Quelles perspectives pour les politiques de développement après 2015?

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Le Forum mondial Convergences, du 17 au 19 septembre à Paris, est une occasion idéale pour revenir sur les Objectifs du Millénaire pour le développement.

> Cet article a initialement été publié dans la lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale".

Le Panel, qui a remis il y a quelques mois un rapport au Secrétaire général de l’ONU, est composé de 27 personnalités d’horizons très différents, comme la Yéménite Tawakkul Karman (prix Nobel de la paix en 2011), l’ancien président allemand Horst Köhler ou l’économiste béninois Fulbert Amoussouga Gero.

Ce groupe d’experts propose à la communauté internationale une feuille de route traçant les contours de la stratégie globale post-2015, qui succédera aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Il ouvre ainsi la voie à la définition d’un agenda universel, visant à offrir à chaque citoyen le droit à une vie digne, délivrée des besoins les plus fondamentaux.

"Cinq grandes révolutions transformatrices"

Afin d’y parvenir, le Panel appelle au déclenchement de cinq grandes révolutions transformatrices. La première a pour but d’éradiquer la pauvreté via l’instauration d’un système de protection sociale pour les populations vulnérables (femmes, ménages ruraux, indigènes…). La seconde consiste à faire de la préservation de l’environnement un objectif transversal de toutes les politiques publiques, par exemple en favorisant la responsabilité des entreprises.

La troisième implique de soutenir une croissance économique inclusive et créatrice d’emplois, en exploitant pleinement notre potentiel d’innovation (comme les technologies vertes) et en prenant des mesures concrètes en faveur de l’égalité des chances. La quatrième vise à étendre la bonne gouvernance à tous les pays, afin de répondre à l’aspiration démocratique des peuples. La dernière réorientation, qui conditionne la réussite de toutes les autres, vise à révolutionner la gouvernance mondiale, en associant chacun à la construction du bien commun.

Pour impulser ces bouleversements profonds, la communauté internationale devra se doter d’une volonté politique inébranlable. Le Panel place la barre plus haute que les OMD.

Une consultation mondiale

Il propose d’abord d’approfondir les huit OMD actuels pour remporter définitivement, à l’horizon 2030, le combat contre la pauvreté, la maladie et l’ignorance. Mais il fixe aussi de nouveaux objectifs qui ne pourront être atteints que dans le cadre du partenariat mondial. Il s’agit par exemple de gérer durablement les richesses naturelles, de pacifier les sociétés et de garantir l’équité des échanges commerciaux.

À la fois témoin et acteur des travaux du Panel, je souhaite rendre ici hommage à l’esprit de coopération très positif qui a animé les débats. Notre réflexion a été enrichie par la controverse passionnée entre les membres du groupe -dont certains, fait inédit, sont issus du secteur privé (Unilever, I&P).

Mais nos recommandations sont surtout le fruit de la consultation mondiale menée auprès des jeunes, des organisations de la société civile, des communautés locales, des experts, des entreprises et des gouvernements. Les lignes directrices que nous fixons entendent répondre aux espoirs des populations du monde entier, en particulier celles qui demeurent prisonnières de la pauvreté.

Un modèle de croissance à rénover

Au cours de ses travaux, le Panel a voulu tirer les leçons du passé. Les progrès accomplis depuis treize ans grâce aux OMD sont considérables. Jamais l’humanité n’a connu une réduction aussi rapide de la misère et des pandémies.

Mais les défis à affronter restent colossaux: violations quotidiennes des droits de l’Homme, persistance de la grande pauvreté (1,3 milliard d’individus vivent avec moins de un euro par jour), accroissement des inégalités au sein des Etats, crises alimentaires à répétition, dérive du capitalisme financier…

C’est pourquoi ce groupe de l’ONU insiste sur les limites de notre modèle de croissance et sur la nécessité de le rénover, en œuvrant en faveur du développement durable.

Construire un partenariat mondial pour le développement

La communauté des nations doit donc aller au-delà des OMD -qui reposent essentiellement sur l’aide octroyée par les pays riches-, en construisant un partenariat mondial pour le développement. L’union de toutes les énergies, dans le monde entier, est la clé pour y parvenir.

Les Etats du Nord comme du Sud, mais aussi les organisations internationales, entreprises, fondations et société civile sont encouragés à rassembler leurs forces. Ensemble, ils pourront mettre en œuvre des politiques publiques globales répondant aux défis communs de l’humanité. Celles-ci intégreront dans une même approche les dimensions économiques, sociales et environnementales du développement, surmontant ainsi la principale faiblesse des OMD.

Le Forum mondial Convergences, invitant les acteurs privés, publics et solidaires à co-construire l’agenda post-2015, représente le type d’initiative citoyenne qui contribuera à l’émergence de ce partenariat global. Cet événement fédérateur propose de faire tomber les barrières entre l’aide au développement des Etats, l’action de solidarité internationale des ONG et les investissements à fort impacts sociaux des entreprises.

 

Jean-Michel Severino est président de Convergences et ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD).

 

 

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