Où va l'argent du livret de développement durable?

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Décryptage de ce produit financier qui plaît aux Français, avec un spécialiste de la finance solidaire, Vincent Auriac.

Le livret de développement durable (LDD) a séduit les Français. Ce livret d’épargne lancé en 2007 a crû de façon exponentielle jusqu’à exploser des records en octobre 2012. En un mois, au moment du doublement du plafond de ce livret de 6000 à 12.000 euros, les placements ont augmenté de 20%, soit 13,5 milliards d’euros en plus.

Fin octobre, environ 325 milliards d’euros étaient déposés dans les livrets A et DD. Mais on ne sait pas vraiment comment cet argent est utilisé.

La page dédié du site du service public n’explique pas à quoi sont alloués les fonds récupérés grâce aux placements dans ce livret. Les banques sont tout aussi vagues. Si on lit l'arrêt de 2007 sur le LDD, on comprend que ce livret sert à financer les PME, d'une part, et les travaux de particuliers pour les économies d'énergie d'autres part.

Vincent Auriac, co-fondateur d'Axylia conseil, cabinet spécialisé dans la finance solidaire, est assez sévère sur la traçabilité de ce livret.

Youphil.com: Le livret développement durable sert-il vraiment à financer des projets de développement durable, d’après vous?

Vincent Auriac: D’abord, il n’y a pas de définition du développement durable dans la loi, même si l’ONU au fil des sommets a travaillé à cette définition. Les banquiers sont donc restés sur l’idée de "développement industriel" présent dans l'ancien Codevi, remplacé par le LDD.

Il faut savoir que le LDD est utilisé pour des prêts aux PME ou à des particuliers qui souhaitent entamer des travaux pour faire des économies d’énergies. Il n’y pas de chiffres exacts, mais je pense que 90% des prêts effectués sont pour les PME. Pas directement pour l’efficacité énergétique, donc.

Par ailleurs, selon le rapport Duquesne de septembre 2012 [pdf], les PME bénéficiaires de ces prêts sont souvent des filiales de grands groupes du CAC40. C’est pour cela qu’il suggère d’orienter davantage les fonds vers des TPE/PME, hors grands groupes.

Dans ce cas, le livret A est presque plus "responsable" que le Livret DD…

Oui, dans le sens où le Livret A sert à financer le logement social et la politique de la ville. Les banques ont l'obligation de centraliser 60% de l’argent récolté sur ce livret à la Caisse des dépôts pour l’utiliser dans ce sens.

Mais les 40% restant dont disposent les banques sont investis en bourse: 90% en obligations de l’Etat français et 10% dans les groupes du CAC40.

Tout le problème est dans la traçabilité, où va l'argent.

A quoi sert le doublement du plafond du livret DD (et du Livret A)?

Depuis deux ans, avec la crise, il y a eu une rupture. Les taux d’intérêt ont chuté. Ce qui fait que la Caisse des dépôts ne gagnent presque plus d’argent en prêtant l’argent des livrets. Le doublement des plafonds permet de rapporter plus d’argent à la Caisse des Dépôts.

Mais le problème, encore une fois, c’est ce que l’on fait avec l’argent. Les livrets réglementés représentent près de 330 milliards d’euros. Benoît Hamon, le ministre de l’Economie sociale et solidaire (ESS) soutient le fléchage de cet argent vers l’ESS, dans le domaine de l’insertion sociale et de l’environnement; ce qui est prôné par le rapport Duquesne. C’est une piste qui sera peut-être mis en place dans la loi-cadre prévue pour 2013.

Y’a-t-il des produits financiers grand public (comme les livrets) qui sont plus transparents?

Non. En France, il n’y a pas de produits financiers grand public (livrets réglementés ou assurance-vie) qui offrent à l’épargnant une visibilité de ce qui est fait de son argent. Les choses ne changent pas de ce côté.

En revanche, on peut noter des initiatives, mais qui sont encore en marge. Je pense au "compte agir" du Crédit coopératif. Ils veulent que les clients soient davantage acteurs. La Nef, une coopérative d’épargne fait cela depuis longtemps aussi, mais cela reste très confidentiel.

Vous pensez donc davantage à des nouveaux modèles de banques plus responsables que le développement de produits en marge?

Oui. Par exemple, la banque Triodos présente dans cinq pays européens va dans ce sens. C’est l'une des seules banques que l’on peut qualifier de "durable" et qui joue le jeu de la traçabilité.

Les militants dans ce secteur veulent un modèle global, que tout soit propre du début à la fin. Tout cela dépend aussi de l’exigence des clients. C’est par là que les choses peuvent changer.

 

Crédit photo: Images_of_Money/Flickr
 
Cet article a initialement été publié en novembre 2012.
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