Le troc se recycle sur la toile

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Grâce à Internet, les possibilités d’échanges entre troqueurs se multiplient. 

Echanger des cours d’éducation canine contre du jardinage, des bottes en croco contre un manteau en daim… et même des coupons de réduction pour des yaourts ou de la margarine. Tout ou presque se troque sur Internet, à en juger les petites annonces publiées sur la toile.

Avec la crise, ce système d’échange dépourvu de contrepartie monétaire suscite un regain d’intérêt, après avoir longtemps été perçu comme dépassé. Les motivations économiques ainsi que "la diffusion de la norme écologique au sein de la société", jouent un rôle déterminant dans le développement des modes de consommations alternatifs, tels que le troc, estiment les auteurs d'une étude du Credoc [pdf] (centre de recherche qui observe les conditions de vie des Français) publiée en juillet 2012. 

Séduisant un nombre croissant de consommateurs, le phénomène a déjà été "récupéré" par les grandes marques qui voient dans la création de communautés de troqueurs une façon de fidéliser leur clients (Comme Décathlon avec son Trocathlon ou la fondation MACIF et les accorderies...).

Génération "web-troqueur"

Formidable outil de sociabilité, Internet a enfanté une nouvelle génération de "web-troqueurs". Professeur d’anglais au collège, Patricia a rejoint une "tribu troqueuse" à Paris, grâce au réseau chacunsatribu, qui recense plus de 400 adeptes du troc. Depuis un an, cette mère de famille de 39 ans organise des troc-parties dans des cafés, où les participantes s’échangent leurs vêtements dans une ambiance conviviale. "Il y a beaucoup de filles qui font des achats compulsifs. Récemment, j’ai réussi à troquer un vieux sac contre un jean de marque qui m’allait parfaitement et j'ai économisé 80 euros", s’enthousiasme-t-elle.

Pour cette ancienne militante écologiste, le troc permet aussi d’adopter un mode de consommation plus responsable. "Le troc a changé mon rapport aux choses matérielles. J’ai plus de détachement aux choses qu’avant", note-t-elle. Ce système donnant-donnant fait de plus en plus d'adeptes, un peu partout en France. Désormais, les troc-parties qu’elle organise sont pleines deux semaines à l’avance.

Des algorithmes qui trouvent la bonne combinaison

Internet a aussi démultiplié les possibilités d’échange pour une raison simple: "L’usage du web permet de contourner certaines limites du troc, notamment la non-coïncidence des besoins entre parties prenantes de l’échange", soulignent Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot, dans leur ouvrage "Vive la CO-révolution!"

Alors qu’il rédigeait un mémoire de fin d’études sur la consommation alternative à l’Ecole de Management de Grenoble, Benjamin Augros s'est demandé comment appliquer le troc à Internet. "Si deux personnes ne sont pas d’accord sur ce qu’ils veulent échanger, le troc est impossible. Nous avons donc conçu un algorithme qui trouve automatiquement la tierce personne nécéssaire", explique-t-il. C'est le système de la "boucle de troc".

Benjamin Augros a fondé le site Pretachanger, où l'on peut échanger des vêtements, des jouets, de l'électroménager... Il suffit à l’internaute de mettre en ligne les objets qu’il souhaite échanger et indique ce qu'il recherche en retour. L’échange se fait ensuite par correspondance, via un système de colis économiques. 

Echanger près de chez soi

Lancé en septembre 2010 par Vincent de Montalivet, Myrecyclestuff est un autre site de troc s'appuyant cette fois sur la proximité de ses utilisateurs. Avec le constat que 25 millions de foyers possèdent en moyenne 71 objets non utilisés, le site, inspiré des réseaux sociaux, met en relation les recycleurs en fonction de leur proximité géographique. Il permet ainsi de favoriser l’échange de main à main. "Les internautes négocient, échangent un bien contre un ou plusieurs. C’est vraiment un exemple de co-construction", explique Vincent de Montalivet.

Dans ces deux exemples, l’échange doit s’effectuer simultanément et de façon réciproque. Pour fluidifier les échanges, certains sites ont recours à un système de points. C’est le principe de GuestToGuest, un site d’échange de maison entre particuliers.

"Lorsque vous accueillez des gens, ils vous ‘payent’ en GuestPoints, et lorsque vous êtes invités chez des gens vous les ‘payez’ en GuestPoints. Avec des GuestPoints, vous pouvez vous faire inviter par tous les membres, même ceux qui n'ont pas envie de venir chez vous", explique le site. Du troc "à l'ancienne" on passe ainsi à un système de monnaie alternative facilitant les échanges.

Des "barrières psychologiques" à franchir

Si quatre Français sur dix se disent prêts à tenter le troc, d’après un sondage BVA, "le troc reste un phénomène marginal par rapport à la location entre particuliers, qui se développe davantage", estime Antonin Léonard, fondateur de OuiShare, un collectif d’acteurs de l’économie collaborative.

Pour que le troc connaisse un véritable développement, il faudrait, selon lui, que les consommateurs franchissent "la barrière psychologique" selon laquelle le troc serait réservé aux plus pauvres. Il faudrait surtout que ce mode d’échange gagne en simplicité: "à ce moment-là, les consommateurs l’adopteront".

 

> Quelques sites de troc:

  • Troc de vêtements:
kiditroc.com (vêtements enfants)
tooshort (vêtements enfants)
vestiairedecopines (vêtements pour femmes)
pretatroquer (soirées troc)
 
Trocs divers
troczone (biens culturels)
troctribu (biens culturels)
trocmaison (immobilier)
lestrocheures (bricolage)
troc-services (services)
grainesdetroc (échange de graines)
 
Crédit photo: Steeljam/Flickr
 

> Et vous, quelles sont vos solutions pour consommer autrement? Faites-nous part de vos idées dans les commentaires!

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