Les entrepreneurs sociaux inventent leur espace

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer

Des arbustes plantés entre les bureaux, deux fauteuils en cuir posés autour d’un piano sans âge, de vastes pièces aérées éclairées par des lustres en aluminium, des cactus dans les toilettes… Non, vous n’êtes pas dans l’appartement d’un artiste bohème mais à «La Ruche», lieu de promotion de l’entrepreneuriat social et association éponyme.
Au 84 quai de Jemmapes, le long du canal Saint-Martin à Paris, les 15 organisations locataires tentent d’inventer des solutions innovantes afin de résoudre les défis sociaux ou écologiques de la société.

Dix d’entre elles sont des « résidentes », c’est-à-dire des locataires permanents, les cinq autres ont choisi la formule « pied-à-terre ». Venant de province ou de l’étranger, travaillant de façon indépendante, ces derniers occupent un bureau 5 à 10 jours par mois.

« Le premier réflexe demeure la concurrence »

Les défis de l’association ont tout de suite convaincu les locataires. « Ce lieu nous donne une certaine visibilité. Nous ne sommes plus appréhendés comme une structure qui travaille seule dans son coin », estime Estelle Barthélemy, directrice du département RH d’une association favorisant l’accès à l’emploi de toutes les personnes pouvant être victimes de discrimination, Mozaïk RH. « Ce n’était pas pour autant facile pour nos locataires de tout partager tout de suite. Dans le monde de l’entreprise, le premier réflexe demeure la concurrence », raconte la directrice de l’association « La Ruche », Charlotte  Hochman.
Tout est organisé pour favoriser le contact. Ne cherchez pas les pièces fermées dans cet espace de plus de 620 m2. Il n’y en a qu’une : la salle de réunion. Bien d’autres petits lieux cachés appellent à la discussion informelle : ce bar américain ici, ces fauteuils là-bas, la cuisine en face. Ce choix de disposition semble avoir porté ses fruits.

De nombreuses organisations ont créé des partenariats avec les autres colocataires. « De notre côté, par exemple, nous avons pu facilement faire appel à l’association de recrutement Passerelles et Compétences pour trouver un bénévole », poursuit Estelle.

Matières grises en ébullition

Pas de bourdonnements dans cette ruche ; les conversations sont feutrées, l’ambiance studieuse. Le président de l’association Passerelles et Compétences, Patrick Bertrand, fait passer un entretien à une jeune femme. Plus loin, trois membres d’Equitel, société oeuvrant pour la consommation solidaire, pianotent consciencieusement sur les claviers de leur ordinateur…

Des indices révèlent néanmoins une animation plus débridée. Au détour d’un couloir sombre et étroit, sur un tableau d’enfant coloré, est inscrit à la craie blanche : « Buzz de la semaine : Mathieu nous fait rêver. » Buzz…Ou plus simplement : « Un moment de partage sans programmation précis tous les vendredis midis», confie Miora Ranaivoarinosy, la « maîtresse de cérémonie » de cet espace. Sur une affiche en papier kraft, vestige d’un brainstorming passé, des phrases et des mots s’entremêlent. Après la première inscription : « La Ruche c’est… », a gentiment succédé : « Un modèle pour toutes les entreprises », avant de s’envoler sur une réponse en forme d’interrogation : «  Utopique ? ». 
« Toutes ces activités ne sont pas imposées, prévient Miora, nous offrons juste la possibilité de partager. Nous  sommes à l’écoute des besoins et construisons avec eux ce que doit devenir ce site.» Sur une affiche en papier kraft certains ont demandé de « partager tous les contacts », d’autres de « travailler sur l’organisation » ou encore de « réaliser un clip vidéo.» « Ça part dans tous les sens, mais tous les sens vont dans le même sens », témoigne Bruno Humbert, fondateur et dirigeant d’Equitel.
« La Ruche » s’invente donc peu à peu et tend à multiplier les activités. Des conférences ouvertes au public sont organisées. Deux salles, en rénovation, appartenant à une société immobilière, Commerce Développement, sont prévues à cet effet. La première est exploitée depuis début novembre, la seconde, victime d’un incendie, ne le sera que cet été.

Un mouvement mondial

D’après la directrice, le 84 quai de Jemmapes est unique en France, mais relié à un solide réseau international : «  Je me suis inspirée de différents endroits auxquels j’ai participé à l‘étranger, dont « The Hub», à Londres. Mais je les ai adaptés à Paris en ajoutant la création active de liens entre les entrepreneurs et la promotion de leur travail. »

A Toronto, Londres, Berlin, Lisbonne, Bruxelles, Bombay, Johannesburg, d’autres espaces similaires à « La Ruche » essaiment le monde et tissent des liens. « Ce sont des partenaires. Nous nous inspirons mutuellement. Si un entrepreneur a un besoin dans un de ces pays, nous pouvons le mettre en contact avec ces autres lieux. »
Reste pourtant le coût du loyer… Un résident paiera 429 euros par mois pour un bureau, 1.012 euros pour trois bureaux. Les prix sont dégressifs. Pour Patrick Bertrand, ces tarifs sont très honnêtes : « Cela peut paraître onéreux à première vue. Mais nous avons accès à Internet, à une imprimante, nous avons une salle de réunion à notre disposition. Nous n’avons dû apporter que nos ordinateurs.»
Ces coûts compétitifs, ajoutés aux services proposés et à une architecture intérieure réussie attirent. Le loft affiche en effet complet. Charlotte Hochman rêve de construire de nouvelles ruches partout en France afin de pouvoir héberger toutes les abeilles à fibre sociale et environnementale.

Email this pageEnvoyer à un ami0CommentairesImprimer