Quel avenir pour les associations en France?

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Face à la crise et la baisse des subventions, les associations tentent d’anticiper et de s’adapter. 

Pierre Salignon, directeur général de Médecins du Monde, nous livre des pistes prospectives, synthétisant les échanges de plusieurs conférences et rencontres consacrées au secteur associatif en France et la place de l’économie sociale. Cette série sera publiée en cinq parties. 1/5

Pour la première fois depuis des décennies, le secteur associatif a connu en 2010 et 2011 une baisse de l’emploi salarié. C’est le premier constat. Même très légère, cette baisse traduit le tassement des ressources du secteur associatif dû notamment à la contraction des financements publics, elle-même liée aux politiques budgétaires restrictives et à la crise de la dette.

L’impact est important car, dans le secteur des associations, la ressource publique et les dons, quand elles en bénéficient, exercent une fonction de levier dynamique (un euro investi génèrerait trois euros de budget associatif, bénévolat inclus).

Budget annuel cumulé: 70 milliards d’euros

La crainte désormais exprimée par les dirigeants associatifs est celle d’une contraction durable du secteur à un moment où la demande de solidarité est encore plus forte du fait de la crise économique et sociale.

Il reste que, d’après les dernières données connues de 2010 (Conférence permanente des coordinations associatives, CPCA), le budget cumulé des associations avoisinerait en France 70 milliards d’euros, ou 3,5% du PIB (contre quand même 10% aux USA…), soit plus que l’hôtellerie et la restauration (2,6%) et autant que l’agriculture et l’industrie agroalimentaire réunies (3,4%). C’est une donnée peu connue.

Son financement est constitué de 49% de ressources publiques (Etat à hauteur de 11%, communes 13%, départements 11%, organismes sociaux 9%...) et 51% de ressources privées. Ces dernières sont majoritairement tirées de la participation des usagers au service rendu, sous forme de cotisations et de ventes. Les dons et le mécénat représentent environ 5% du financement global du secteur associatif .

Depuis 2010, la croissance stagne

Si la part du privé a progressé rapidement ces dernières années, les ressources publiques ont également augmenté, un peu moins rapidement tout de même. En revanche, depuis 2010, leur croissance stagne. Les financements de l’Etat ont considérablement baissé (décentralisation, déficits publics, réduction des subventions…).

Selon le baromètre des collectivités locales et associations, quasiment une collectivité sur deux considère désormais la relation aux associations comme l’une de ses priorités. Mais si les financements des conseils généraux ont d’abord compensé la baisse de ceux de l’Etat, la situation se tend depuis 2010. 

Des petites associations absorbées par les "grosses"

La contraction des budgets publics commence donc à avoir un impact direct sur les financements des associations et sur l’emploi associatif. De "petits" opérateurs disparaissent, sont mis en sommeil ou sont absorbés par de plus "gros". Et la majorité des acteurs est dépendante des bailleurs publics; hors quelques opérateurs majeurs collectant auprès du public. Les partenariats avec l’Etat changent aussi de nature, ce qui bouscule fortement les associations des secteurs sportifs, culturels et des loisirs, de la santé… et conduit à d’importantes restructurations.

En effet, concernant les financements publics, les subventions aux associations font place à la commande publique (notamment par appels d’offres), souvent sous le poids des réglementations fiscales et européennes. Celle-ci permet de formater l’action des associations en fonction de la politique propre des collectivités publiques, avec une plus grande visibilité des actions lancées.

Mais ce recours à la commande publique assècherait pour de nombreux observateurs aussi l’initiative associative, accentue la mise en concurrence des associations entre elles (mais aussi avec des opérateurs lucratifs), au détriment de l’innovation sociale. D’autre part, la charge administrative ne cesse de croître comme la volonté des opérateurs publics de traiter avec un nombre d’acteurs plus restreint, plus professionnalisés, regroupés ou concentrés.

On note enfin en France une croissance rapide des activités dites "marchandes" des associations, et une augmentation tout aussi rapide de la part des associations qui requièrent une participation financière de leurs usagers (activités culturelles, de loisirs, associations de défense des intérêts économiques et de développement local, santé demain?). Ce qui ne fait pas toujours l’unanimité.

Pour en savoir plus, renseignez-vous sur le Centre d'étude sur la recherche et la philanthropie (Cerphi), France Générosités, et les rapport suivants: "Les associations entre mutations et crise économique, Etat des difficultés", Deloitte, CNRS (Octobre 2012); "Repères sur les associations en France", CPCA (Mars 2012).

 
Photo: Art à Kentuck Knob, Etats-Unis. Crédit: Clémentine Méténier.
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Commentaires

Bonjour, quand allez-vous faire paraître la suite de l'article normalement publié en 5 parties ? merci