Lyon est-elle une ville durable?

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Rénovation de l'espace urbain, appui à des initiatives citoyennes, l'agglomération de Gérard Collomb passe pour écolo-compatible. Mais tout dépend où le regard se porte.

Il est la vitrine du développement durable de la ville, une vitrine politique aussi. Le quartier de Confluence a accueilli ses premiers habitants en septembre 2009. Bâti sur une ancienne friche industrielle, il continue de sortir peu à peu de terre. Il comptait 7000 habitants en 2000, 16.000 personnes y habiteront en 2025, pour 25.000 emplois sur place.

Proche du centre, le quartier était pourtant oublié des Lyonnais, perdu derrière la gare Perrache, entre Saône et Rhône. Il est aujourd'hui leur faire-valoir. "L'agglomération de Lyon a l'ambition d'attirer de nombreux habitants afin de peser internationalement. Nous devons faire en sorte que cette croissance réponde aux contraintes du développement durable avec des objectifs très élevés", souligne la vice-présidente du Grand Lyon à l'innovation et hautes-technologies, Karine Dognin Sauze.

Les projets innovants du quartier Confluence

L'ONG WWF a désigné Confluence comme le premier quartier durable français. Les objectifs sont ambitieux: zéro carbone, zéro déchet ou encore la construction d'habitats naturels. Les bâtiments de la deuxième phase du projet, ZAC2, produiront ainsi plus d'énergie qu'ils n'en consomment.

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Confluence grandit autour de l'espace naturel qu'est l'eau. Une navette fluviale, le Vaporetto, rallie le centre en moins de 30 minutes. Aucun coin du quartier n'en sera éloigné de plus de 400 mètres. En plein mois d'août, les Lyonnais flânent le long du port, sous des immeubles aux lignes asymétriques et autour d'un vaste centre commercial.

Pour parvenir à atteindre ses objectifs écologiques, le Grand Lyon fait de Confluence une "ville intelligente", selon les termes de la vice-présidente. Fer de lance de cette ambition: le projet Smart community, dont le coût est estimé à 50 millions d'euros, alors que le coût total du nouveau quartier atteindra plus du milliard.

Grâce aux technologies japonaises, ce projet vise à maximiser l'efficacité énergétique autour de trois grands volets. Les bâtiments Hikari, d'abord, qualifiés de "premier îlot mixte intelligent à énergie positive d’Europe" par ses concepteurs, ils sont dotés de panneaux photovoltaïques sur les toits et façades et utilisent la géothermie et la cogénération. Viennent ensuite la mise en place en septembre 2013 de véhicules électriques en auto-partage  et la distribution de ce qui ressemble à des tablettes aux habitants de 275 logements avant et après rénovation, afin qu'ils suivent leur consommation d'électricité, d'eau et de gaz. Ces trois séquences seront suivies d'audits énergétiques.

Reste qu'à première vue Confluence semble réservée à une élite. Un deux pièces dans l'îlot Hikari coûte près de 300.000 euros. Mais à terme, 25% des logements seront sociaux.

Une ville verte

"Confluence est la ville de demain. Elle est une synthèse de ce que l'on souhaite mettre en place, un terrain d'expérimentation dans une ville multipolaire", résume Karine Dognin Sauze. Le développement durable s'invite d'ailleurs dans de multiples lieux de la ville avec ses 400 hectares d'espaces verts, quelques murs végétalisés discrets ou ses Vélo'v, les prédécesseurs des Veli'b parisiens.

Mais la grande réussite de la politique urbaine menée par la ville demeure l'aménagement des berges du Rhône et de sa voie verte de 5 kilomètres, du parc de Gerland au parc de la Tête d'Or, avec ses pistes cyclables, ses 22000 m² d'espaces verts, ses bars en péniche. Il est l'aboutissement du premier mandat de Gérard Colomb (2001-08). La mairie veut faire de même avec les rives de la Saône, dont une première partie s'ouvrira au public le 1er septembre.

Mais là où il a fallu un mandat pour transformer les bords du Rhône, il en faudra deux concernant la Saône: "C'est beaucoup plus compliqué", se défend l'écologiste Gilles Buna, adjoint à l'aménagement de la ville. "La diversité est plus grande. Il y a des endroits où il y a des quais, d'autres non, des vélos passent à certains endroits, d'autres non", détaille-t-il.

