[Interactif] Le grand retour de l’habitat participatif

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En juin dernier, Villeurbanne a inauguré un nouvel habitat participatif. Un village vertical labellisé "basse consommation" qui abrite quatorze logements et des espaces communs: deux chambres d’amis, deux chambres d’hôtes ainsi qu’une salle avec cuisine. Un projet exprimé dès 2005 par ses habitants qui souhaitaient vivre ensemble, dans un bâtiment social, écologique, qu’ils ont imaginé, conçu et dont ils sont collectivement propriétaires.

L’exemple type de l’habitat participatif désigne un ensemble de logements où chacun participe à l’élaboration de son lieu de vie, des espaces partagés et de la gestion quotidienne. Eco-responsabilité, solidarité, mutualisation… Bien plus qu’un logement, ses habitants partagent des valeurs. Après avoir connu un premier "âge d’or" en France dans les années 70-80, le mouvement s’est essoufflé.

L’habitat participatif relancé par la crise

Jusqu’aux années 2000, les projets d’habitats participatifs étaient quasi inexistants. Mais depuis dix ans, 200 à 300 projets ont été proposés en France. "En temps de crise, les gens cherchent à redevenir acteurs de leur vie. Et ça passe par le lieu d’habitat, c’est une manière d’être maître de soi, une façon de retrouver du sens", explique Claire Carriou, maître de conférence en aménagement et urbanisme à l'université Paris X.

Un contexte économique dans lequel l’entraide et la solidarité sont plus que jamais nécessaires. D’ailleurs, "une crise est souvent le berceau de nouvelles politiques en urbanisme!" conclut-elle. Le renouveau de l’habitat participatif répond également à une autre préoccupation forte d’aujourd’hui: le respect de l’environnement.

 

A Ecolline, des Lorrains ont choisi de construire eux-mêmes un habitat participatif écolo. 

"L’utopie de vivre ensemble risque de disparaître"

Majoritairement porté par les classes moyennes, l’habitat participatif offre un accès possible à la propriété et à un mode de vie quasi idyllique en communauté. Mais est-ce que cette utopie peut fonctionner? Les projets construits il y a 30 ans n’ont pas suffi à engager le mouvement. Si l’habitat partagé peine à se développer, ce n’est pas parce que l’utopie d’une vie en communauté n’a pas fonctionné mais parce que les enfants n’ont pas voulu suivre le schéma. Pour Claire Carriou, "un enfant se construit sans reproduire le même mode de vie que ses parents. En revanche, la plupart acquièrent des valeurs transmises en vivant dans ce type d’habitat. Beaucoup sont impliqués dans une association, dans la vie collective."

Le contexte avait aussi changé: dans les années 90, la question de la participation était moins forte qu’après les années 60. "Mais même si certains habitats ont connu des aménagements ou se sont transformés en copropriété, beaucoup perdurent", précise Claire Carriou.

"Sur la centaine de projets sortis de terre à l’époque, les trois-quarts sont toujours en activité", remarque Anne d’Orazio, architecte urbaniste. C’est le cas de Couleur d’Orange à Montreuil, une usine réhabilitée en un habitat participatif en 1987. "Ce n’est pas une utopie. En 25 ans, seules deux personnes ont quitté Couleur d’Orange pour raisons professionnelles" précise Jean-Pol Lefebvre.

Ce pionnier de l'habitat participatif nous propose une visite aux allures de bilan:

Pour voir l'image en plus grand, cliquez ici. Image interactive réalisée par Jérémy Chrétien (CFPJ)

Mais ce style de vie, propre à chacun, peut-il s’inscrire dans la durée? L’utopie d’un mode de vie solidaire est largement marquée par son époque et évolue. Elle s’inscrit dans un contexte où l’accès au foncier et à l’immobilier devient difficile. "Dans ces termes, le modèle a de grandes chances de perdurer. A l’inverse, si le contexte économique devient plus clément, l’utopie de vivre ensemble risque de disparaître", explique Sylvène Denèfle, professeure de sociologie à l'Université Rabelais de Tours.

Une loi pour faciliter l’accès

Même si l’intérêt pour ce type d’habitat a explosé, une dizaine de projets seulement se sont concrétisés. Car construire un habitat participatif ressemble parfois au parcours du combattant, notamment à cause de l’absence d’encadrement juridique. Pour combler ce vide et répondre aux préoccupations du moment, Cécile Duflot a déposé, début juillet, un projet de loi pour l'accès au logement et à un urbanisme rénové (ALUR) qui contient un chapitre sur l’habitat participatif. Ce dernier prévoit la création de deux nouveaux statuts: un statut de coopérative d’habitants et un statut de société d’autopromotion qui vise l’habitat participatif classique.

Ce type d’habitat ne séduit pas seulement les particuliers: "Les collectivités territoriales cherchent à favoriser la dimension sociale et ces projets ont l’avantage d’allier éco-construction et implication sociale", souligne Sylvène Denèfle. Les villes s’engagent et certaines mairies comme celle de Paris cherchent des terrains pour des appels à projets. Les élus de Paris l’assurent: "l’avantage de développer ce type de logement, c’est aussi de recréer une dynamique et une solidarité dans un quartier."

Crédits photos: Gilles Michallet/Villeurbanne, Ecolline
Crédit photo interactive: Jérémy Chrétien
 
Cet article a été initialement publié le 9 août 2013.
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