L'avancée des actionnaires responsables

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L'Investissement socialement responsable sort de l'ombre dans les pays occidentaux. La pression des médias, des ONGs et des politiques ont porté leurs fruits.

Une croissance de 102% en Europe (1) entre 2006 et 2007 ! L'ensemble des actifs ISR (Investissement socialement responsable) a doublé en deux ans. Il a atteint 2.665 milliards d'euros au 31 décembre 2007 contre 1033 milliards d'euros en 2005.

Cette pratique, qui consiste à investir en intégrant dans son choix des préoccupations sociales, éthiques ou environnementales, n'est désormais plus une portion marginale des actions gérées en Europe puisqu'il représente 17,5% des actions détenues par les sociétés de gestion du continent. Même aux Etats-Unis, où l'ISR est né, l'actionnariat responsable croît encore. D'après le Social investment forum, près de 1.756 milliards d'euros étaient gérés selon des principes ISR en 2005. Cette somme a atteint 2.079 milliards d'euros en 2007.
L'image de l'actionnaire avide de rendement, comme il a été présenté lors de la crise financière, aurait donc vécu…Et ce mode de placement est désormais respecté par les entreprises. « Nous n'avons pas été immédiatement pris au sérieux », se rappelle Dominique Biedermann, directeur d'Ethos, une fondation suisse oeuvrant pour le développement durable créée en 1997 par deux caisses de pensions suisses.

«Nous ne sommes pas des militants mais des actionnaires responsables»

A la tête de 80 investisseurs, le fond genevois fait maintenant trembler les plus grands… En 2005, Ethos est parvenu à empêcher le président du conseil d'administration de Nestlé, Peter Brabeck, d'occuper également le poste de directeur général. L'opération a nécessité la présentation de trois résolutions en Assemblée générale et trois ans de confrontation, avant que la multinationale ne pratique plus le cumul des fonctions et adopte des statuts améliorant sa gouvernance.
Certains regroupements d'actionnaires seraient donc des Don Quichotte des temps modernes, luttant, lance à la main, contre les moulins d'un capitalisme sans foi ni loi. «Nous ne sommes pas des militants mais des actionnaires responsables. Nous sommes impliqués et exerçons nos droits de votes », rectifie Denis Branche, directeur général délégué de PhiTrust, une société de gestion française qui peut se targuer d'avoir permis la suppression de la limitation de droit de vote chez Alcatel - Lucent en juin 2007. « La présentation de résolutions n'intervient qu'en dernier recours, lorsque le dialogue engagé avec différentes sociétés ne porte pas ses fruits», renchérit Dominique Biedermann.

Même s'il est plus répandu dans les pays anglo-saxons, ce mode d'action frontal, nommé engagement actionnarial ou activisme actionnarial, n'est que la partie immergée de l'iceberg. Il représente seulement moins de la moitié des fonds ISR gérés en Europe, d'après Eurosif. Des Etats-Unis au vieux continent, la méthode la plus utilisée consiste à adopter une approche de filtrage, soit par l'exclusion de certains secteurs, au motif qu'ils ne sont pas « éthiques », soit, au contraire, en privilégiant des critères ou des secteurs.

Les pressions exercées sur les investisseurs

Différents facteurs expliquent la croissance de l'ISR. Un changement de mentalités d'abord. L'investissement responsable est désormais considéré comme une question de management des risques par les investisseurs institutionnels (les sociétés d'investissements, les fonds de pension et les sociétés d'assurance), particulièrement concernant les enjeux climatiques.

Ces changements de priorités sont la conséquence de la pression exercée par les organisations non gouvernementales et par l'opinion publique qui a évolué par l'entremise des médias. Les réformes législatives jouent aussi un rôle prépondérant. En France, par exemple, la notion juridique de préjudice écologique, conséquence de la «jurisprudence Total», à la suite du naufrage de l'Erika, peut guider les choix des investisseurs, tout comme le système bonus/malus qui a modifié le marché de l'automobile.

Pour anticiper ces réformes, en incitant les entreprises à réagir vis-à-vis du changement climatique et de leurs émissions de CO², 385 investisseurs institutionnels, représentant 57 000 milliards de dollars d'actifs, se sont d'ailleurs regroupés au sein du Carbon Disclosure Project.
Une croissance si importante n'aurait pu exister sans la preuve d'une certaine rentabilité. « Il ne faut pas oublier que les choix des actionnaires de fonds ISR sont aussi guidés par une recherche minimum de profits», rappelle Frédérique Dejean, spécialiste de l'ISR et Maître de conférence au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam).

Responsable et rentable?

Pour Dominique Biedermann, pas de doute, une pression exercée sur l'entreprise en matière sociale, environnementale ou de gouvernance, permet d'améliorer la marge bénéficiaire des entreprises à long terme. « Nous sommes les meilleurs actionnaires dont peuvent rêver les entreprises ! », s'exclame t-il. Exemple type: La Poste. En développant son parc de voitures électriques et en formant ses chauffeurs à l'éco-conduite, elle a réduit de 20% sa production de carburant. Le risque social et environnemental est diminué,  sans compter l'image de la marque qui est valorisée.
« Les études, aujourd'hui, ne démontrent pas que les fonds ISR sont spécialement plus performants financièrement, ni qu'ils le sont moins », nuance néanmoins Dominique Blanc, responsable de la recherche ISR pour Novethic, centre de recherche spécialisé sur le sujet. Ce constat est confirmé par un autre spécialiste, professeur à Paris I, Gunther Capelle-Blancard, qui a comparé et analysé plus de 40 études traitant de la rentabilité des fonds ISR.

En revanche, ces fonds pourraient constituer un rempart à la crise. Selon Matt Christensen, le directeur exécutif d'Eurosif : « Nous sommes aujourd'hui dans une phase où le capitalisme comme nous le connaissons est repensé. L'ISR est très adapté à cette nouvelle donne car il est généralement transparent et les investissements se font sur le long terme. »

(1) D'après l'enquête d' Eurosif, une association qui promeut l'investissement responsable : « European SRI study 2008 ».  Neuf pays ont été pris en compte afin de calculer cette croissance : l'Allemagne, l'Autriche, l'Espagne, la France, l'Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suisse.

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Commentaires

Les ISR, oui mais encore ???

Si les ISR constituent, comme vous le dites, des "remparts à la crise", ils ne sont pour autant pas suffisants pour faire face au contexte actuel de dérives d'une finance coupée de l'économie réelle. Jusqu'en 2007, la finance éthique est restée marginale. En dehors de l'épargne salariale solidaire, les montants collectés de la finance solidaire restent encore très limités (1.7 milliards d'euros en 2007).
Avec la crise actuelle, le temps est venu de donner une nouvelle dimension à la finance éthique afin qu'elle s'applique à sphère financière toute entière. Et cela doit passer par le respect de principes éthiques à tous les niveaux de la finance:
- celui de la gouvernance des banques par exemple. En faisant en sorte que celle-ci respectent des principes déontologiques simples tels que l'intégrité, la primautés des intérêts du client,...
- celui du modèle économique des banques afin qu'il laisse moins de place pour les activités à risque.
- celui des paradis fiscaux,...
Bref, si on n'adopte pas une approche différente de la finance dans son ensemble, le risque est que tout change sans que rien ne change...

Suite, les ISR, Oui mais encore

La finance éthique...Pourquoi pas et cela existe déjà. Mais en ce qui concerne un changement des paradis fiscaux, le chemin est encore long.