[Video] Dr. Pathak, rencontre avec le gourou des toilettes

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Youphil.com a eu l’occasion de rencontrer le docteur Bindeshwar Pathak, philanthrope et entrepreneur social indien qui a permis à des milliers de femmes intouchables de s’émanciper.

On ne peut pas parler du problème de l’accès à des sanitaires dans les pays en développement sans évoquer l’incroyable success story du docteur Bindeshwar Pathak. Ce philanthrope indien oeuvre pour l’assainissement et la gestion des déchets dans son pays depuis une quarantaine d'années à travers son ONG Sulabh International.

Face au manque de toilettes en Inde, (130 millions de foyers n'en disposaient pas en 2011) le docteur Pathak a développé les toilettes publiques payantes dans tout le pays (plus de 7500 servant à plus de 10 millions d'Indiens chaque jour), avant de créer un système aussi simple que révolutionnaire qui permet de faire du combustible à partir du gaz dégagé par les latrines. 

Ce système protège bien sûr l’environnement, mais il a surtout eu un impact social phénonémal, puisqu'il a permis à des milliers de femmes intouchables qui nettoyaient à la main ces latrines, d'arrêter cette activité et de suivre une formation, grâce à l'ONG. 

> Nous avons rencontré ce gourou des toilettes. Ecoutez-le expliquer sa démarche (en anglais) ou retrouvez le texte de l'interview ci-dessous.

 

Youphil.com: Pourquoi avez-vous choisi d’œuvrer dans le domaine de l’assainissement et des sanitaires en Inde?

Bindeshwar Pathak: En Inde, on a deux problèmes. Les maisons n’ont pas de toilettes, en particulier dans les zones rurales. Les écoles n’ont pas de toilettes non plus. Les filles ne vont donc pas à l’école. Il n’y a pas de toilettes dans les espaces publics. D’ailleurs, pour beaucoup d’étrangers, venir en Inde est gênant à cause de cela. Le second problème est le système de nettoyage à la main de toilettes dites “sèches” par les gens, les Intouchables.

En 1974, j’ai donc introduit un système de toilettes payantes. Au début, les gens étaient sceptiques. Ils disaient: “qui va payer pour aller aux toilettes?” Les Indiens n’ont pas l’habitude de payer pour cela. A notre grande surprise, 500 personnes sont venues utiliser les toilettes le premier jour de leur mise en service. Dorénavant, dans tout le pays, les gens paient pour aller dans les toilettes publiques. Ce fut donc l’un de mes projets.

Ensuite, j’ai mis au point une technologie qui vise à récupérer l’énergie produite par les latrines et utiliser le biogaz obtenu pour cuisiner, allumer les lampes à huile ou transformer cela en électricité pour l'éclairage...

Travaillez-vous avec le gouvernement indien? Est-il impliqué pour régler ces problèmes sanitaires?

Nous avons travaillé en bonne entente avec le gouvernement indien. Cela se passe bien. Il est important que nous le fassions, car la mobilisation des ressources nécessaires ainsi que la supervision de ces projets doit revenir au gouvernement. Tout ce qui est de la mobilisation des gens, l’éducation et la formation, la communication, la mise en application concrète et la maintenance, et le suivi, tout cela doit être fait par les ONG.

Travaillez-vous avec des organisations de microfinance?

J’en ai bien sûr entendu parler, j’en ai rencontré également. Mais Sulabh ne travaille pas dans ce secteur. Cela dit, le développement de la microfinance est bénéfique à l’Inde, parce que ceux qui veulent des toilettes ont besoin d’argent pour se les payer. Et le gouvernement et les banques ne veulent pas donner d’argent pour les construire. De plus, le nombre de gens en défaut de paiements est très faible avec la microfinance. Par conséquent, la microfinance a de beaux jours devant elle en Inde.

 

> Découvrez notre dossier spécial sur les enjeux liés à l'accès aux toilettes.

Cet article a été initialement publié en novembre 2012

 

Photo: Bindeshwar Pathak, Le Havre, 2012. Crédit: Fanny Roux
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