous-payés. Ils recevaient un peu plus que le salaire moyen local.

"Je veux toujours travailler dans le secteur de la coopération"

J’ai refusé le poste que l’on m’avait proposé, même si c’était une bonne opportunité de carrière, car ce système ne me plaît pas. La professionnalisation des ONG les a rendues inhumaines. L’humain n’est plus du tout au centre de leur vocation. C’est une grosse organisation, elle ne peut pas reculer. Plus ils grossissent, plus ils veulent grossir. Je trouve cette logique assez malsaine. Peut-être qu’un jour, je retournerais dans une grosse ONG, mais aujourd’hui, je préfère travailler dans une plus petite structure.

Aujourd’hui, je suis chargé de développement d’une association d’aide à l’insertion des femmes au Maroc. C’est une petite structure qui rassemble un réseau d’associations. J’ai vraiment les pieds dans le développement. Je développe des petits projets que je peux suivre en allant directement voir les gens qui travaillent dessus et qui en bénéficient. Je suis bénévole, mais je suis nourrie et logée, donc je m’en sors."

 

 

Si vous travaillez ou avez travaillé dans une ONG, n'hésitez pas à nous faire part de votre expérience ou de votre réaction à ce récit, dans les commentaires ou par mail à l'adresse contact@youphil.com.

 
*Le prénom a été changé. L'identité de la jeune femme est connue de la rédaction.
 
Crédit photo: Flickr/Wwarby.
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