
Youphil.com: Quelle est la spécificité des conditions de travail dans les associations?
Frédéric Amiel: D’abord, ce sont de très petites entreprises (TPE), pour 80% d’entre elles. Il y en a même 50% qui ont moins de trois salariés. Les conditions sont donc particulières, car il s’agit de structures horizontales.
Le deuxième élement est bien sûr la précarité. Près de 40% de ces salariés sont en CDD; sans compter les cas innombrables de volontariat et autres stages.
Enfin, 30% de ces salariés sont en temps partiel, alors que ce chiffre n’est que de 18% dans le secteur privé. C'est un milieu où l'on fait les choses par engagement, alors, ceux qui sont en temps partiel se retrouvent très souvent à faire 35h, sans être payés à ce titre.
Quelles sont vos revendications?
Nous avons trois objectifs. Nous voudrions que les salariés prennent conscience qu’ils ont des droits comme les autres, des droits à défendre.
D’autre part, les présidents d’associations qui ont des salariés doivent se comporter comme de bons employeurs. Ils doivent prendre leurs responsabilités. Ce n’est pas toujours facile, car ils ne sont eux-mêmes pas salariés, souvent. Il faut qu’ils aient la démarche de se mettre en conformité avec le droit du travail.
Enfin, bien sûr, nous avons besoin d’une prise de conscience et de l’action des pouvoirs publics. Les coupes budgétaires dans les subventions aux associations les ont précarisées. Le secteur associatif garantit aussi des services délégués par l’Etat, autrefois effectués par les services publics. Aujourd’hui, des associations font donc le même travail que le service public avant, mais avec moins de moyens.
Quelle est la difficulté de représenter des salariés du secteur associatif?
Sans conteste, l’éclatement du secteur rend cette représentation difficile. Il est uniforme au niveau légal, c’est-à-dire des statuts, mais pas au niveau du secteur d’activité. Il regroupe des champs très divers de la société.
L’autre difficulté est qu’il y a une sorte de syndrome de Stockholm de la part des salariés des associations. Ils vivent parfois assez mal leurs conditions de travail, mais comme ils sont fiers de leurs actions dans leur association, ils n’osent pas dénoncer ces conditions.
Le fait qu’il y ait à la fois des salariés et des bénévoles rajoute-t-il une difficulté supplémentaire?
Tout à fait. Il faut faire la différence entre ce qui est du devoir du salarié et ce qui est du bénévolat. Souvent, on demande aux salariés de prendre sur leur temps personnel pour aider, le soir ou le week-end. On leur dit que cela compte pour du bénévolat, parce que l’on ne peut pas les payer davantage. Quand ils refusent, ils peuvent se voir reprocher de ne pas être assez impliqués, alors que l’on ne peut pas obliger un salarié à travailler bénévolement.
Depuis l’existence de votre syndicat, avez-vous observé des améliorations?
Cela va plutôt en se dégradant, à cause des baisses de subventions et des conditions d’appels d’offres. Les associations passent presque plus de temps à chercher à répondre à des appels d’offres qu’à mettre en œuvre leurs projets. Cette mise en compétition des associations entre elles pour obtenir des subventions est nocive. On encourage le sous-salariat dans les associations.
Celles-ci recourent au volontariat et au service civique qui sont des statuts intermédiaires à bas coûts, mais requièrent tout de même des qualifications et de l’expérience. On recrute un volontaire qui fait un travail hors de mesure par rapport à son statut.
S’il y avait une mesure à prendre pour améliorer la situation des salariés, laquelle serait-elle?
Ce serait de revenir sur la circulaire Fillon de janvier 2010 qui instaure la mise en concurrence entre les associations sur les appels d’offres publics. Cela provoque une course effrenée à la subvention qui précarise les statuts employés associatifs. Il faudrait donc revenir à des subventions “programme”, (qui financent l'ensemble du programme d'une association, y compris les services administratifs et la gestion associés), par opposition aux subventions "projet". Ce sont davantage des subventions à moyen ou long terme. Actuellement, les subventions sont à renouveler chaque année, ce qui crée une forte instabilité.
Pendant la campagne présidentielle, François Hollande avait proposé un financement quinquennal des associations, que pensez-vous de cette mesure?
C’est une proposition très intéressante. Nous attendons sa mise en œuvre. Pour l’instant, cela n’a pas l’air d’être la priorité, comme d’habitude. Alors que le secteur associatif est perçu comme un moyen d’absorber la masse de personnes sans emploi pour faire baisser les statistiques du chômage.
Frédéric Amiel est membre du Conseil syndical d'Asso, représentant les salariés du secteur associatif. Ce syndicat est rattaché à l'union syndicale Solidaires.











