Et vous, comment placez-vous votre argent?

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L'investissement socialement responsable, aujourd'hui critiqué, reste un mode d'épargne solidaire qui mérite d'être mieux connu des épargnants, d'après notre contributeur Vincent Auriac.

La sortie d'un livre de parti-pris sur l'investissement socialement responsable (ISR) mérite qu'on s'y arrête. Avec la publication de Finance Ethique: le grand malentendu (Série Stimulo), Gaëtan Mortier (que son éditeur présente comme le 15e meilleur analyste ISR du monde) est le premier à vouloir dire ses quatre vérités à l’ISR.

Profitant de la liberté de celui qui a quitté "le système", il s'attache à dénoncer les dérives de la finance mais aussi celles de l'ISR. Bien renseigné, malgré quelques simplifications et approximations, l'auteur dresse un tableau un peu sombre, probablement dessiné par son expérience personnelle déçue en tant qu'analyste ISR dans une agence de notation américaine, (décrite sur le site de Libération). Un tableau peu contrasté.

Diversifier les méthodes

Car en fustigeant, ou en promouvant, un ISR en général, on oublie souvent de rappeler qu'il existe des ISR, pluriels. Même si en France, 80% de l'offre fonctionne effectivement sur le mode "Best in Class", sélectionnant les "meilleurs élèves" sur une liste de critère environnementaux, sociaux ou de gouvernance. En critiquant ceux qui dopent leur image responsable mais ont en fait des critères peu exigeants (parfois liés à des conflits d'intérêts, soulignés à propos par Gaëtan Mortier), on peut oublier de mettre en avant les acteurs qui "mouillent le maillot" et pédalent véritablement dans le bon sens.

Dénoncer est un premier pas, un parti-pris indispensable. Chez Axylia, le nôtre est d'aller plus loin en cherchant à faire de la pédagogie et à développer cette pluralité, classée en six familles d'ISR dans l'une de nos recherches. Certaines -pourtant légitimes dans d’autres pays- semblent avoir été bannies en France: exclusion, engagement actionnarial... Alors qu’il existe un public pour y souscrire!

Pourquoi les épargnants adhèreraient-ils à des fonds ne revendiquant pas de choix forts? Comment se convaincraient-ils de la sincérité d'un ISR pratiqué "à la marge" par les financiers eux-mêmes? Quand l'offre se fend de 1% d’ISR ou de solidaire, le public, cohérent, en veut 100%!

Alors comment amener les épargnants et l'ISR à mieux se rencontrer pour créer le nécessaire mouvement de fond dont la finance a besoin. Il faut passer d’un ISR de l’offre à celui de la demande. C’est à l’épargnant ou à l’investisseur de conserver sa capacité d’indignation, d’interpellation et de se prendre en main pour sauver l’économie… et ses économies!

"Un grain de sable dans le rouage financier"

Il doit exiger la transparence sur les dépôts, les impacts. Et les opérateurs financiers doivent apprendre à répondre en créant des mandats et des fonds ISR qui apportent véritablement du sens et font la preuve de leurs impacts. Comme le disait Sœur Nicole Reille, fondatrice du premier fonds éthique français en 1983, "l’ISR doit être un grain de sable (pas une goutte d’huile) dans le rouage financier, être passeur de valeurs auprès des entreprises. Aucune entreprise ne peut avoir 20/20 sur tous les critères. Notre idée est de révéler leurs manques, leurs points d’amélioration et d’étudier leurs progrès".

La question que peut se poser l'épargnant est donc à la fois simple mais ambitieuse: en quoi ce produit ISR va-t-il contribuer à changer le monde? Bien souvent, il n’est besoin d’aucune agence de notation pour répondre… Cette question oriente aussi l'offre ISR, lui permet de s'adapter à ses différents publics. Ce n’est pas à la veuve de Carpentras de financer la "révolution verte", les greentech ou cleantech, trop risquées. Le financement de ces innovations doit être laissé aux capital-risqueurs professionnels sur fonds propres.

Il y a urgence à apporter des solutions adaptées à chaque investisseur, en résonnance avec l'urgence sociétale qui le motive et avec à ses attentes financières. Ensemble, petits épargnants et grandes fortunes, associations, fondations, fonds d'investissement peuvent financer le changement de modèle économique.

 

Vincent Auriac est président d'Axylia, société de conseil en solutions financières responsables.

Crédit photo: Scaryggami/Flickr
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