10 conditions pour que le microcrédit diminue vraiment la pauvreté

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Jean-Michel Servet, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement à Genève, nous livre son analyse pour améliorer l'impact économique du microcrédit.

Dix conditions d’ordre économique apparaissent nécessaires pour que le microcrédit ait un impact positif direct et rapide sur les revenus des "pauvres" et des "plus pauvres".

Des conditions micro-économiques

1. Il faut que les clients des institutions de microcrédit appartiennent à la catégorie de la population dite "pauvre" ou bien que localement les dépenses de biens et services des plus riches aient un effet positif sur les revenus des plus pauvres.

2. Le prêt doit effectivement être employé par les emprunteurs à accroître leurs capacités productives. Or, l’efficacité de micro-prêts destinés à l’essor des activités économiques des plus pauvres apparaît limitée, notamment parce que ces crédits sont à court-terme et parce que la rentabilité du capital de ces unités de production est généralement faible.

3. Si un investissement est réalisé, il doit l’être dans une activité pour laquelle il existe des débouchés.

4. Celui ou celle qui mène l’activité doit avoir les capacités managériales et techniques suffisantes pour le faire.

5. Il ou elle doit avoir la capacité à s’exposer à un niveau supérieur de risques.

6. Le coût financier du prêt doit être inférieur au bénéfice monétaire de l’activité génératrice de revenus financée par le prêt.

Conditions méso-économiques, au niveau du secteur d'activités

7. L’accroissement du volume d’activités pour les bénéficiaires du microcrédit ne doit pas produire, grâce à une diminution de leurs charges, une concurrence en quelque sorte déloyale vis-à-vis d’autres microentrepreneurs. Par exemple, le microcrédit leur permet d’acheter en plus grande quantité leurs intrants (semences, engrais...) et donc à moindre coût, d’où une baisse de leurs prix de vente. La baisse du chiffre d’affaires de ceux qui ne bénéficient pas du microcrédit provoque dans ce cas un jeu à somme nulle dans l’économie locale.

8. Le rendement moyen des micro-activités doit être supérieur à celui d’activités plus capitalistiques.

Des conditions macro-économiques

9. La dépense réalisée grâce aux micro-prêts ne doit pas se traduire par une dépense exogène (provenant de l'extérieur) qui provoque une importation de biens.

10. Les intérêts acquittés par les emprunteurs ne doivent pas enfin entraîner un drainage des ressources au seul bénéfice du secteur financier, du secteur productif de biens et services, en particulier si les prêteurs sont dans un autre pays.

Il est exceptionnel que ces dix conditions d’ordre économique soient toutes et totalement réunies. L’impact du microcrédit est donc généralement faible en matière de diminution des taux de pauvreté à niveau global, sauf si on l’accompagne de mesures adéquates pour répondre à ces limites. Cela a été fait de manière très insuffisante à la suite de la commercialisation massive du microcrédit. En cela, du point de vue de l’impact économique du microcrédit, sa prétendue "révolution" a échoué et sa légitimation doit utiliser d’autres arguments.

 

Crédit photo: Flickr/bflick.

 

Cet article a initialement été publié le 17 janvier 2013.
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