Conférence nationale contre la pauvreté: au-delà du discours de la méthode

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Concertations, échanges, écoute. On l’a compris, le gouvernement veut marquer la rupture avec le précédent président de la République en rétablissant un dialogue social apaisé. Il l’a fait. Après la Conférence sociale de juillet 2012, la Conférence environnementale et la Conférence de lutte contre la pauvreté, tous les acteurs consultés se réjouissent de ce parti pris. Mais sept mois après l’élection de François Hollande, il est peut-être temps de dépasser ce discours de la méthode et atteindre l’étape suivante.

“Le mouvement est lancé”, a réagi le président du Collectif Alerte, Dominique Balmary, à l’issue de la Conférence de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale des 10 et 11 décembre. “On ne pourra pas revenir en arrière”, nous a confié François Soulage, le président du Secours Catholique. Tous ont salué ce vent nouveau et l’ampleur de cet évènement interministériel visant à décloisonner la lutte contre la pauvreté (santé, logement, minimas sociaux, etc.), mais tiennent à rester vigilants sur l’application de ces promesses.

Le Premier ministre a tranché et repris des propositions des associations, tout en les réajustant pour en réduire le coût, conjoncture oblige: hausse du RSA, 8000 places hébergements d’urgence supplémentaires en tout, 500.000 bénéficiaires de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) en plus, ou encore un nouveau dispositif d’insertion professionnelle pour les jeunes.

Manque de précisions et de perspectives

Bien sûr, toutes les associations comprennent la quadrature du cercle que doit résoudre le gouvernement entre les politiques essentielles à mettre en place, mais coûteuses, et la rigueur budgétaire qu’il doit afficher. Mais beaucoup pointent des insuffisances, comme la hausse du RSA qui a décroché de 17% par rapport à l’augmentation du Smic, ou le nombre de personnes concernées par la hausse du plafond du CMU-C. “C’est bien, mais nous demandions l’accès à la CMU-C pour quatre millions de personnes supplémentaires”, explique le président de Médecins du Monde, Thierry Brigaud.

Après des mois de concertations, on s’attendait à un plan pluriannuel plus abouti, plus précis. Il se résume à quelques mesures fortes, certes, mais beaucoup de propositions restent encore très floues. Par exemple, Jean-Marc Ayrault a évoqué une réforme du RSA activité et de la Prime pour l’emploi, la création d’une “garantie universelle risques locatifs”, un accompagnement plus important vers l’emploi et une facilitation des démarches administratives pour les minimas sociaux, sans préciser les contours de toutes ces propositions.

Si le coût de ce plan a été évalué un peu vaguement entre 2 et 2,5 milliards d’euros à la fin du quinquennat, la question des financements a totalement été occultée. Sur ce point, le journal Le Figaro n’a pas manqué de tacler le gouvernement dans sa Une du 12 décembre, titrant: “2,5 milliards d’euros d’allocations non financées”.

Les grands absents

Parmi les points négatifs rélévés par les associations, la quasi-absence de la question des personnes handicapées, des détenus et des migrants. Jean-Marc Ayrault ne les a évoqués que brièvement, en fin de discours, comme pour satisfaire les associations défendant les droits de ces personnes en difficulté: “Je pense aux personnes âgées (...), je pense aux Gens du Voyage, (...) je pense aux personnes handicapées,(...) je pense enfin aux migrants”. Le chef du gouvernement a tout de même cité la mesure sur les places d’hébergement d’urgence pour les demandeurs d’asiles, les CADA.

Autres absentes au goût de Louis Gallois, ancien dirigeant du groupe EADS et nouveau président de la FNARS (membre du collectif Alerte): les entreprises. “Elles doivent s’associer à cet effort [de la lutte contre la précarité]. Notre objectif, c’est l’emploi de droit commun dans les entreprises”, a-t-il expliqué en conférence de presse.

Logement: le coup de gueule de Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre

Qui dit plan pluriannuel, dit mesures structurelles visant à réformer en profondeur les aspects de notre système social qui ne fonctionnent pas. Ce n'est pas le cas pour le logement, selon Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation Abbé Pierre dédiée à la lutte contre la mal-logement.

“Quid de l’avenir?”, s’est-il exclamé avec ardeur.

"En dehors de deux sujets, la garantie des risques locatifs, très bonne chose, et l’objectif des 150.000 logements sociaux (d’ailleurs nous pensons que tout n’est pas sur la table pour les faire auourd’hui), le Premier ministre n'a annoncé des mesures que pour 2013. 4000 places d’hébergement et 4000 en CADA, c’est très important. Mais on va les remplir très vite ces places. Qu’est-ce qu’on fait après 2013? Pourquoi n’a-t-on pas une annonce de loi de programmation de logements sociaux, d’accompagnement social, d’hébergement, comme le demandent les associations depuis longtemps! Un plan pluriannuel, pour ne pas renégocier chaque année un budget pour sortir les personnes mal-logées de cette situation”.

 

Avec l’arrivée des grands froids, la ministre du Logement Cécile Duflot est attendu au tournant sur le dossier de l’hébergement d’urgence. A la sortie de la conférence, elle nous a indiqué qu’elle avait bien pris en compte les mesures du rapport d’Alain Régnier et Christophe Robert [pdf] et confirmé que les procédures de réquisitions étaient effectivement en cours à Paris.

Même s'il va dans le sens des plaidoyers des associations, ce plan qui devrait être tiré au clair le 22 janvier prochain les oblige à rester en alerte. “Nous allons jouer notre rôle de vigie républicaine”, a prévenu Christophe Robert. En attendant que l’onde du “choc de solidarité” se fasse réellement sentir.

 

> Pour en savoir plus, découvrez notre dossier spécial sur la Conférence nationale de lutte contre la pauvreté.

 

Crédit photo: Flickr/Jared.
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