Bruno Le Maire: "le compromis européen ne peut pas se faire sur le dos des pauvres"

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L'ancien ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire défend le Programme européen d'aide aux plus démunis dont les crédits devraient être réduits à partir de 2014.

[Mise à jour du 8 février 2013: les chefs d'Etat européens ont abouti à un accord sur le budget 2014-2020. Le Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) est maintenu, mais ses crédits sont diminués. Il passe de 3,5 milliards d'euros à 2,5 milliards d'euros sur la période.]

 

Le Programme européen d'aide aux plus démunis est en jeu dans le budget de l'Union européenne pour 2014-2020. Le député de l'Eure et ancien ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire défend ce fonds qui permet aux associations européennes de distribuer des repas à 18 millions de personnes chaque année. Il répond à nos questions.

Youphil.com: Quel rôle avez-vous joué dans la défense du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD)?

Bruno Le Maire: Je me suis battu pendant un an pour le maintien du PEAD, [en tant que ministre de l'Agriculture, ndlr]. Un an de discussion avec les États membres, et en particulier avec l'Allemagne, pour aboutir à un accord en novembre 2011. Ce dernier a maintenu le PEAD pour deux ans, jusque fin 2013, avec évidemment comme contrepartie la nécessité de trouver d'autres solutions. 

L'Allemagne avait gagné son recours à la Cour de justice européenne, et les crédits du PEAD allaient être supprimés. Il a fallu se battre sur de nouvelles bases juridiques pour convaincre les partenaires européens d'accepter. Ce fut un an de négociations extraordinairement difficiles.

Aujourd'hui, que défendez-vous exactement? Le maintien du PEAD tel quel?

Nous avons gagné deux ans. Très bien. Maintenant je souhaite que l'on garde exactement le même programme, au niveau européen, avec le même niveau de financement, afin d'aider les associations caritatives comme les Restos du Coeur, le Secours populaire ou d'autres associations. C'est indispensable. 

Le fonds ne proviendra plus des crédits de la PAC, je le comprends parfaitement, mais peut-être du Fonds social européen (FSE). Mais il faut le même niveau de financement, sinon beaucoup d’États n'auront pas les moyens de payer leurs associations qui apportent des repas aux plus démunis.

Justement, la Commission européenne propose de créer un Fonds européen d'aide aux plus démunis de 2,5 milliards d'euros (entre 2014 et 2020) intégré dans le Fonds social européen. Que pensez-vous de cette proposition?

Je pense que c'est une très mauvaise proposition, pour deux raisons. D'abord, on a élargi le champ des activités de ce fonds, alors que je pense que l'on a intérêt à se focaliser sur la question de l'aide alimentaire. C'est une priorité absolue. Si vous étendez le dispositif au logement, par exemple, vous risquez d'avoir un champ trop large et donc de manquer d'efficacité.

Le deuxième risque très important est qu'il n'y ait pas assez d'argent. 2,5 milliards, ce n'est pas assez. Les associations n'y arriveront pas. Les États vont devoir compenser le manque de financement de l'Europe, et c'est très dangereux.

Vous avez expliqué dans une interview du 7 février, que la "re-nationalisation des politiques", ce n'était pas votre vision de la solidarité européenne. Quelle est votre vision alors?

C'est très simple: l'Europe doit montrer qu'elle est capable de prendre en charge l'aide aux plus démunis. Il ne s'agit pas qu'elle remplace les politiques sociales. Chaque État a ses politiques sociales pour le chômage, la précarité ou encore la santé. Je ne demande pas à l'Europe qu'elle s'en occupe.

En revanche, que l'Europe, qui est un continent riche, dise une bonne fois pour toute qu'elle ne laissera jamais mourir quelqu'un de faim sur son territoire, me paraît important. 

L'idée qu'il y ait dans un budget européen des crédits pour aider ceux qui n'ont pas de quoi se payer un repas chaud par jour -même si un État s'effondre, même s'il y a une faillite- dans un État, c'est ma conception de l'Europe.

Si les négociations en cours aboutissent à un blocage, quelle réaction doit avoir la France et le président de la République, selon vous?

Il n'y aura pas de suppression du PEAD en tant que tel. Je pense que l'on gardera un fonds. Mais le vrai problème, c'est l'objectif de ce fonds et son montant. L'objectif doit rester l'aide alimentaire. 

Le grand risque, oui, c'est qu'il soit noyé dans toute sorte de politiques tout aussi complexes les unes que les autres au sein du FSE. Et cela ne marchera pas. Le deuxième risque, qui est plus important, c'est que les crédits soient diminués de 30 ou 40%.

Je demande au président de la République de dire non! De s'opposer à ce choix là. On ne peut pas sacrifier cette politique sur l'autel budgétaire. Le compromis ne peut pas se faire sur le dos des pauvres. Il faut faire comprendre à la chancelière allemande que ce n'est pas négociable.

 

Photo: Bruno Le Maire dans son bureau de l'Assemblée nationale, Paris, 8 février 2013. Crédit: Fanny Roux.
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