Une conférence nationale contre la pauvreté, pour quoi faire?

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D’une ampleur inédite, cette réunion interministérielle doit aboutir à un plan quinquennal de lutte contre la pauvreté et les inégalités. 

"Imaginer les politiques sociales du 21e siècle". Tel est l’objectif ambitieux que le premier ministre Jean-Marc Ayrault a assigné à la "Conférence nationale de lutte contre la pauvreté et l’inclusion sociale", qui se déroule à Paris les 10 et 11 décembre 2012. 

Cette conférence interministérielle (qui devait être initialement inaugurée par le président de la République et devrait être clôturée par le premier ministre) réunit de nombreux acteurs du secteur social, au palais d'Iéna, siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE) avec un objectif: définir une feuille de route qui guidera le quinquennat de François Hollande sur les questions sociales.

D’où vient cette initiative? 

Lors de sa rencontre avec François Hollande le 11 avril 2012, le collectif Alerte, composé de 35 associations nationales de lutte contre la pauvreté, piloté et animé par l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss), avait demandé au candidat de s’engager à faire adopter un Plan quinquennal interministériel de lutte contre l’exclusion, qui serait préparé par une grande conférence réunissant tous les acteurs concernés.

François Hollande avait accepté cette proposition et l’avait ajoutée à ses 60 engagements pour la France. Signe de son implication dans le dossier, il devrait se rendre au congrès de l’Uniopss à la fin du mois de janvier 2013 à Lille pour détailler son plan de lutte contre la pauvreté. 

"Certes, François Mitterrand avait annoncé la création du RMI et Nicolas Sarkozy le RSA mais c’est vraiment la première fois que la question de la pauvreté devient un objet politique dont s’empare le chef de l’Etat", note Bruno Grouès, coordinateur d'Alerte.

Comment se déroule la conférence?

Elle est organisée autour d’ateliers, présidés par les ministres concernés. "Le but de l’exercice, c’est que chaque ministre définisse la manière dont son ministère peut lutter contre la pauvreté. C’est un mouvement interministériel très intéressant", souligne Bruno Grouès. 

Les ateliers sont les suivants:

  • Logement (Cécile Duflot)

  • Emploi (Michel Sapin et Thierry Repentin)

  • Santé (Marisol Touraine)

  • Enfance (Dominique Bertinotti et George Pau-Langevin)

  • Accès aux droits, aux minimas et tarifs sociaux (Marie-Arlette Carlotti)

  • Surendettement (Pierre Moscovici et Benoît Hamon)

  • Gouvernance des politiques de solidarité (Marylise Lebranchu et François Lamy).

Ces ateliers ont été préparés en amont par des groupes de travail, qui ont rendu leur rapport et leurs propositions. "La conférence ne s'intéresse pas au sort des personnes migrantes, pourtant de plus en plus nombreuses à demander une place d'hébergement au 115", regrette Florent Gueguen, directeur général de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars).

Une innovation mérite toutefois d'être soulignée: pour la première fois, des personnes en situation de précarité ou de pauvreté ont été intégrées à la réflexion et participent à l'ensemble des débats.

Quels sont les chantiers prioritaires? 

Le collectif Alerte et la Fnars (également membre d'Alerte), qui réunissent tous deux un grand nombre d'associations, ont fait part très tôt de leurs contributions. La question du logement et de l'hébergement d'urgence des sans-abri ainsi que celle de la revalorisation des minimas sociaux apparaissent aux associations comme les deux grandes priorités.

  • Créer plus de places d'hébergement d'urgence: la Fnars estime à 15.000 le nombre minimum de places à créer en cinq ans pour répondre à la demande des personnes à la rue. La ministre du logement Cécile Duflot s'y est engagée, mais la Fnars avait observé que celles-ci n'étaient pas toutes financées.

  • Revaloriser le RSA et réduire le non-recours aux prestations sociales: alors qu'environ une personne sur trois pouvant bénéficier du "RSA socle" (pour les personnes sans emploi) ne le demande pas, la question de l'information et de la simplification des procédures se pose. Selon Libération, le total des RSA "économisés" pour l'Etat atteindrait un montant de 5 milliards d'euros. Les associations demandent par ailleurs que le montant du RSA (474,93 euros mensuels) atteigne 50% du SMIC, comme c’était le cas lors de la création du RMI, en 1988.

Au regret des associations, la question de la revalorisation des minimas sociaux avait été écartée de la Conférence sociale de juillet 2012. Le gouvernement n'envisage pourtant pas de les augmenter, selon le site d'information Médiapart. Si d'après Jean-Marc Ayrault, il convient d'"intégrer les enjeux de solidarité au coeur des politiques publiques" et de "lutter contre les grands fléaux sociaux qui minent aujourd’hui notre cohésion sociale" en faisant preuve d'"imagination", l'argent sera, en ces temps d'austérité, le véritable nerf de la guerre contre la pauvreté.

 

> Pour en savoir plus, découvrez notre dossier spécial sur la Conférence nationale de lutte contre la pauvreté.

 

Cet article a été initialement publié le 13 novembre 2012. Crédit photo: Jason Whittaker/Flickr

 

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