"Devenir femme maasaï sans l'excision"

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Rencontre avec Laurène Lepeytre, réalisatrice d'un documentaire sur des hommes et des femmes maasaïs qui s'activent à rompre avec la pratique de l'excision.

Comment l'excision peut-elle perdurer alors que la loi l'interdit en Tanzanie?
En Tanzanie, la loi punit l’excision d’une peine de 10 ans de prison, pour l’exciseuse ainsi que les parents de la jeune fille, et ce depuis 1998. Mais ce n’est pas la répression qui fait changer les choses. Ce qui manque du côté du gouvernement, c’est la sensibilisation. Là où l'Etat est absent, la population s’organise.

Alors, comment s'organisent ces populations?

A Monduli Juu, un groupe d’hommes et de femmes bénévoles ont mis en place des réunions de sensibilisation au cours desquelles ils expliquent les dangers de cette pratique. Si Mama Seita et ses camarades sont persuadés que cette pratique est néfaste, ils sont convaincus qu’on ne peut la supprimer sans la remplacer par un autre geste tout aussi symbolique, mais non mutilant : deux petites incisions sur chaque cuisse. Car en supprimant un repère social aussi ancré comme celui-là, on risquerait de chambouler toute l’organisation d’une société. A Monduli Juu, ces hommes et femmes ont choisi, ensemble, de remplacer ce geste dangereux par un autre symbolique. Le repère social est conservé, la tradition aussi.
Y'a -t-il d'autres raisons qui expliquent le succès de cette action de Monduli Juu?
L’initiative est maasaï, elle ne vient pas de l’extérieur, et c’est là que repose la clé de sa réussite. Mama Seita et son groupe de femmes s’étaient rendues à Narok au Kenya chez Agnès Pareiyo. Cette femme maasaï, relativement bien médiatisée, a mis en place depuis 2005 une école où elle dispense des cours d’éducation sexuelle à des classes de 80 jeunes filles. Elles en ressortent avec un «diplôme» qui les couronne du statut de «femmes». A l’origine, chez les Maasaï, l’excision est une cérémonie individuelle, à l’inverse de la circoncision pour les garçons, qui elle, est collective. Ce qu’ont voulu faire ces femmes de Monduli Juu, c’est adapter ce «rite de passage alternatif» afin de conserver au maximum leurs traditions. Comme elles le disent en riant : «Ce qu’aiment les Maasaï, c’est avant tout bien manger!» L’important était donc de conserver la fête, la réunion des Anciens autour de leur alcool artisanal, le sacrifice de la vache, les danses…

Et votre documentaire Mila Tu, pourrais-tu nous en parler brièvement?

Ce que nous avons voulu montrer, ce sont les questions que pose ce changement interne. A Monduli, les hommes se réjouissent pour beaucoup de l’arrêt de cette pratique; ils sont conscients qu’ils s’amuseront beaucoup plus dans l’intimité avec leur femmes! Les anciennes exciseuses ne sont pas toutes convaincues; l’excision était pour elles une source de revenus qui leur assurait une certaine indépendance. Il leur faut trouver une autre activité, au risque de reprendre leur métier en cachette. Mila Tu, devenir femme maasaï sans l’excision, était au départ une aventure purement personnelle, avec Charlotte Bruneau qui avait déjà séjourné longuement dans ce village. Le résultat a dépassé nos attentes et ce tout premier documentaire a été diffusé sur France Ô et sélectionné au Festival International du Film des droits de l’Homme de Paris.

Pour plus d'informations :

http://milatu.over-blog.com

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Commentaires

Nashipaï est maasaï. Elle a 14 ans. Ce matin, vêtue de noire, avec au poignet ses nouveaux bracelets de perles et au cou son collier de viande, on vient de la raser : aujourd’hui, elle passe à l’âge adulte. Sa mère, sa grand-mère, ses sœurs, toutes ont été excisées. Mais depuis cette année, au village de Monduli en Tanzanie, on n’excise plus. Elle s’installe à l’entrée de la boma (maison traditionnelle), écarte les jambes. On la tient. Tout est symbolique car elle ne criera pas : on lui fera deux petites entailles entre les cuisses. Histoire de marquer le coup. Depuis début 2007 à Monduli, l’excision est remplacée par un rite de passage alternatif. Une initiative maasaï mais qui n’est pas s’en rencontrer des réticences dans la population, même si au village, hommes et femmes parlent désormais de façon décomplexée : si la femme n’est pas excisée, on s’amuse beaucoup plus lors des rapports sexuels.
virgo man