L'informatique verte, nouveau credo des start-up françaises

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En France, des entrepreneurs proposent des solutions innovantes pour basculer vers la Green IT, une informatique éco-responsable.

On le sait déjà: l’utilisation de l'informatique n'est pas neutre pour l’humanité et son environnement.  Une consommation énergétique vorace et coûteuse, l’émission importante de CO2 (l’informatique représente 2% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde), la construction d’appareils compliqués voire impossibles à recycler... La réduction desdites nuisances est devenue une priorité écologique et économique.

La boulimie énergétique des ordinateurs de société

L'Hexagone a beau être taxée d’être à la traîne en termes d'écologie, des innovations made in France se multiplient en matière de Green IT (informatique verte). Exemple avec AVOB et son jeune PDG Pierre Duchesne: en partant du constat que les 20 millions d’ordinateurs utilisés par des sociétés françaises sont très gourmands en énergie, celui-ci a développé un logiciel remède. "Que l’utilisateur soit actif ou qu’il délaisse son poste, même en veille, le gâchis est colossal", explique l’ingénieur de 26 ans. Son "bébé" s’installe comme un logiciel lambda sur les machines. Il adapte la puissance de l’ordinateur et ses mises en veille à l’usage du client, que celui-ci fasse du traitement de texte ou guerroie en réseau avec ses amis. Résultat: une économie d’énergie de 75% sur un parc informatique, soit près de 20 euros par machine et par an. Ce sont également 75.000 tonnes de CO2 en moins qui sont dégagées par ce biais. Un chiffre équivalent à l’émission annuelle de quatre centrales thermiques…

Paul Benoît, avec son entreprise Qarnot Computing, a eu une autre idée: détourner la chaleur émise par les datacenters. Pour rappel, ces centres hébergent des équipements électroniques permettant aux entreprises de regrouper leurs données. Des sites au comportement énergétique assez ogresque… On estime ainsi que ces structures représentent entre 1,1% et 1,5% de l’usage électrique mondial (soit une trentaine de centrales), les plus importants consommant autant que des villes de 100.000 habitants! "En dispersant les serveurs chez des particuliers, ceux-ci peuvent bénéficier gratuitement de la chaleur que dégagent les machines".

Un intérêt mutuel entre les particuliers et les entreprises?

Lancée en 2010 et suivie par Microsoft et IBM qui ont développé des projets similaires, l’entreprise convainc progressivement ses clients que leurs informations importantes sont en sécurité chez Monsieur et Madame tout le monde. Durant l'été 2014, Qarnot Computing disposera par exemple 300 "radiateurs" dans une centaine de HLM du XVème arrondissement de la capitale. Seul bémol, et pas des moindres, les machines fonctionnent aussi l'été. Histoire d'éviter l'enfer en période caniculaire, Paul Benoît planche donc sur un système de thermostat qui permettra à son invention de s'adapter aux saisons et à la demande. 

 

D’autres se concentrent davantage sur le problème de la fabrication même des machines. Un processus gourmand en termes de ressources (en moyenne 250 kg de pétrole et 1500 litres d’eau par poste) et polluant, puisqu’un ordinateur dégage environ 30 fois plus de CO2 au moment de sa création que lorsqu’il est en activité. Pour rendre le modus operandi plus propre, des entrepreneurs ont misé sur l’éco-conception, c’est à dire une fabrication axée sur la durabilité du produit.

Un PC moins puissant mais recyclable 

En créant ALT, un ordinateur à haute valeur ajoutée environnementale, la société Meta It, basée en Aquitaine, a déblayé le terrain en France. Forcément, l’engin ne peut pas séduire les fans des grosses artilleries du marché basées sur l’esthétique et la puissance, sans réelle considération pour la durabilité. L’appareil en aluminium, essentiellement créé pour la bureautique de base, ne lit pas les Blu-Ray, ne supporte pas les images des jeux vidéos récents et les images de synthèse. Mais avec peu de pièces (12 contre 80 en moyenne ailleurs), un design épuré à l’extrême (ni soudure, ni éléments traités chimiquement), la machine et son écran sont totalement recyclables et consomment 5 fois moins d’énergie grâce à une alimentation peu puissante, une dalle LCD et un processeur des plus économes.

Si les projets de ce type sont évidemment tournés vers une logique de développement durable, l'enjeu économique est très loin d'être négligeable. Meta It fait ainsi passer la facture d'électricité à l'unité de 31 à 8 euros par mois grâce à son PC propre. Avec son logiciel, AVOB entend réduire de 400 millions d'euros les dépenses des entreprises françaises, quand Qarnot Computing offre la gratuité du chauffage. Appréciable en ces temps de crise...

 

Crédit photo: ramsesoriginal/Flickr.
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Commentaires
GreenIT

C'est top de lire un article sur le sujet dans Youphil. En revanche, je ne comprends pas pourquoi vous mettez autant le focus sur la consommation d'énergie et sur Qarnot qui n'est pas du tout le sujet prépondérant des "TIC durables" Pour rappel : - les impacts environnementaux liés à l'informatique ont surtout lieu lors de la fabrication et de la fin de vie, pas lors de l'utilisation. - ces impacts sont surtout : épuisement des ressources non renouvelables et pollutions (toxicité, écotoxicité) et dans une moindre mesure les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation d'énergie. - comparée à l'énergie grise (énergie totale sur le cycle de vie complet) la consommation d'énergie sur la phase d'utilisation est faible, voir non significative pour un téléphone / smartphone. - En France, 80 % du mix électrique est nucléaire, donc la consommation d'électricité émet surtout des déchets radioactifs (et peu de gaz à effet de serre, le principal étant la vapeur d'eau et non le CO2 comme vous le laissez entendre). Frédéric Bordage