Lasagnes au cheval: cinq leçons à tirer de l’affaire Findus

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Le “chevalgate”, et après?

[Mise à jour du 16 décembre 2013: la gendarmerie nationale a lancé une opération de démantèlement d’un trafic de viande de cheval, dans onze départements français. Il s’agirait de chevaux ayant servi à la recherche médicale ou provenant de centres équestres, impropres à la consommation mais retrouvés dans la chaîne alimentaire.]

[Mise à jour du 7 mai 2013: La Commission européenne a annoncé une série de mesures pour lutter contre les fraudes qui touchent l'industrie agroalimentaire. Bruxelles souhaite une harmonisation des sanctions entre les différents Etats membres, ainsi que l'obligation de ces derniers de lancer des contrôles inopinés chez les producteurs.]

 

Ce n’était donc pas du bœuf, mais du cheval. Le 8 février dernier, le groupe Findus a révélé de lui-même la présence de viande de cheval, à la place de viande bovine, dans la composition de certains de ses plats cuisinés.

Si aucun danger sanitaire n’a pour le moment été dévoilé, cette affaire pose un certain nombre de questions, aussi bien sur l'opacité de la chaîne de production que sur notre manière de consommer.

1. Encourager les circuits courts

Cette affaire éclabousse l’industrie agroalimentaire dans son ensemble, mais “elle a également le mérite d’éclaircir sur le fonctionnement et d’œuvrer pour améliorer les pratiques [de l’industrie agroalimentaire]”, commente Pauline Pingusson, qui travaille pour le site Mes courses pour la planète.

Au même titre que n'importe quel produit, l'industrie agroalimentaire est en effet confrontée à la spéculation financière et à l'éclatement des chaînes de production. Or, des solutions beaucoup plus proches de nous existent: les circuits courts.

Les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) ou l’achat direct à la ferme permettent, par exemple, de “réduire les intermédiaires et de rapprocher le consommateur du producteur”, explique Pauline Pingusson.

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À l’image de la défense des produits “Made in France” par le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, cette dernière plaide pour une consommation raisonnée de “produits locaux” fabriqués dans l’hexagone.

2. Traçabilité des produits

De la Roumanie à Castelnaudary, en passant par le Luxembourg, Chypre ou encore les Pays-Bas… Un produit vendu comme étant fabriqué en France à base de bœuf, nous retrouvons finalement dans nos assiettes une viande de cheval passée par cinq pays et six intermédiaires.

Aucun danger sanitaire n’a jusqu'à maintenant été révélé. Mais cette affaire pose sur la table la question de la traçabilité de ce que nous mangeons. Dès lors qu’un produit est en partie transformé sur le sol français, même si il a été produit hors du territoire, il peut être présenté comme fabriqué en France. Les industriels détournent et "adaptent ainsi la législation existante” à leur profit, déplore Pauline Pingusson.

3. Étiquetage

En théorie, chaque industriel se doit d’informer le consommateur sur l’origine de l’animal, sa date d’abattage ou ses conditions de conservation. Mais l’internationalisation de la chaîne de production rend difficile une telle démarche. “Améliorer l'étiquetage est la solution, mais le processus est très long et fastidieux”, remarque Pauline Pingusson.

> Découvrez notre page spéciale "Consommation responsable".

Lors d’une réunion de crise entre le gouvernement et des membres de la filière agroalimentaire française, le 11 février, le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll s’est d’ailleurs prononcé pour un renforcement de l’étiquetage des produits: “On doit […] donner l'origine des viandes dans les produits transformés. Il y a un problème d'étiquetage.

4. Responsabiliser le consommateur

Dans cette affaire, les premiers floués restent les consommateurs. Ces derniers ont pourtant eux aussi une part de responsabilité. Pour Pauline Pingusson, c’est notre façon de consommer qui est interrogée dans cette affaire: “Il faut arrêter la politique de l’autruche. Les consommateurs doivent prendre le temps de s’informer sur ce qu’ils consomment, même si on ne leur donne pas forcément les moyens de le faire.

Des plateformes en ligne à l'image de Sourcemap ou C'est fabriqué près de chez vous existent déjà et permettent de consulter directement l'origine des produits que l'on achète.

> Découvrez C'est fabriqué près de chez vous:

5. Vers une modification des comportements?

Une affaire comme celle-ci pourrait en tout cas modifier nos comportement d'achats. Pour Pauline Pingusson, "Il ne serait pas étonnant de constater un repli vers les produits issus de l'agriculture biologique par exemple."

 

Crédit photo: wonderferret/Flickr.
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