Les ONG face à la crise: quelques chiffres

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Qu’elles agissent dans l'humanitaire ou le développement, comme acteurs de terrain ou plus axées sur le plaidoyer, les ONG doivent penser leur mutation face à la crise.

Pierre Salignon, directeur de Médecins du Monde, nous livre des pistes prospectives, synthétisant les échanges de plusieurs conférences consacrées au secteur associatif en France et la place de l’économie sociale et solidaire. Cette série sera publiée en cinq parties. 4/5

Dans quelle situation économique les ONG humanitaires et de développement se situent-elles? D’après une étude commandée par Coordination Sud, les budgets des ONG intervenant sur le champ dit humanitaire ont sensiblement augmenté à partir de 2010. Du fait notamment des fonds reçus pour intervenir en Haïti, produisant des résultats excédentaires importants et induisant la gestion d’un volume parfois conséquent de reports de ressources.

Les ONG qui interviennent dans le domaine de l’éducation, la formation ou le plaidoyer (plutôt de petite taille) auraient vu leurs ressources globales stagner à partir de 2009 et leurs subventions, qui constituent l’essentiel de leurs produits, fortement se réduire à partir de 2010. Les efforts engagés pour maîtriser les charges ont porté leurs fruits, mais cela les porte au mieux à l’équilibre.

Des ONG généralement déficitaires 

Les ONG du secteur développement, qui constituent 70% de l’échantillon, enregistrent dans l'ensemble des ressources en hausse entre 2008 et 2011. Tout comme un résultat net positif, sauf en 2010 où la situation est légèrement déficitaire. 

Seules les très grandes ONG (plus de quinze millions d'euros de budget), peu nombreuses dans cette catégorie, sont nettement excédentaires et élèvent la moyenne des résultats des organisations de développement. Les très petites (moins de un million d'euros de budget) ont été déficitaires sur toute la période examinée.

Les petites ONG (de un à trois millions d'euros de budget) ont fait des efforts notables à partir de 2010 pour diversifier leurs ressources et être moins dépendantes des subventions. Mais elles ont eu du mal à maîtriser leurs charges, devenant ainsi déficitaires en 2011.

Les ONG de taille moyenne (de trois à six millions d'euros de budget) ont vu augmenter leurs ressources en 2009 puis en 2011. Néanmoins, la progression de leurs charges, engagée en 2009, a pesé sur leurs comptes. Cela les a mené à une situation déficitaire en 2010, qu’elles n’ont pas réussi à redresser en 2011.

Les grandes ONG (de six à quinze millions d'euros de budget) ont enregistré une progression de leurs produits jusqu’en 2010, mais stagnent en 2011. Les charges ont augmenté jusqu’en 2010 et ont été maîtrisées en 2011. Pour autant, cela ne leur a pas permis d’atteindre l’équilibre. Elles ont du faire face à un report important de leurs ressources sur l’année suivante.

Fragilité des petites ONG

Cette partie de l’état des lieux met en évidence des modèles économiques différents selon les typologies d’ONG. Elle montre la grande fragilité des plus petites organisations qui interviennent dans le champ du Développement, notamment. En partie du fait de leur dépendance aux subventions et de l’absence de marges de manœuvre pour faire face aux fluctuations conjoncturelles des ressources.

À l’opposé, les grandes ONG humanitaires ont non seulement la capacité de varier l’origine des fonds et de faire progresser leurs ressources, mais bénéficient aussi d’une structure solide leur permettant d’absorber les décalages et les fluctuations dans le temps.

L’étude de Coordination Sud se focalise ensuite sur l’analyse des trajectoires des organisations ayant connu un déficit significatif (supérieur à 5% des produits d’exploitation) sur une année au moins, entre 2008 et 2011.

Le premier constat est qu’aucune ONG du secteur humanitaire n’a connu de déficit significatif sur la période 2008-2011. En ce qui concerne celles travaillant dans l'éducation, la formation ou le plaidoyer (en difficultés), il a été constaté un redressement global des déficits qui s’étaient creusés en 2008, mais certaines ONG restent en situation délicate.

Le panel des ONG de développement ayant un budget inférieur à un million d'euros concentre, quant à lui, plusieurs illustrations de redressement qui font suite à un décrochage brutal ou graduel en terme de résultat.

Sur le panel d’ONG de développement déficitaires dont le budget est compris entre un et six millions d'euros, il a été constaté que pour la majorité d’entre elles, les difficultés s’aggravent sur 2011.

Enfin pour les ONG de développement déficitaires dont le budget est supérieur à six millions d'euros, il est observé des déficits récurrents, mais relativement limités au regard du niveau des ressources propres.

Pour en savoir plus, renseignez-vous sur le Centre d'étude sur la recherche et la philanthropie (Cerphi), France Générosités, et les rapport suivants: "Les associations entre mutations et crise économique, Etat des difficultés", Deloitte, CNRS (Octobre 2012); "Repères sur les associations en France", CPCA (Mars 2012).

 
Crédit photo: Steve Snodgrass/Flickr.
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