Et si on payait des artistes pour recycler nos déchets?

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Une entreprise de recyclage de San Francisco installe des artistes dans ses locaux pour qu'ils utilisent les déchets comme matière première.

San Francisco, berceau du Flower Power, se démarque encore par sa fibre écolo avec un village d'artistes créé au cœur d'une coopérative de traitement des déchets.

Transformer les déchets en chefs d’œuvre, voilà l’ambition de l'entreprise américaine Recology qui installe des artistes dans ses locaux.

Chercher l’inspiration dans la poubelle

Sculpteurs, peintres, collagistes ou encore photographes, ils sont entre quatre et huit chaque année, à prendre leurs quartiers dans l’enceinte de Recology pour une durée quatre mois. Installés dans des studios aménagés dans d’anciens conteneurs maritimes, ils bénéficient d’un accès libre aux 20 hectares d’installations. Celles-ci comprennent des aires de transfert de déchets avec des espaces dédiés aux déchets organiques et aux équipements ménagers, mais également des sites de dépôt de matériaux recyclables.

Virus #2, 2009, David King. Artiste en résidence d'octobre 2008 à janvier 2009.
 

Les artistes ont également accès à un atelier tout équipé. Une immersion totale. "Le programme révolutionne la manière dont les artistes abordent les matériaux dans leurs travaux", explique la directrice du programme, Deborah Munk. 

L’idée est aussi d’éveiller la conscience publique à la question du recyclage. "Tous les ans, nous accueillons plus de 2000 enfants et 1500 adultes. A l'occasion de ces visites, l'accent est mis sur l'importance du recyclage et de la conservation des ressources", se félicite Deborah Munk. Le public peut également admirer, dans un jardin, certaines des œuvres de la centaine d’artistes ayant participé au programme.

Un partenariat public/privé

Le projet est né en 1990, après le vote d’une loi obligeant les juridictions de Californie à recycler la moitié de leurs déchets. Cette évolution législative s’est accompagnée de la mise en place d’un vaste programme de sensibilisation à la question du recyclage et à la consommation raisonnée des ressources.

A l'initiative, Jo Hanson, artiste et militante écologiste, a proposé ce programme d’artistes en résidence à la ville de San Francisco et à l'entreprise Recology. "Le projet était vraiment précurseur du mouvement artistique du recyclage", nous a précisé Deborah Munk.

Stanley, 2003, Dana Albany, dans le Sculpture Garden, au milieu d'autres créations d'anciens artistes en résidence. 
 

Ce projet innove donc aussi par son modèle économique puisqu'il émane d'un partenariat public/privé. Recology est une coopérative de gestion des déchets et de recyclage financée par la taxe sur les déchets, payée par les habitants de la ville. Elle en alloue une partie aux artistes via ce programme.

Une initiative qui s'étend

Cette initiative née sur la côte ouest intéresse d'autres villes. "Il y a trois ans nous avons collaboré au lancement d’un programme similaire appelé GLEAN à Portland", rapporte Deborah Munk. Un projet de même nature existe également à Philadelphie.

Les artistes de Recology s'exposent hors des murs, ici à l'aéroport de San Francisco.
 

Par ailleurs, le programme s’ouvre à l'international. "Grâce à l’initiative de l’ONG Hope Art, nous accueillons trois artistes haïtiens en août 2013, ils travaillent eux aussi avec des matériaux recyclés", détaille la directrice du programme. Tous trois appartiennent au collectif Atis-Rezistans, qui rassemble des adeptes de l’art du recyclage à Port-au-Prince. Ces derniers seront exposés, aux côtés des artistes résidents, à l’issue de leur séjour. Une façon d'associer art, recyclage et solidarité.

 

Cet article a initialement été publié le 17 juillet 2013.

 
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