Le Festival de Cannes, c'est aussi...

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Cannes, ville du Festival de cinéma, station balnéaire de la Côte d’Azur, est aussi une ville qui semble préoccupée par les questions de développement durable. Elle est certifiée Agenda 21 (2011); un plan d’actions locales visant à faire des efforts pour le développement durable, en se basant sur les principes du sommet de Rio de 1992.

Sur son site internet et même à travers une webtv, la ville déploie une armada de moyens de communication très efficace sur cette politique qui touche la préservation de l’environnement, les transports, l’accès aux soins ou encore la sensibilisation aux gestes écologiques... Malgré cette transparence et volonté politique affichée, Cannes est critiquée pour ses entorses aux principes écologistes, en particulier pendant le festival.

> Une ville qui triple sa population, l’espace de deux semaines

Pendant le festival de cinéma, la population de la ville azuréenne passe de 75.000 à plus de 200.000 habitants, dont environ 30.000 professionnels du film accrédités, selon le ministère du Tourisme. Parmi eux, bien sûr, les plus grandes célébrités du monde du cinéma.

Dans ce monde de luxe, beaucoup logent dans l’un des 29 hôtels quatre étoiles ou plus de la ville. Le président du jury de ce 66ème Festival de Cannes Steven Spielberg et son équipe pourront, par exemple, se détendre dans une villa ou un yacht, après une journée de projections.

Tout ce monde implique, évidemment, des besoins accrus en transports, en eau et en nourriture, et donc, des déchets supplémentaires.

> 1200 tonnes de déchets supplémentaires

La mairie de Cannes communique sur la propreté de la ville. Rien ne doit dépasser. Grâce à son opération "Zéro sac d’ordures ménagères sur la voie publique–100% Propreté" la direction de la propreté urbaine a obtenu une certification ISO9001. Elle a même créé une “police de l’environnement” pour verbaliser les citoyens qui auraient la mauvaise idée de laisser par terre des détritus, des crottes de chiens ou qui gêneraient la tranquilité de leurs voisins.

Pendant le festival, il faut mettre les bouchées doubles, car il draine un surplus de 1200 tonnes de déchets. "Pas un papier laissé à l’abandon dans les rues", témoigne un festivalier. Pour l'acheminement et le traitement des déchets, c’est tout autre chose.

Selon un militant pour la défense de l'environnement, la gestion des déchets est “calamiteuse”. En 2012, le collectif Expédition Med qui lutte contre la pollution de la méditerranée avait dénoncé le rejet de déchets dans la grande bleue, dans la vidéo “Les dessous de Cannes”:

De plus, les déchets enfouis sous la terre alertent les défenseurs de l’environnement. Jusqu’en 2009, le centre d’enfouissement de Villeneuve-Loubet, dans les Alpes-maritimes, accueillait les détritus de la ville de Cannes.

Ce qui est perçu comme une aberration environnementale est l’objet du documentaire "Super Trash" de Martin Esposito, qui sortira en octobre 2013.

> En voici la bande-annonce: 

> Un tapis qui fait rugir les écolos

Dans ce documentaire, on aperçoit le va-et-vient des camions apportant les déchets, en particulier ceux du Festival, des milliers de prospectus délaissés aux cordons d’accréditations, en passant, bien sûr, par le fameux tapis rouge. Ce tapis de 60 mètres, justement, est renouvelé trois fois par jour, avant chaque projection officielle. Une coquetterie qui n’est pas du goût des défenseurs de l’environnement. Le collectif Greenpride a d’ailleurs lancé une pétition pour que ce tapis ne soit changé qu’une seule fois par jour.

> Un festival "plus responsable" en 2013?

“Le Festival de Cannes 2013 est plus respectueux de l’environnement que les années précédentes”, affirme pourtant Benoît Agassant, chargé de mission Plan Climat et Agenda 21 au service "développement durable" de Cannes. “En 2008, le Palais des Festivals était peu engagé, mais depuis, il a fait des bilans carbone qui montrent qu’il utilise moins d’eau et 30% d’énergie en moins.”

L’entreprise Semec en question, qui gère le Palais des Festivals, affiche les très sérieuses certifications ISO14001 pour le volet environnement et ISO26000 pour la “responsabilité sociétale”. Ce qui montre que l’entreprise fait des efforts importants. Est-ce suffisant? Sûrement pas, puisque le Festival est loin de se passer uniquement dans l’enceinte du Palais.

Sur les 20 millions d’euros du budget du Festival, près de la moitié provient des fonds publics (Ville de Cannes, mais aussi Ministère de la Culture, par exemple). Les pouvoirs publics pourraient y trouver un levier pour imposer des normes environnementales plus fortes. Mais avec plus de 195 millions d’euros de chiffre d’affaires généré par le Festival de Cinéma en 2012, difficile de prendre le risque de réduire une manne financière si importante pour la région, en tentant de faire rimer glamour et respect de l'environnement. En attendant, on se contente de mettre la poussière sous le tapis.

 

Tapis rouge de Cannes. Crédit photo: Flickr/Jamiejohndavies.
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