Ces efforts en matière d'environnement ont été récompensés. Lyon est la première ville à être certifiée ISO 14001. "Quand je vois l'évolution de Gérard Collomb, il est aux antipodes de ce qu'il pensait il y a une douzaine d'années. Je pense qu'aujourd'hui c'est un convaincu", assure Gilles Buna.

Les Lyonnais s'emparent du développement durable

Mais les particuliers construisent aussi la durabilité de la ville. La mairie les met en valeur. Dans les rues du centre vous apercevrez sûrement sur les vitrines de certains commerces un autocollant au lion vert. Voici le label "Lyon ville équitable et durable", créé en 2010. Il y a au total plus de 160 entreprises labélisés dans la ville, à 75% des Très petites entreprises (TPE), du producteur de fruits et légumes locaux, à l'agence de communication responsable en passant par le créateur de produits de maquillages naturels.

"Au départ nous n'étions peut-être pas assez restrictifs. Nous avons renforcé le référentiel", explique l'adjointe de la ville au développement durable, Françoise Rivoire. Pour décrocher le lion vert, l'entreprise doit s'attacher à un certain nombre de critères comme respecter l'environnement, innover ou adopter une gouvernance responsable.

Les Lyonnais se sont aussi emparés des jardins partagés. Il y a plus de 25 jardins collectifs dans la ville. Caché derrière un porche, du vieux Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, l'un d'entre eux se découvre par hasard au promeneur. Il est géré par l'association Les Pente Vertes. Jonathan Rouzaud, chercheur en informatique, en est le co-président. Au milieu des tournesols et des tomates, il raconte que son association avait dû soumettre un projet à la ville. "En 2009-2010, la mairie a aménagé le lieu. Il y avait des risque d'éboulements, la terre était polluée. Ils ont dû la racler et en faire venir", rappelle t-il.

Le jardin du Clos Saint Benoît est désormais un espace de sociabilité. L'association fait visiter ses cultures lors des Journées du patrimoine, des fêtes des plantes ou des Lumières. Des écoliers viennent ici s'initier au jardinage. Les produits de la récolte sont partagés entre les 25 adhérents: "On ne calcule pas", s'amuse Jonathan, "chacun prend ce dont il a besoin. Il n'y a pas d'abus."

Mais des projets urbains pharaoniques

Alors Lyon ville durable? Tout dépend où le regard se porte. En venant du sud depuis l'autoroute qui traverse toujours la ville, l'automobiliste est accueilli par le chantier du musée des Confluences, musée des sciences et des sociétés, qui devrait ouvrir ses portes en 2014. Ses lignes tarabiscotées, censées représenter un nuage, coûteront sûrement plus de 350 millions d'euros: "Il nécessitera un entretien complexe. Il y a des pertes d'espace et donc d'énergie, car il va falloir chauffer de nombreux m² inutiles", se crispe l'opposant au maire, Etienne Tête.

Les travaux sont menés par le Conseil général du Rhône. "Mais Gérard Collomb n'a pas su saisir l'occasion d'installer le musée à l'Hôtel Dieu", ajoute l'écologiste. Le célèbre édifice surplombant le Rhône et dont le bâti actuel date du XVIIIe siècle est en pleine reconversion et accueillera notamment un hôtel de luxe 5 étoiles. 

Autre grand chantier au centre des polémiques: le Grand stade, surnommé par ses détracteurs OL-Land. Porté par des privés, mais souhaité par l'Etat et Gérard Collomb, il est une "hérésie en matière de développement durable", selon Etienne Tête, avocat des opposants au stade, qui note que "le nombre de voitures sera supérieur à celui d'avant" et brocarde son désservissement. Ce projet pharaonique, dont le coût total de la construction est de 405 millions d'euros, est le Notre-Dame-des-Landes rhônealpin, toute proportion gardée. Les fils de Butte campent à proximité de champs qui seront expropriés.

Durable ou non, Gérard Collomb ne manquera pas de présenter sa politique comme telle lors de sa course au troisième mandat déjà bien entamée.

 

Photo: À Confluence l'eau est omniprésente. Crédit: J-B. Mouttet 
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