Sortir des certitudes pour bien entreprendre

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Pour bien faire, parfois, il faut se libérer de ses certitudes et idéologies, selon Angela de Santiago, directrice générale de Youphil.com.

Il faut faire ci, il faut faire ça”, “c’est comme ci, c’est comme ça” dirait Souchon… J’avoue que j’ai un peu de mal, actuellement, avec les lignes droites, ou gauches d’ailleurs. Non que je n’aime pas les certitudes, mais je me dis que par les temps qui courent peut-être que les (bonnes) fins justifient les moyens.

> Certitude n°1: On ne confond pas mécénat et RSE

Sandrine l’Herminier, blogueuse sur Youphil.com, rappelle récemment dans un billet la difficulté de préserver un mécénat (à priori) désintéressé, voué à l’intérêt général et non formaté par les plans de communication ou la RSE. J’ai été d’autant plus sensible à son analyse, que je participe cette année au jury des Oscars du Mécénat de l’Admical et que ces évolutions sautent aux yeux au fil de la lecture de la cinquantaine de dossiers présentés.

Difficile de se forger une opinion, tant le cas de chaque entreprise est particulier et lié à une histoire. Je rencontre des sociétés où les fondations d’entreprises font un travail extraordinaire et désintéressé, mais qui travaillent définitivement en vase clos. Quel serait leur impact si elles se “reconnectaient” à l’organisation?

D’autres ont effectivement fait de leur fondation une machine à relations publiques, peinant parfois à trouver une ligne directrice. Dans le premier cas, parfois, la main droite de l’entreprise n’assume pas toujours ce que fait sa main gauche, dans le second cas elle assume et renchérit.

Et puis il y a les “ovnis”, les marques activistes qui hybrident sans complexe pour “la bonne cause” et pour qui le terrain social, sociétal ou environnemental devient un autre fonds de commerce, sans se poser plus de questions. Chacun se reconnaîtra.

Une conviction cependant, les démarches RSE établissent une relation plus équilibrée entre partenaires. Et comme le conclut Sandrine l’Herminier dans son billet : “Hier l’entreprise se contentait le plus souvent de distribuer des fonds, demain, elle sera priée d’écouter et d’intégrer les avis et besoins des bénéficiaires dans le cadre de sa politique RSE.

> Certitude n°2: Une entreprise sociale est une entreprise à part

Autre blog, autre billet de deux entrepreneurs sociaux en écho à la fronde des Pigeons (#geonpi). Arnaud Poissonnier (Babyloan) et Arnaud Mourot (Ashoka France) prennent la mouche contre l’éventualité d’une taxation maximum des plus-values en cas de vente d’une entreprise. On sent le découragement à travers les lignes, et c’est vrai que lorsque l’on sait l’énergie que requiert l’entrepreneuriat, a fortiori l’entrepreneuriat social, on ne peut que compatir.

Un internaute réagit à leur propos en avançant que c’est un faux débat pour les entreprises sociales, car elles seraient à part: pas de recherche de lucrativité, plus-values réinvesties dans la société, peu probable qu’elles dégagent des plus-values surtout, etc. Et mes poils se sont hérissés: si on veut que les jeunes créent ou reprennent des entreprises sociales, se donnent à fond, revendent ou cèdent, en créent éventuellement une autre, il faut à tout prix leur donner d’autres perspectives que celle de subir des cadres réglementaires et fiscaux mouvants ou peu adaptés à la vocation sociale de leur projet. Et c’est peut-être parce que l’on continue à ressasser que ce sont des entreprises à part, qu’il n’y a pas plus d’entreprises sociales d’envergure en France.

> Certitude n°3: La consommation durable, c’est pour les nantis

Carrefour démarre début octobre, en Île-de-France et dans le Nord, les tests de ses espaces “Eco” en hypermarchés, dédiés aux produits premier prix, en vrac et sur des références limitées. Sur le modèle d’Auchan avec les espaces “Self Discount”. Comme d’autres entreprises ou marques (Unilever notamment), tout le monde se prépare à des longs mois de crise en France et en Europe, et s’adapte. Ce qui nous amène à la question suivante: est-ce que qu’une consommation durable -éco-gestes, recyclage, alimentation bio- est compatible avec une baisse significative du pouvoir d’achat?

Depuis plusieurs semaines nous avançons avec Elizabeth Reiss d’Ethicity sur un projet qui nous tient à cœur. Il s’agit d’une étude sur les modes et les attentes de consommation plus durables des publics très défavorisés*, car nous avons la certitude que le changement de comportements les concerne au premier chef. Vous en aurez la primeur fin octobre et d’ici là vous pourrez suivre notre page spéciale sur Youphil.com sur comment consommer moins, mieux ou plus malin. En contribuant à défier quelques autres certitudes.

*Soit 8,6 millions de Français, l’équivalent de 14,1% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté, selon l'INSEE (moins de 1000 euros par mois et par personne). 

 

> Cet article a initialement été publié dans la Lettre professionnelle “Tendances de l’innovation sociétale” N°43 du 8 octobre 2012.

 

Crédit photo: hokkey/Flickr 
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