Pourquoi le développement durable n’intéresse pas vraiment les Français

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Dans un contexte de crise, l’avenir de la planète pèse peu face aux priorités du quotidien, à en croire une étude du cabinet Ethicity.

Voilà un chiffre qui méritait bien qu’on se penche dessus. Frileux, mais pas déshonorant: 43% des Français se sentent “concernés” par les enjeux environnementaux, selon une étude [pdf] qui vient d’être publiée par le cabinet Ethicity. 

Mais si on le rapporte aux études précédentes, menées par le même cabinet, ce chiffre devient bien plus alarmant: en 2006, 62% des Français interrogés se sentaient concernés par la protection de la planète, en 2008, ils étaient 55%. En 2009, un léger regain (56%, peut-être dû au sommet de Copenhague) avait laissé espérer une inversion des tendances... Depuis, c’est la chute libre!

La pollution? Un scandale! Mais le réchauffement climatique...

Les Français se fichent-ils du développement durable? Fanny Le Beau, consultante à Ethicity, analyse: “nos chiffres révèlent que les Français se sentent plus préocupés par les enjeux qui les concernent directement. Le réchauffement climatique, par exemple, leur paraît plus abstrait.”

Une réalité qui paraissait moins lointaine avant 2011: les Français étaient alors plus nombreux (45% contre 27% en 2013) à se sentir préoccupés par le réchauffement climatique.

Si cette baisse d’intérêt pour les enjeux environnementaux est réelle, cela sonne comme un échec des politiques de sensibilisation au développement durable.

La transition énergétique, quelle transition énergétique?

Un paradoxe même, car les Français interrogés par l’étude se sentent dans le même temps plus concernés par la pollution, la lutte contre le gaspillage alimentaire, l’achat malin, respectueux de son environnement.

Ces produits sont désormais plébiscités parce qu'ils sont respectueux de la santé, et non de l’environnement. Un critère qui primait pourtant sur tous les autres jusqu’en 2010.

Les chiffres d’une étude réalisée sur un panel, on le sait, sont toujours à prendre avec précaution. Pour autant, ils illustrent à merveille ce sentiment: la semaine du développement durable, qui a lieu jusqu’au 7 avril, risque une fois de plus de passer inaperçue.

Certes, cet événement a le mérite de “permettre aux écolos de faire le plein d’énergie durable”, comme l’explique Anne-Sophie Novel sur son blog.

C’est l’occasion de faire connaître les actions en faveur de l’environnement et du social (voir un peu trop pour certaines entreprises, parfois taxées de greenwashing) et de mettre en lumière un débat sur la transition énergétique qui “bat son plein dans la plus grande discrétion”, souligne Libération: “Quatre Français sur cinq n’en ont pas entendu parler.” 

Penser global, agir local

Ce type de semaine doit être l’occasion de rappeler que les enjeux planétaires sont justement intrinsèquement liés à notre mode de vie au quotidien. La raréfaction des ressources, et notamment de l’eau, est l’un des grands enjeux de ce siècle.

Et pas seulement pour les quatre milliards d’habitants qui vivent dans la pauvreté et rêvent un jour, d’accéder à nos modes de vies. Pas seulement pour un habitant sur trois qui n’a pas accès à des toilettes dans le monde.

Ces enjeux globaux ne sont pas indissociables, pour autant, d’actions locales, telles que nous les dénichons et les relayons quotidiennement sur Youphil.com: consommation responsable, équitable, collaborative, écologique.

Le développement durable et la transition énergétique ne représentent pas seulement des coûts, mais aussi de “bénéfices”, comme le martèle Delphine Batho, confortée par une étude de Négawatt, selon laquelle la transition énergétique pourrait créer jusqu’à 820.000 emplois d’ici à 2030.

Bon d'accord, le géant du photovoltaïque vient de mettre la clé sous la porte, mais ces milliers d'emplois potentiels préfigurent des jours meilleurs pour le développement durable. Un argument supplémentaire pour sensibiliser les Français à ces enjeux planétaires.

 

Cet article a été publié en avril 2013.

Crédit: Mickey Sucks / FlickR.
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Commentaires

@Hubert
Je ne comprends pas le "plus on fait des heures plus on pollue", ce n'est pas ce que montre notre étude. Comme toute étude qui se respecte, elle ne vise pas à culpabiliser, mais à donner à voir et à comprendre... pour identifier des leviers d'action efficaces. L'article de Youphil n'est pas en cause, il met en perspective l'étude d'Ethicity. Mais celle-ci, intitulée "La prise de conscience" (!), contribue à entretenir une illusion contre-productive. En matière de développement durable, il ne suffit pas de se déclarer motivé pour en déduire que la personne interrogée agit, c'est ce que montre notre étude, d'une part du fait de sa méthodologie permettant d'éviter le biais de désirabilité sociale, d'autre part en comparant ses résultats avec l'observation des comportements issus d'autres études. Voilà pourquoi, lorsqu'on est profondément animé du désir de faire bouger les choses et que l'on a fait le choix d'y consacrer aussi sa vie professionnelle, que l'on observe avec un certain effroi les indicateurs environnementaux, sanitaires et sociaux qui n'en finissent pas d'être au rouge, lire que nous vivrions "la prise de conscience" tant attendue est attristant.

Vos questions sur ce qu'il est efficace ou non de faire pour réduire son impact environnemental sont on ne peut plus pertinentes et légitimes.

Si les réponses vous intéressent, je vous invite à utiliser pour notre Agenda pour le Climat, qui quantifie les émissions de GES pouvant être économisées par des actes quotidiens, dont ceux que vous citez (cf. http://bit.ly/RB0Hxl). Ce n'est pas de la promo : contactez-moi, je vous l'offre.

Étude ComOnLight : donc plus on fait des heures (agriculteurs, cadres) plus on pollue !
Personnellement, et il ne me paraît pas aberrant d'imaginer que mon souci soit répandu, je suis un peu perdu dans tous les paradoxes de ce développement durable.
Serait-ce tant une baisse d'intérêt qu'une fatigue de culpabilisation inutile ? La bonne volonté peut arriver spontanément mais a besoin de retours factuels pour durer, qui tardent à arriver ou ne sont pas tout à fait au rendez-vous.
Acheter une voiture neuve et laisser à la casse la vieille qui fonctionne encore, est-ce DD ? Quid du coût global de fabrication de la neuve et de traitement de la vieille par rapport à la diminution de pollution d'usage ?
Le sujet est complexe, merci à Youphil pour la sensibilisation et pour poser les "bonnes" questions.

Dommage que l'étude et l'article ne "creusent" pas plus cette désaffection, qui est en marche depuis plusieurs années.
L'étude sur la perception par les Français du développement durable, menée en 2011 par ComOnLight, va bien plus loin dans l'identification du phénomène et son explication.
Voir : http://bit.ly/Xr4rWv